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Le bureau d'artistes (1) : Stéphanie Blanchoud

Stéphanie Blanchoud
Combien d’heures par jour un artiste consacre-t-il à sa production ? Et puis que fait-il au juste, comment et dans quelles conditions ? Est-ce que penser c’est travailler ? Existe-t-il un mode d’emploi ? Le bureau d’artistes donne la parole aux principaux concernés et les invite à lever le voile sur leur temps de travail.

Est-ce parce que les artistes n’ont pas de bureau qu’il est si difficile d’évaluer leur temps de travail ?

Pour cette première édition, c’est Stéphanie Blanchoud qui nous ouvre la porte de son bureau. En plus d’être comédienne et actrice, elle écrit ses propres pièces de théâtre, participe à l’écriture de scénarios au cinéma et embrasse une carrière dans la musique depuis une dizaine d’années. Dès ce mois de novembre, elle présentera son premier seule-en-scène, Je suis un poids plume, au Théâtre des Martyrs à Bruxelles.

-           Quelle est votre méthode de travail (horaires, lieux etc.) pour entrer dans le processus de création artistique ? Concrètement, quelles sont vos techniques/astuces/rituels pour vous y mettre ? Ces méthodes sont-elles à réinventer à chaque nouveau projet ou y a-t-il une sorte de répétition, quelque chose qui reviendrait à chaque fois ?

Je n’ai pas vraiment de méthode, si ce n’est qu’effectivement, j’essaie d’avoir une autodiscipline. C’est ça le plus difficile quand on écrit seul, comme par exemple en théâtre. Lorsque qu’il s’agit d’un scénario, on écrit à plusieurs, mais dans tous les cas, je me fixe des horaires. Personnellement, j’écris mieux le matin. J’essaie donc de me fixer à travailler tous les matins, de 9h00 à 13h00, c’est une tranche horaire que je réserve pour l’écriture, ce qui me permet de répéter pour d’autres projets l’après-midi.

Le lieu peut varier, cela doit être un lieu calme. Je travaille très bien chez moi bien que, parfois, les idées émergent lorsque je ne suis pas forcément devant mon carnet ou mon écran d’ordinateur, mais plutôt quand je suis en mouvement. De temps en temps, ça me fait du bien d’être dans un train, dans un avion et tout à coup, il y a des choses qui arrivent à ce moment-là. Ce qui est compliqué, c’est de me dire que quelques fois, il y a une matinée que je crois perdue parce que je passe deux heures à réfléchir sur quelque chose par rapport à mon récit et il n’y a rien qui se met vraiment en place, il n’y a pas d’idée qui apparaît. Pourtant, ça vaut le coup de s’accrocher parce que souvent, il y a une petite idée qui arrive en fin de processus, je dirais à la fin de la troisième heure de travail… parfois. Il n’y a donc pas de règle, si ce n’est une autodiscipline et des horaires auxquels je me tiens.

Il y a aussi autre chose à préciser. Je ne suis pas tout de suite dans un processus d’écriture. D’abord, lorsqu’on écrit à plusieurs, on est dans une discussion, on fonctionne par strates, par étapes, on prend plusieurs chemins pour arriver à construire une histoire. Dans l’écriture théâtrale, c’est différent parce que je suis plus rapidement dans l’écriture à proprement parler (dans le dialogue par exemple). En général, je commence à écrire uniquement quand je sais plus ou moins où je veux aller et quand ma trame dramaturgique, à gros traits, est claire. Après évidemment, au cours de l’écriture je me laisse surprendre et emmener par mes personnages…

-          À quoi ressemble la période de gestation (la durée, votre état, votre ressenti etc.) précédant l’apparition d’une idée, d’une œuvre, d’un projet ? Y a-t-il un cycle dans votre processus de création, une périodicité ? Et après ? Faut-il un temps pour vous en remettre, pour vous y remettre et créer à nouveau, pour avoir du recul sur votre création ?

C’est très aléatoire et ça dépend du type de travail. Pour le moment, je travaille avec une réalisatrice sur un scénario de film. C’est très long. On parle énormément avant, on prend beaucoup de notes dans des carnets. Le théâtre, au contraire, est très rapide comme processus d’écriture.

Il y a des textes pour lesquels j’ai très rapidement une idée des premières scènes. J’écris relativement rapidement et puis je bloque et il y a, à nouveau, une période un peu intermédiaire avant de trouver la suite. Je dirais que ça n’est, en tout cas, pas vraiment dans l’ennui mais plutôt dans la vie de tous les jours que je puise mon inspiration. Je ne dois pas me forcer à essayer de trouver une idée. Si elle ne vient pas, ça n’est pas grave. La période de gestation dure tout de même quelques mois avant de, soudainement, voir surgir une nouvelle idée que je crois intéressante à approfondir.

Bien sûr, il faut du temps pour s’en remettre. À un moment donné dans le processus d’écriture, je touche à quelque chose où j’ai l’impression que je suis « avec » mes personnages lorsque je rends une première version d’une histoire, c’est comme si je devais en faire le deuil, les « quitter ». Il faut un certain temps avant de se lancer dans autre chose (je dirais quelques mois avant d’avoir une nouvelle idée), mais ça n’est pas une souffrance.

-          À quel niveau considérez-vous que le temps de travail est un critère d’évaluation de la valeur d’une production artistique ?

Je ne suis pas sûre que c’est un critère d’évaluation parce qu’il y a des choses qui s’écrivent très vite. Le seule-en-scène avec lequel je tourne en ce moment (Je suis un poids plume), je l’ai justement écrit en un mois, mais je l’ai écrit en un mois une fois que je savais exactement ce que je voulais raconter, ça a donc été très vite. En revanche, pour des pièces à plusieurs personnages c’est plus long. J’ai mis un an à écrire la pièce précédente, Jackson Bay, que j’ai montée en Suisse. Pour un scénario c’est beaucoup plus long, minimum deux ans de travail, parce que le travail n’est pas le même.

 

Questions : Alicia Hernandez-Dispaux

Site web de l’artiste : http://www.stephanieblanchoud.com/

Stéphanie Blanchoud présentera « Je suis un poids plume » au Théâtre des Martyrs à Bruxelles du 6 au 18 novembre. Infos et réservations : cliquez ici

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