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LGBTQIA+ : Luttes individuelles et collectives

LGBTQIA_Luttes
Cette médiagraphie regroupe une sélection de fictions et de documentaires qui tracent les contours des luttes et des triomphes de la communauté LGBTQIA+ à travers le monde. En mettant en lumière les combats, de la quête de droits civils et légaux à la reconnaissance de l’identité de genre, en passant par les enjeux de santé, de visibilité et les défis internationaux, ces films offrent un regard minutieux sur les dynamiques de changement et les histoires personnelles de résilience et de courage. Ils tentent de dépeindre la richesse des expériences et la profondeur des enjeux traversés par ces communautés qui continuent de se battre pour accéder à une société plus inclusive.

Sommaire

DROITS CIVILS ET LÉGAUX

Découvrez les luttes et les triomphes des droits civils et légaux à travers une sélection variée de films et documentaires. De dramatiques reconstitutions à des analyses documentaires approfondies, ces œuvres captent l’essence des combats menés par la communauté LGBTQIA+ pour l’égalité et la justice, reflétant à la fois les défis personnels et les enjeux collectifs.

Rob Epstein : The Times of Harvey Milk (1984) – TH8995

Le 27 novembre 1978, le maire de San Francisco, George Moscone, ainsi que le conseiller Harvey Milk sont brutalement abattus au sein même de la mairie par Dan White (démissionnaire de sa fonction d’adjoint municipal quelques jours auparavant).

Harvey Milk n’a siégé que onze mois au conseil municipal de la ville mais il représentait déjà bien plus que sa fonction en tant que premier homme politique à assumer et à revendiquer son homosexualité et en tant que citoyen décidé à se battre pour les droits de toutes les minorités (ce qui est important à souligner).

Si la première partie du film relate l’ascension de l’homme, accompagné d’une équipe bigarrée de bénévoles, certes inexpérimentée mais enthousiaste, la seconde montre les turpitudes auxquelles il se trouva confronté. Les nombreuses images d’archives et les témoignages de proches ex-collaborateur·ices permettent de mieux saisir le climat social et politique des années 1970 à San Francisco. Dès lors, le film se mue en suspense politico-médiatique opposant Harvey Milk à divers courants réactionnaires et homophobes (l’Église et ses intégristes ou la « majorité morale »).

Enfin, la troisième partie se concentre sur le procès de Dan White dont le verdict, très controversé dans l’opinion publique – y compris au sein des communautés homosexuelles –, déclencha de violentes manifestations… et évoque ce qui fut perdu avec l’assassinat de Harvey Milk. (MR)

Ang Lee : Garçon d’honneur (1993) – VG0124

Bien avant de se faire connaître à l’international, Ang Lee réalise une poignée de films axés sur la culture taïwanaise. Intriquée avec les particularités sociologiques de l’île, la question du mariage devient l’un de ses thèmes récurrents. Là où Salé, sucré esquisse le tiraillement d’un père veuf devant la perspective de voir ses filles quitter le foyer familial, Garçon d’honneur met en scène l’obstination d’un couple désirant marier leur fils et ainsi obtenir une descendance de cette union. L’élément perturbateur de la narration réside alors dans l’homosexualité du protagoniste, Wai-Tung, lequel vit à New York. Dans une scène de repas où Simon, son conjoint américain, n’est présenté à la famille qu’à titre de simple ami, l’usage exclusif du mandarin à table agit comme une métaphore pour signifier encore davantage son inadéquation aux yeux des géniteurs. Alors que le mariage homosexuel ne sera légalisé que bien plus tard aux Etats-Unis, l’œuvre d’Ang Lee retranscrit, par un contraste tragicomique, la progressive – mais non irrémédiable – dislocation d’un couple moderne aux prises avec la tradition. (SD)

Étienne Chaillou et Mathias Théry : La sociologue et l'ourson (2015) - TJ8340

En 2012 est déposé au Parlement français un projet de loi destiné à ouvrir le mariage aux personnes de même sexe. Irène Théry, mère d’un des deux réalisateurs, est appelée à participer aux travaux préparatoires en sa qualité de sociologue. Porté par la majorité de gauche, le projet déclenche un mouvement de protestation, baptisé la Manif pour tous, accompagné par un emballement médiatique sans précédent et alimenté par les déclarations fracassantes de sa meneuse Frigide Barjot. Le film suit les efforts de la sociologue pour maintenir un discours rationnel face au langage émotionnel et à l’hypocrisie des opposants. Afin d’éviter de faire de sa mère l’héroïne du film, Mathias Théry recourt à une forme inattendue, et choisit pour figurants des ours en peluche, évoluant dans des décors de papier. Il reproduit dans ce style mi-enfantin, mi-didactique, les conversations téléphoniques au cours desquelles la sociologue lui expose les tenants et aboutissants du projet et cherche à comprendre pourquoi une législation déjà adoptée par de nombreux pays a pu générer autant d’animosité et légitimer, derrière de nouveaux arguments, le retour de l’homophobie. (BD)

