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Interview de Bénédicte Liénard et Mary Jiménez (1) : "Sortir du noir" au Théâtre de Liège

Bénédicte Liénard et Mary Jiménez : Sortir du noir
Il y a quelques jours, j’ai eu l’occasion de rencontrer les deux cinéastes Mary Jiménez et Bénédicte Liénard à propos de leur film "By the Name of Tania", qui sera visible sur nos écrans à partir du 23 octobre.

En attendant la version longue de l’entretien, voici ce que Mary Jiménez me confiait à propos de "Sortir du noir".

- Marc Roesems : Vous avez actuellement un projet au théâtre ?

- Mary Jiménez : Oui, un projet qui se joue au Théâtre de Liège, du 8 au 12 octobre. Il s’agit d’un triptyque. Ce sont trois écrans avec deux performers – Atta Nasser et Estelle Franco – et Noma Omran, la chanteuse dans le film Eau argentée de Oussama Mohammad et Wiam Simav Bedirxan. C’est une magnifique chanteuse.

On voulait raconter depuis l’autre côté, l’histoire de la migration. C’est une commande du théâtre de Liège – et nous sommes parties en Tunisie. On a été filmer avec Virginie Surdej. Et on voulait rencontrer les mères ; celles qui ont perdu leurs enfants. On a trouvé un village en Tunisie où il y a un groupe de migrants qui ont tous pris le même bateau. Ceux-ci ont été attaqués par les gardes-côtes tunisiens, qui les ont empêchés de passer et les ont tués. Nous avons recueilli les témoignages de ces mères, chantées aussi par Noma, avec des images de Virginie. Les spectateurs voient très peu les mères ; ils entendent l’histoire. Les images sont celles du lieu où ça s’est passé. C’est très fort. C’est très émouvant. On découvre au fur et à mesure ce qui s’est passé, par ce qu’elles racontent, avec la voix de Noma. Et le fait qu’elle chante, ça élève le propos très haut, spirituellement. C’est un requiem pour les disparus.

On voulait faire une espèce d’élégie aux morts.

Vous êtes assis par terre, sur quelque chose qui ressemble au sable, presque comme sur une plage, entouré par les trois écrans. Nous avons filmé selon les trois axes : de face et les deux côtés. Donc, vous êtes vraiment en immersion totale avec les sons et les images. — Mary Jiménez

C’est fort. Moi, je trouve que c’est ce qu’on a fait de plus fort à ce jour. J’étais moi-même étonnée…

Parce qu’on a fait ça par étapes, progressivement. On a d’abord été voir les mères, qui nous ont raconté l’histoire, puis… on a réfléchi, on s’est demandé quoi faire avec ça, parce que c’était tellement fort… Comment trouver des images pour ça ? Puis, après, on a été filmer l’itinéraire des migrants… On a fait un montage, sur une table de montage, pour voir comment intégrer les acteurs là-dedans, et puis quels personnages (?)… On a inventé le personnage d’un médecin légiste, qui analyse un corps, pour savoir qui est cette personne morte. C’est à partir de ce médecin légiste qu’apparaît l’histoire, pour avoir un point de vue occidental. On a été inspiré par un médecin légiste italien qui a beaucoup travaillé justement à identifier les corps.

Ce qui nous a touchées, c’est que tous ces corps n’ont pas de nom ; la famille ne sait pas s’il y a des disparus… Donc, le médecin légiste, un personnage créé pour la pièce, est celui qui se promet d’aller trouver les parents, dès qu’il a pu identifier les corps…

Alors, l’histoire de ces morts apparaît… C’est très fort. C’est mystérieux parce que lorsqu’on fait des choses, parfois on sait ce qu’on fait, il y a un élément de connaissance, on met les choses ensemble et on voit… mais là, on a mis les choses ensemble et quand on a vu le résultat, on s’est dit : « Qu’est-ce qu’on a fait ? » — Mary Jiménez

interview : Marc Roesems (octobre 2019)


Bénédicte Liénard et Mary Jiménez (1) : Sortir du noir

Jusqu'au Samedi 12 octobre

Théâtre de Liège
(salle de l’œil vert)
16 place du XX août
4000 Liège

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