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Africa is/in the Future (4): le Gqom – tribal urbain

Hybridation, musique, Afrique, ville, Africa is / in The Future, Durban, Afrique du Sud

publié le par BENOIT DEUXANT

Gqom - the Sound of Durban
Il naît de nouveaux styles musicaux et de nouvelles subdivisions tous les jours, mais il n’arrive pas souvent qu’en moins de cinq ans un genre atteigne cette maturité et cet équilibre entre efficacité et expérimentation.

À l’instar de beaucoup de genres musicaux récents, le gqom est né lorsque quelques jeunes de Durban, Afrique du Sud, se sont mis à bricoler de la musique avec une panoplie de logiciels gratuits ou piratés. Plutôt que de se lancer dans des imitations de house ou de hip hop, ils ont préféré partir de zéro et inventer un son unique. Ce qui différencie le gqom (le nom vient du Zulu, peut se traduire par tambour, et se prononce avec un clic comme ceci : https://gqomoh.bandcamp.com/track/it-is-gqom) des autres musiques électroniques sud-africaines, comme le kwaito, le township tech ou le shangaan electro, c’est la complexité de ses rythmes. Accompagnées d’une trame minimaliste de sons synthétiques menaçants et de vocaux fragmentés, les structures sont totalement éclatées, polyrythmiques, presque irrégulières, et rappellent les débuts du footwork. Plus brut et plus low-fi que ses pairs, c’est un genre hypnotique malgré son étrangeté première.

Le style s’est diffusé avant tout sur internet, via des sites compilant des centaines de mp3 du genre, mais aussi étrangement via les compagnies de taxis locales, qui en ont fait leur bande-son favorite et dont les voitures rivalisent dans le choix des meilleurs sound-systems, des light-shows les plus flamboyants et les mix de gqom les plus récents. En quelques années le gqom s’est répandu de bouche à oreille et est devenu l’arme secrète préférée des DJ londoniens. Mais le genre peine encore à s’imposer sur son propre territoire et à trouver un public sud-africain en dehors de Durban. Produit de manière très artisanale par des musiciens comme Emo Kid ou Citizen Boy, mais surtout par des équipes, des crews comme Naked Boyz, Rude Boyz, Mafia Boyz, il sera finalement publié par des labels européens comme les anglais de gooncluballstars ou Gqom Oh! lancé en Italie par le DJ Nan Kolè avec l’aide sur place du sud-africain Lerato Phiri. Comme l’explique Kolé, l’attrait principal du gqom est son mélange paradoxal d’énergie physique et de stratégie conceptuelle, qui en fait un genre sombre et euphorique, urbain et tribal à la fois.


Benoit Deuxant


Un mix :



Et des vidéos :





À l’initiative de PointCulture, et en collaboration avec le Goethe Institut et CEC-ONG, le cinema Nova se lancera dans l’exploration des visions futuristes africaines lors de deux journées intitulées Africa is / in the Future, où auront lieux en journée des ateliers, conférences à PointCulture, et en soirée, films et concert au Nova.