Fabien Masocco : L’Étincelle (2019) – TH3180

Le film retrace six décennies de luttes pour l’acceptation, la reconnaissance, la visibilité et l’égalité des communautés LGBTQIA+. À l’aide de témoignages inédits et d’un foisonnement de précieuses images d’archives, L’Étincelle tente de restituer une histoire volée à toute une partie de la population, invisibilisée parce que minoritaire, méprisée et discriminée par une « majorité morale » incarnant la « norme » dominante.

Le film remonte jusqu’aux années 1960, au plus fort de la répression des personnes homosexuelles, criminalisées, dont certaines furent « traitées » par électrochocs dans des asiles psychiatriques (images de propagande à l’appui), jusqu’au « mariage pour tous », en passant par les émeutes de Stonewall (1969, New York), la libération sexuelle des années 1970 – militantes féministes ou lesbiennes en lutte aux côtés du FHAR (Front homosexuel d’action révolutionnaire, dont Guy Hocquenghem fut la figure emblématique) –, la dépénalisation de l’homosexualité (en France) ainsi que les « années sida » durant lesquelles, malgré la tragédie, de nouvelles formes d’activisme (Act Up, notamment) virent le jour. (MR)


RECONNAISSANCE DE L'IDENTIT
É DE GENRE

La diversité des identités de genre et sexuelles est au cœur de cette sélection de films et documentaires. Les œuvres présentées offrent des perspectives variées sur les expériences de personnes lesbiennes, gays, transgenres et non-binaires, mettant en lumière leurs luttes pour la reconnaissance et l’acceptation dans une société souvent réticente à embrasser la pluralité des identités.

Isabelle Solas : Nos corps sont vos champs de bataille (2021) – TJ6365

A l'heure où les discours transphobes font du corps des personnes trans une obsession, le film, tourné dans une Argentine où chacun·e peut librement déterminer son genre depuis 2012, fait de celui-ci un outil de lutte. Figure centrale du film, le corps est le vaisseau qui permet à la fois d’être au monde et de le ressentir.

Ce film incarné, qui se concentre sur un combat quotidien, celui qui s’insinue dans les moindres recoins de la vie des personne trans, nous embarque aux côtés de deux femmes trans, Claudia et Violeta, dont les parcours diffèrent (migration, engagement politique) mais dont les préoccupations se rejoignent. La caméra les suit à la fois dans la sphère publique et dans le cadre privé, et c’est dans ce dernier qu’elles se dévoilent. Isabelle Solas parvient à capturer des moments d'intimité, de joie pure, de jeu, car elle ne s'en cache pas : si le film est bien un documentaire, l'importance de la mise en scène est assumée, et c'est ce qui lui confère son aspect poétique. (MDR)

Jennie Livingston : Paris is Burning (1991)

A l’époque du « bling-bling » des séries comme Dallas et Dynastie, dans le New York underground, les compétitions de voguing, toutes catégories confondues, rassemblent une communauté LGBTQIA+ issue de la diversité, qui aspire, à sa manière, à devenir star, légende, mythe. Le rêve américain pour tous·tes. Et pourquoi pas ? Sauf que cette Amérique n’aime pas les gens de couleur et encore moins les homos, les lesbiennes et les personnes transgenres. Derrière ce mur de briques viennent se rajouter les tourelles grandissantes du VIH/sida, infranchissables et mortelles. Ce documentaire mémorable, construit autour de témoignages aussi épiques que tristement réels, met en lumière des combats justes et légitimes pour la reconnaissance de l’identité de genre. Un documentaire obligatoire. (JJG)

