Compte Search Menu

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l’utilisation de cookies permettant d’améliorer le contenu de notre site, la réalisation de statistiques de visites, le choix de vos préférences et/ou la gestion de votre compte utilisateur. En savoir plus

Accepter
Pointculture_cms | playlist

Lisbonne en musiques (et littérature lue)

Carlos Paredes par le street artiste Odeith, Lisbonne 2015
Du fado au kuduro, en passant par le piano classique ou un ovni électronique, un portrait sonore de Lisbonne de la tradition à l'expérimentation en passant par de multiples formes inventives d'hybridation.

Sommaire

L’Intranquillité de Fernando Pessoa

dit par François Marthouret

Des journaux intimes aussi foisonnants, la littérature mondiale en offre peu d’exemples. C’est une œuvre qui se feuillette plutôt qu’elle se s’offre à une lecture suivie. Le choix opéré par François Mathouret en propose un échantillonnage séduisant. Faisant alterner anecdotes de la vie courante et rêveries, celui-ci met en évidence le caractère pour le moins singulier d’une écriture dont les fréquents changements d’humeur et de registre composent une partition cohérente que résume pleinement le terme « intranquillité ». La ville de Lisbonne y reste très présente bien que réduite à quelques rues, lieu de travail et lieu de délassement dont l’auteur n’a guère ressenti le besoin de s’éloigner. Ne connaître la ville qu’au travers de ce texte, c’est avoir envie de s’y rendre en pèlerinage, comme pour rejoindre le mythe à son origine.  [CDP]



Le piano de Maria JoãoPires

De l’intime à l’universel

Entre Mozart, Beethoven, Chopin ou Schubert qu’elle convoque dans l’intimité et la mission réparatrice, sociale et éducative de la musique, les salles de concert et leur public privilégié ont peine à faire sens pour Maria João Pires. Cette défiance, qu’elle a souvent confessée, nous renverrait presque à la révolution française quand Gossec, au nom de l’idéal républicain, faisait fermer ces mêmes salles. Mais égalité et fraternité se traduit chez elle par réciprocité et partage. Telle est, en tout cas, la devise du  projet éducatif baptisé « Partitura », qu’elle a initié il y a une vingtaine d’années : restaurer le lien social et intergénérationnel de la musique. Il ne peut en tout cas s’agir d’un sens unique et l’étoile, qui la suit depuis son premier concert public à l’âge de sept ans, se veut aujourd’hui un soleil qui réveille, sans la brûler, la vocation musicale.  [JL]


 

Le fado d'Amália Rodrigues

Lisboa a noite

La chanteuse et actrice Amália Rodrigues est probablement une des figures les plus importantes du fado, ce style portugais mélancolique exprimant la saudade d'un peuple. Pendant plusieurs décennies, elle représente avec talent et sensibilité le style dans son pays et à l'étranger. Originaire des faubourgs de Lisbonne où elle est née en 1920, Amália restera toujours attachée à sa ville et interprète tout au long de sa carrière de nombreuses chansons qui racontent la beauté et les ambiances des différents quartiers, de l'Alfama aux rives du Tage, mais aussi les histoires d'amour ou de détresse de ses habitants.  [ASDS]


 

Le néo-fado de Deolinda

Lisboa Não É a Cidade Perfeit

Groupe jouant avec les traditions, Deolinda apporte un vent frais dans les musiques portugaises. Le fado est toujours accompagné de guitares mais il n'est plus aussi triste, il devient léger tout en gardant son intensité. Les chansons sont écrites du point de vue d'une jeune femme inventée, Deolinda, qui vit avec ses chats et son poisson rouge dans son appartement lisboète. Elle observe les rues depuis sa fenêtre et commente le monde qui l'entoure. Les textes possèdent un certain surréalisme et l'enthousiasme de la chanteuse Ana Bacalhau transporte les auditeurs loin de la saudade d'antan. Et si Lisbonne n'est pas la cité parfaite, il y a toujours moyen d'y être heureux.  [ASDS]




La guitare portugaise de Carlos Paredes

Fils d’Artur Paredes, lui aussi joueur de guitare portugaise, Carlos Paredes est né en 1925 à Coimbra. La guitarra portuguesa est un instrument à 12 cordes métalliques descendant du cistre et proche de la mandoline ; c’est traditionnellement l’instrument d’accompagnement des chanteuses et chanteurs de fado. Carlos Paredes en bousculera et en rénovera l’approche en en faisant un instrument soliste notamment pour des musiques de films (Nos vertes années ou Changer de vie de Paulo Rocha par exemple). Dans les années 1950 et 1960, membre du Parti communiste interdit, Paredes sera emprisonné par le régime de Salazar et jusque dans les années 1990, celui qui a joué avec Amália Rodrigues ou est rentré en Dialogues avec Charlie Haden garde un travail alimentaire de fonctionnaire dans un hôpital de Lisbonne. Aux États-Unis, sa musique est jouée par le Kronos Quartet en 2000 puis redécouverte par les guitaristes acoustiques Sir Richard Bishop, Glenn Jones, Jack Rose et Ben Chasny (qui lui dédicace le morceau « Lisboa » de son album School of the Flower). Drag City réédite dès lors deux de ses albums mytiques – Guitarra portuguesa, 1967 et Movimento perpétuo, 1971 – en 2011.  [PhD]


 