Lucía Puenzo : XXY (2007) - VX0011

XXY, réalisé par Lucía Puenzo, est un film captivant qui aborde les thèmes de l’intersexualité et de l’identité de genre à travers le personnage d’Alex, une adolescente intersexe vivant en Uruguay. Confrontée aux défis imposés par la société et le corps médical, Alex lutte pour maintenir son autonomie et naviguer dans ses relations personnelles, notamment avec Alvaro, un jeune homme qui remet en question ses propres convictions sur le genre et la sexualité. Ensemble, ils explorent les complexités de l’attirance et de l’identité dans un contexte de discrimination et de violence. Récompensé à Cannes, XXY est une œuvre sensible qui évite le sensationnalisme pour aborder avec profondeur les questions de différence, de désir et d’identité. (JR)


SANT
É ET BIEN-ÊTRE

Explorez les divers aspects de la santé et du bien-être au sein de la communauté LGBTQIA+, à travers une sélection enrichissante de films et de documentaires. Alors que le VIH figure souvent en toile de fond, ces œuvres mettent également en lumière les efforts individuels et collectifs pour surmonter d’autres obstacles de santé, soulignant la force et le courage de la communauté.

Frédéric Chaudier : Révolution Sida (2020) – TN6940

Pour évoquer ce que représente le VIH/sida aujourd’hui, pour rappeler ce que le virus a provoqué et inflige encore - la recherche, les espoirs mais aussi les échecs - Frédéric Chaudier a opté pour un très beau long métrage, ample et politique, qui traite de cette question sanitaire à un niveau mondial. Il ne s’agissait pas pour lui de réduire sa vision à la France mais au contraire d’explorer d’autres contrées et interroger des responsables politiques, des chercheurs, des militants, pour tenter de comprendre pourquoi quelque chose ne fonctionne pas, près de quarante ans après la découverte du virus, et examiner les moyens mis en œuvre pour son éradication.

Le cinéaste pose un regard sans concession sur les dysfonctionnements politiques et sociaux contemporains engendrés par la maladie, pratiquement les mêmes dans les pays qu’il a parcourus (Afrique du Sud, Chine, Russie, Thaïlande, États-Unis), bien que chaque territoire ait ses spécificités ; partout, il est question de stigmatisation, de pauvreté, de difficulté d’accès aux soins et de manque de volonté politique ou de cynisme, qui participent à la progression du virus. (MR)

Russell T. Davies : It’s a Sin (2021) – VI0470

En cinq épisodes, Russell T Davies nous plonge dans l’Angleterre des années 1981 à 1991 : avec l’histoire de jeunes hommes homosexuels, la série reflète la complexité de cette période, entre découverte de soi, émergence et explosion de l’épidémie de sida. Au centre de cette bande d’ami·es se trouve Jill, seule femme du groupe et véritable pierre angulaire de la série, qui dédie sa vie à essayer de sauver et soutenir ses amis séropositifs, mais dont la vie privée n’est jamais évoquée. Jill ferait-elle partie de ces lesbiennes qui ont joué un rôle fondamental de soutien, de soignantes, d’activistes, à une période où personne d’autre ne voulait approcher les malades ? Si Russell T Davies n’a pas apporté de réponse à cette question, il a néanmoins posté en 2023 une scène coupée de la série (qu’il aurait aimée plus longue de trois épisodes) dans laquelle il rappelle le rôle fondamental de la communauté lesbienne auprès des malades et le fait que : non, ce n’était pas “plus facile pour elles”, juste différent. (MDR)

Sébastien Lifshitz : Les invisibles (2012) – TJ5011

Le film est une suite de témoignages de femmes et d’hommes « d’un certain âge » sur la manière de vivre l’homosexualité avant les années 1970. Il parle d’un temps où la société imposait une forme d’invisibilité, tolérant les relations entre personnes de même sexe tant qu’elles ne prétendaient pas à une légitimité publique. Le scandale à l’époque, rappelle un des intervenants, n’était pas d’être homo, mais d’en parler. La coutume était alors d’avoir une double vie, un mariage de façade, des enfants, d’une part, et des aventures secrètes d’autre part. Le mérite de Lifshitz est d’avoir réalisé des portraits émouvants et réalistes de personnes et de couples issus de plusieurs milieux et classes sociales, hors des clichés de l’artiste ou de l’intellectuel de la capitale. C’est parmi les gens de la province ou de la campagne qu’il trouve les souvenirs les plus intéressants, et des récits de la répression imposée par la religion et la tradition. La plupart d’entre elles et d’entre eux racontent leur combat pour vivre au grand jour, face à une société qui les rejetait. (BD)


VISIBILIT
É ET REPRÉSENTATION

Ces films et documentaires célèbrent les voix et la visibilité des personnes LGBTQIA+ dans les médias, soulignant comment ces représentations contribuent à briser les tabous et à construire des ponts de compréhension. Ils montrent également les efforts continus pour que ces voix soient entendues de manière plus authentique et impactante dans l’espace public.

Céline Sciamma : Portrait de la jeune fille en feu (2019) – VP1798

Sous les dehors d’une grande histoire d’amour lesbien, ce film d’époque, devenu culte chez les féministes, accueille un propos davantage politique que sentimental. Le postulat de départ – une artiste, une comtesse et une domestique en villégiature sur une ile – formule l’hypothèse qu’en l’absence des hommes, les femmes issues de mondes différents ont toutes les chances de s’engager dans des rapports plus égalitaires, d’amour et d’entraide. Par ailleurs, le choix d’un casting exclusivement féminin vise à pallier le manque de représentations du vécu des femmes dans l’histoire de l’art. Que le récit ménage une place à un avortement n’est donc pas anecdotique, s’agissant d’un acte nécessaire sinon banal dans la vie d’une domestique au XVIIe siècle. Quant au motif du portrait, c’est sur lui que repose l’intrigue amoureuse. La circulation de regards entre l’artiste et son modèle permet en effet que l’une et l’autre soient à la fois un objet et un sujet de désir. (CDP)

Derek Jarman : Edward II (1991) – VE0407

Devenu roi d’Angleterre à contrecœur, à la mort de son père, Edward II n’a que très peu d’intérêt pour les affaires du royaume. Il a pour seule passion l’amour qu’il porte à son favori, Piers Gaveston. En le défendant contre ses détracteurs, le clergé et la noblesse, il plonge le pays dans le chaos. Edward II meurt en 1327. Quand Christopher Marlowe écrit sa pièce en 1592, il fait de sa vie une adaptation contemporaine, plaçant l’histoire de celui que les chroniqueurs nomment le « pire des rois » dans un contexte élisabéthain. Derek Jarman poursuit ce déplacement anachronique, créant pour son film une Grande-Bretagne au décor à la fois médiéval et moderne. Ce qu’il y ajoute est un contexte de lutte directement tiré de son actualité. Il se positionne contre l’homophobie de son temps et la « section 28 », un article de loi interdisant la promotion de l’homosexualité. C’est ainsi que le face-à-face entre les opposants du roi et ses partisans est transformé à l’écran en une bataille rangée entre la police thatchérienne et des manifestants portant les bannières de l’organisation activiste OutRage ! (BD)

Rob Epstein : The Celluloid Closet (1995) – TD1181

En cent ans d’existence, le cinéma a rarement porté l’homosexualité à l’écran. Quand celle-ci y faisait une incursion, c’était sur le mode de la dérision, de la pitié ou même celui de la peur. C’est ainsi que la « tapette » fut la première incarnation convenue de l’homosexualité dans les films de Hollywood – une figure qui confortait les hommes dans leur virilité – tandis que dans les années 1960, les gens ne voyaient dans les homosexuels portés à l’image que des gens malheureux, suicidaires ou désespérés (que ce soient des femmes ou des hommes).

Ces apparitions fugaces ont laissé une empreinte durable. Hollywood a forgé la vision des hétérosexuels ainsi que celle que les communautés homosexuelles ont d’eux ou d’elles-mêmes. Presque personne n’a échappé à son influence. Cependant, lorsqu’on ne se voit jamais représenté à l’écran – ou alors de manière caricaturale –, un sentiment d’isolement croît... laissant tout un pan de la population à la marge de la société.

Inspiré du livre éponyme de Vito Russo, The Celluloid Closet révèle avec beaucoup de malice tous les subterfuges auxquels les cinéastes de Hollywood ont eu recours pour déjouer les pièges de la censure et mettre en scène l'homosexualité. Ce (presque) film de montage (plus de 120 extraits de films commentés par des stars et scénaristes américains) offre une formidable réflexion sur nos représentations et le pouvoir d’influence de l’industrie du cinéma sur nos vies. (MR)


DROITS INTERNATIONAUX

Écoutez les voix des militants qui luttent pour les droits LGBTQIA+ dans différents pays à travers des films et documentaires captivants. Ces œuvres démontrent comment les initiatives locales peuvent inspirer des changements mondiaux et comment les réseaux internationaux de soutien jouent un rôle crucial dans la promotion des droits de la communauté LGBTQIA+.