La guitare de Norberto Lobo

Les ambiances musicales générées par le guitariste portugais Norberto Lobo sont comparables au taillage et au polissage d'un diamant brut. Sur ce septième album studio, les effets sont ici encore plus ténus et subtils que jamais. S'éloignant de l'héritage américain ou de la guitare portugaise comme pour mieux y revenir par moments, sa palette de sons se diversifient de plus en plus au fil des albums sans jamais faire dans le bavardage intempestif cher aux virtuoses les moins inspirés. La note ou l'accord de trop semblent ici absent des débats laissant la place à des mélodies plus minimalistes où silence et riffs tranchants voire psychédéliques s'entremêlent tout au long de ce Muxama aux accords obsédants à souhait.  [DM]



L'ovni kaléidoscopique de Nuno Canavarro


Sorti initialement de façon confidentielle en 1988 sur le label indépendant portugais Ama Romanta, l'album Plux Quba du musicien lisboète Nuno Canavarro a failli rester dans les méandres obscures de la musique underground si le musicien américain Jim O'Rourke ne l'avait pas découvert de manière inattendue lors d'un voyage effectué en 1991 du côté de Cologne en Allemagne. Subjugué par cet ovni aux accents futuristes, il s'empressa de le rééditer quelques années plus tard sur son label Moikai. Plux Quba n'a à l'évidence pas d'équivalent formel, c'est un disque kaléidoscopique aux mélodies faussement naïves conçues à partir d'instruments acoustiques détournés, de voix samplées fantomatiques et de sons électroniques minimalistes à la beauté foudroyante. Un chef d'œuvre à taille humaine à découvrir de toute urgence.  [DM]




Les drones (bourdons) de David Maranha et Osso exótico

À l’articulation des années 1980 et 1990, avec quelques complices (dont Patricia Machás toujours de l’aventure aujourd’hui), les frères David et André Maranha fondent Osso exótico. Autodidactes et autant influencés par les arts plastiques que par la musique, ils proposent des bourdons (drones) générés le plus souvent par des instruments acoustiques (cordes de piano mises en vibration par de petits moteurs pour Piano suspenspo, verres de cristal pour Verres enharmoniques). En juillet 1997, le groupe a l’opportunité d’utiliser l’orgue de « Sé de Lisboa », la cathédrale de la ville. En contradiction apparente avec ce qu’on attendrait d’une expérience de la durée (ce que la musique drone est le plus souvent), les pièces sont courtes (quelques minutes) et variées – comme l’exploration d’un instrument, d’un bâtiment, de la réverbération du son du premier dans l’espace du second.  [PhD]


 

Les 427 disques du label Clean Feed

Depuis sa fondation en 2001, le label Clean Feed, basé à Lisbonne et attenant à l’activité d’un disquaire (Trem Azul), compte aujourd’hui 427 références à son catalogue (et quasiment autant de musiciens) soit une production moyenne de deux disques par mois, voyant des pics de production avec cinq ou six sorties par mois durant certaines périodes… Autant dire que c’est énorme pour un label indépendant, voire même parfois critiqué comme « un peu trop ». Très vite après sa création le label devient le rendez-vous international de la scène de l’improvisation libre ou du jazz free comme on dit. Proposant des musiciens de renoms et des projets plus confidentiels, faisant au passage régulièrement la promotion d’une scène portugaise locale, le label trouve un équilibre qualitatif (et financier). Une ligne d’édition cohérente qui en fera actuellement un des labels référence du genre.  [BB]


 

L'accordéon (et les petits papiers) d'Alfredo Costa Monteiro

Monteiro connaît intimement l’accordéon, l’a étudié dans les règles, au conservatoire et par amour, dans les traditions, pas seulement portugaises. C’est un accordéon absolu qu’il fantasme. Il en libère tout le sonore imaginable passé, présent, futur, toutes cultures confondues. Pour le sculpter à chaud, ou à froid. Feu et glace. Un traitement plasticien de cette énormité acoustique. Chaque fibre, chaque onde modulées, hypertrophiées, poussées jusqu’au bruit blanc, ou pétrifiées dans un silence hurleur. Un théâtre de la cruauté (Artaud) à même les soufflets et boutons de nacre. Précis. Comme il peut le faire aussi, par ailleurs, quand il manipule de manière géniale un arsenal de papiers amplifiés, de toutes formes et consistances.  [PH]



Le kuduro de Batida

Batida (alias Pedro Caqueñao ou DJ Mpula) est un DJ et producteur originaire de Lisbonne. À la base Batida était une émission de radio portugaise qui a évolué jusqu'à devenir un projet discographique. DJ Mpula y explore un genre très populaire au Portugal, au Brésil et en Angola, le kuduro (littéralement "cul dur" en portugais). Mélange de Semba (danse Angolaise) d'électro et de rap, tout comme le baile funk brésilien dont il est proche, il est influencé par le Miami Bass et les paroles sont souvent crues et engagées. Ici Batida réinterprète et modernise la musique angolaise au moyen de samples tirés de morceaux des années 1970 et parvient à créer une musique entraînante, tribale et actuelle à la fois.  [IK]


 



une playlist collective de PointCulture signée :

Anne-Sophie De Sutter, Catherine De Poortere, David Mennessier, Philippe Delvosalle, Jacques Ledune, Bertrand Backeland et Igor Karagozian.

photo: fresque Carlos Paredes par le street artist Sérgio Odeith, Lisbonne 2015 - www.odeith.com

En lien