Rolando Colla & Joseph Burri : Out of Uganda TJ6675

L’Ouganda est un des pays du monde les plus dangereux pour les personnes LGBTQIA+. Attisée par différentes sectes religieuses et leur lecture intégriste de la Bible ou du Coran, l’homophobie traditionnelle de la population a augmenté dans des proportions excessivement inquiétantes. Encouragés par un gouvernement qui a édicté des lois anti-LGBT extrêmement oppressives, et par la police qui ferme les yeux, quand elle ne se joint pas aux agresseurs, des groupes se livrent en toute impunité à des violences contre toute personne accusée d’être homosexuelle, transgenre ou simplement d’être « différente ». La presse à scandale publie régulièrement des listes de personnes qui sont « outées » comme LGBT [RN1] et livrées sans recours à la vindicte des fanatiques. Souvent, leur famille se retourne contre elles, leurs voisins les harcèlent et elles perdent leur emploi. Le film présente plusieurs témoignages de jeunes ougandais, certains sont restés au pays, d’autres sont réfugiés en Suisse. Les premiers se cachent et parlent très discrètement, racontent les tortures qu’ils ont subies. Les autres relatent leur périple vers une sécurité qui n’est que temporaire, dans un pays qui peine à les accepter. (BD)

Ayse Toprak : Un visa pour la liberté : Mr. Gay Syria (2017) – TJ9245

Ayant fui la guerre en Syrie, Husein, 24 ans, est réfugié depuis deux ans à Istanbul où il mène une double vie. Il passe ses fins de semaine en banlieue avec sa famille, sa fille et sa femme à qui il a été marié de force. La semaine, il vit au centre-ville où il est coiffeur.

Mahamoud est un journaliste syrien, réfugié à Berlin, qui travaille pour une ONG aidant les réfugiés gays dans leur demande d’asile. Il est aussi le créateur du mouvement LGBTQIA+ en Syrie et revient à Istanbul.

Afin de défendre leurs droits dans un système homophobe qui les confine à l’invisibilité la plus complète, Mahamoud et Husein veulent renverser les mécaniques avec un rêve fou : créer Mr. Gay Syria et participer à Mr. World qui se déroulera à Malte. Une seule chose manque : le visa d’Husein.

C’est avec une tendresse sans limite que la réalisatrice, Ayse Toprak, filme ces êtres dont l’utopie n’a de raison que pour combattre l’absurdité d’un monde intolérant et criminel. Elle met aussi en lumière une lutte pressante dont les échos atteignent à peine les frontières de l’Occident. (JJG)

Jonas Poher Rasmussen : Flee (2021)

Se raconter les yeux fermés, allongé à la manière d’une thérapie, c’est la technique d’interview suggérée par le cinéaste Jonas Poher Rasmussen à son ami Amin, réfugié afghan arrivé au Danemark à la fin des années ’80. Couplé à ce dispositif, le choix de l’animation 2D permet à la fois de préserver l’anonymat du protagoniste et donner corps à sa trajectoire en la subjectivant. Le dessin, parfois impressionniste, tend vers l’abstraction et fait ressentir au spectateur la confusion qui a présidé au voyage de l'intéressé depuis son pays natal. Issu d’une société traditionnelle qui n’a pas de mot pour désigner l’homosexualité, celui-ci relate donc sa double condition de réfugié gay fuyant tant la menace islamiste des moudjahidines que l’intolérance charriée par leur dogme. Inhiber son orientation sexuelle là-bas, dissimuler tout un pan de son passé ici pour ne pas mettre en péril son fragile statut d’exilé, toutes choses qui ont immanquablement affecté les relations interpersonnelles d’Amin et conditionné les modalités de tournage de ce film documentaire. (SD)

Oliver Hermanus : Moffie (2019) – VM3410

En langue afrikaans, le qualificatif péjoratif de « moffie » signifie « pédé ». Pendant la période de l’Apartheid, c’est l’injure à laquelle se confrontait le soldat blanc sud-africain s’il était suspecté ou convaincu d’homosexualité, outre les châtiments corporels et l’ostracisation auxquels il était déjà exposé. Réalisé par Oliver Hermanus, Moffie entend immerger son spectateur dans le climat idéologique de l’Afrique du Sud des années ’80, où le communisme et la sympathie pour les populations noires locales sont aussi exécrées par le colon blanc qu’une transgression de l’hétéronormativité ambiante. La bande-son du film joue un rôle majeur pour renforcer la subjectivité du point de vue par la mise en exergue du hors-champ : la caméra collant au protagoniste, tout ce qui environne ce dernier se voit paradoxalement conférer une importance cruciale pour signifier son ressenti, lui qui est en permanence contraint de dissimuler son orientation sexuelle à la vindicte de sa hiérarchie. (SD)


INTERSECTIONNALIT
É

Ces films et documentaires examinent les impacts des intersections d’identités sur les droits des personnes LGBTQIA+. En mettant en avant des histoires personnelles et collectives, ils analysent comment les interactions entre diverses identités influencent l’accès aux droits et aux opportunités, soulignant les besoins spécifiques de justice et d’équité dans une approche intersectionnelle.

Wanuri Kahiu : Rafiki (2018) – VR0743

Protester sans déplorer, tel est le mot d'ordre de Wanuri Kahiu, réalisatrice œuvrant au Kenya, pays où homosexualité est encore jugée criminelle. Dans un style qui, par son esthétique enjouée, déroge au schéma de guerre et de pauvreté associé à l’Afrique, Rafiki dépeint les amours impossibles entre deux jeunes filles appartenant à la classe moyenne de Nairobi. D’une pudeur stratégique, la romance se matérialise dans la poésie de la lumière qui vient auréoler les instants volés par les amoureuses à un monde où prêtres, maris et pères règnent en maîtres. Ces séquences d’intimité s’insèrent dans une série de clips à vocation documentaire mettant en scène la vie urbaine à Nairobi où la violence homophobe est un état de fait. Par l’énergie qui se dégage de ses images, Wanuri Kahiu refuse au drame d’avoir le dernier mot, convaincue de la valeur politique de l’amour autant que de la capacité du cinéma à changer les mentalités. Il semble que la censure ait été du même avis puisque le film fut interdit au public kenyan. (CDP)

Hakim Atoui et Baptiste Etchegaray : La première marche (2020) – TJ7410

En 2019, à Saint-Denis, quatre jeunes décident de relever le pari fou et audacieux d’organiser la première Gay Pride de la banlieue parisienne pour mettre à mal les clichés les plus tenaces qui reviennent sans cesse dans la bouche de l’extrême droite. En plaçant leur militantisme, conscient de leur réalité de terrain, sous le drapeau de l’intersectionnalité, iels ne développent pas qu’un discours contre l’homophobie, mais embrassent aussi l’antiracisme, la lutte des classes et se différencient, par ailleurs, du milieu LGBTQIA+ très blanc bleu du Marais parisien. Par là même, iels remettent en cause les « homonationalismes », prônés par des Marine Le Pen et autres Florian Philippot, qui aiment récupérer les luttes LGBTQIA+ pour répandre des discours islamophobes. Ce premier documentaire, parfois un peu gauche, reflète une dynamique foisonnante de convictions. Un portrait joyeux d’une génération consciente qui s’assume et ne compte pas se laisser marcher sur les pieds ! (JJG)

Alice Wu : Si tu savais (2020)

Introduit par une séquence animée en stop motion, le personnage d’Ellie Chu est le stéréotype de la lycéenne introvertie mais brillante. Si, de prime abord, le film prend des allures de réflexion sur le conformisme et la popularité dans la veine classique du teen movie, la narration évolue à petits pas vers l’épanouissement d’une ode à l’intersectionnalité. En ce sens, l’intention de sa réalisatrice et scénariste, Alice Wu, est double : contribuer à accroitre la visibilité des individus américains d’origine asiatique et à plus forte raison de ceux faisant partie de la communauté LGBTQIA+. Sa protagoniste – émigrée de Chine avec son père – y est en effet secrètement éprise d’une camarade d’école. Bien qu’il offre en partie une vision désenchantée du rêve étasunien à travers le déclassement social du père d’Ellie, détenteur d’un doctorat en philosophie en Chine mais simple chef de gare dans son pays d’accueil, Si tu savais suggère néanmoins une destinée plus enviable aux enfants d’immigrés de seconde génération, quelle que soit par ailleurs leur orientation sexuelle. (SD)


Une médiagraphie réalisée par PointCulture : Simon Delwart, Catherine De Poortere, Marion De Ruyter, Benoit Deuxant, Jean-Jacques Goffinon, Marc Roesems, avec l’appui de Julien Ribeiro.

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