Compte Search Menu

Playlist

Le Swing, l'âge d'or du jazz (années 1930-40)

Duke Ellington 1941

histoire du jazz, harlem renaissance, jazz swing

publié le par Bertrand Backeland

Swing signifie littéralement "se balancer". Le swing invite irrésistiblement à la danse dont il est indissociable. Aussi dénommé "middle jazz", c'est souvent ce style qui focalise toute l'attention du public. C'est de cette époque que circule les images fameuses de big bands (grands orchestres) où musiciens tirés à quatre épingles, alignés derrière leurs pupitres, exécutent une musique enjouée aux arrangements millimétrés. Le swing est avant tout un feeling impossible à retranscrire sur partition, c'est une manière de sentir la musique en marquant les temps faibles. Ce style atteint son apogée dans le courant des années 30 en tant que musique populaire diffusée sur toutes les radios et jouée dans tous les dancings. L'engouement est tel qu'on le retrouve également dans les salles prestigieuses de concerts. Les mots du dictionnaire du jazz définissent cet âge d'or des orchestres de l'ère swing par "la perfection de la mise en place, la décontraction de l'énoncé et l'équilibre entre pulsion vitale, chaleur d'expression, maîtrise instrumentale, pertinence rythmique et imagination mélodique".

Sommaire

Les ferments du swing

Le jazz évolue et se déplace géographiquement : la prédominance de Chicago et du style New Orleans s'estompe et New York devient la ville phare du jazz. Deux de ses compositeurs les plus fameux jetteront les bases de ce nouveau souffle, Duke Ellington et Fletcher Henderson.

     - "Harlem Renaissance" et le style jungle de DUKE ELLINGTON

The Mooche (le taxeur, dans le sens personne qui vie au dépens des autres) est un morceau emblématique du style jungle. L'expressivité de la trompette de Bubber Miley se démarque de manière typique avec ses effets de growl  et ses effets wah wah.

 

     - FLETCHER HENDERSON, arrangeur swing

Avec Don Redman (saxophoniste et arrangeur lui aussi), il met au point l'architecture instrumentale et stylistique de la grande formation avec ses quatre sections : trompettes, trombones, anches et rythmique.

 

Trois morceaux incontournables

     - It don't mean a thing if it ain't got that swing (1931)

Littéralement "cela n'a pas de sens s'il n'y a pas ce swing" est un morceau écrit par Duke Ellington et Irving Mills en août 1931 et deviendra vite un standard. Les cuivres répondent au chant par un jeu à la sourdine plunger qui est en fait simplement une ventouse en caoutchouc utilisée par les plombiers pour déboucher les éviers. Cela donne un effet typique "wah wah" à la Bubber Miley, cornettiste devenu maître dans l’usage des sourdines, qui a largement contribué à façonner le son caractéristique dit « jungle » de l’orchestre de Duke Ellington durant les années 20. Ce morceau est emblématique de l’ère swing naissante. On entonne irrésistiblement le « poula-poula-wouaah » des cuivres tout en tapant du pied.

 

     - Sing Sing Sing (1936)

Sing, Sing, Sing (With a Swing) est une chanson de 1936 écrite par Louis Prima mais souvent attribuée à Benny Goodman. Il s'agit d'une pièce iconique des big bands.

 

     - In the mood (1939)

In the Mood est une chanson populaire américaine composée par Joe Garland et Andy Razaf. Elle est arrangée par le chef d'orchestre et musicien Glenn Miller en 1939, qui en fera l'un de ses plus grands succès. Il s'agit d'une œuvre représentative de l'époque des big bands de la fin des années 1930. Elle a été créée en temps de guerre (seconde guerre mondiale) pour remonter le moral des troupes américaines parties en guerre .

 

Jazz Vocal en éclosion

     - ELLA FITZGERALD

 

     - BILLIE HOLIDAY

Chargée d'une grâce naturelle, Billie Holiday est une des voix les plus poignantes de l'histoire du jazz. Count Basie au piano, Lester Young au saxophone.

 

COLEMAN HAWKINS, émergence du saxophone dans le jazz

Le saxophone entre dans l'âge adulte : à l'alto, Benny Carter et Johnny Hodges dominent la place, tandis que Lester Young et Coleman Hawkins, au ténor, tracent deux voies divergentes mais aussi incontournables l'une que l'autre.

Les années 1930 et 40 sont marquées par deux courants que l’on serait tenté de décrire comme antagonistes si la formule n’était trop réductrice. Il faut néanmoins souligner la rupture au moins symbolique que représenta le bebop – musique complexe mais d’expression directe – par rapport à l’ère du Swing – art de l’orchestration, de la connivence avec la représentation  hollywoodienne, art du savoir-faire au service du divertissement.

Dans ce changement, la place du saxophoniste ténor Coleman Hawkins, généralement reconnu pour sa brillante interprétation de Body and Soul en 1939, est significative.

D’abord parce qu’il est un acteur « progressiste » du Swing. Que ce soit  au sein de grands orchestres (ceux de Fletcher Henderson, Jack Hylton…) ou de formation plus réduites, Hawkins rompt avec les effets de jeu illustratifs très en vogue à l’époque des big bands. Il désenclave la figure du musicien clown de l’Oncle-Tomisme au profit d’une sonorité à la fois plus profonde et plus virulente (que l’on oppose souvent à celle de  son alter-ego Lester Young). Dans Body and Soul, son phrasé s’impose au dépend d’un exposé fidèle du thème. (Hugues Warin)

 

Jazz à Hollywood : WOODY HERMAN et les FOUR BROTHERS

L'industrie cinématographique à Hollywood, en pleine expansion durant les années 1930, donne du travail à bon nombre de musiciens. C'est une époque faste, les big bands migrent (ou voient le jour) sur la côte ouest. C'est le cas du passage remarqué de l'orchestre de Woody Herman à Hollywood qui marquera l'histoire avec ses Four Brothers préfigurant une nouvelle conception du big band.

Le terme Four Brothers (quatre frères) est le surnom donné aux solistes de la section d'anches de l'orchestre de Woody Herman (de 1947 à 1949) : les saxophonistes ténor Stan Getz, Zoot Sims, Herbie Steward puis Al Cohn et le baryton Serge Chaloff. On nomma cet orchestre The Second Herd (le second troupeau). Le surnom a pour origine le morceau composé et arrangé par Jimmy Giuffre et enregistré par Woody Herman et son orchestre à Hollywood en décembre 1947. Giuffre donna à ce morceau le titre de Four Mothers (pour motherfuckers littéralement les connards) mais Herman le remplaça par le plus convenable Four Brothers.

La section d'anches est composée de manière inhabituelle : un alto (Sam Marowitz), trois ténors et un baryton. Si l'écriture utilisée par Giuffre n'était pas nouvelle (harmonisation verticale d'une mélodie), c'est d'une part la ligne mélodique du thème qui emprunte le vocabulaire du style be-bop, et d'autre part le phrasé et la sonorité des saxophonistes West Coast qui donne à ce titre toute sa nouveauté. On a attribué à Lester Young l'influence majeure des instrumentistes tels que Stan Getz, Al Cohn, Zoot Sims...L'originalité des Four Brothers réside dans l'exploitation collective dans cette nouvelle approche de l'instrument, d'où un "son de section" tout à fait nouveau. On pourra ajouter que cet apport est spécifique aux saxophonistes, les autres instruments à vent (trompette et trombone) ne connaîtront pas le même bouleversement.

 

ROY ELDRIDGE, trompette en surpression

Roy Eldridge est souvent tenu pour l'indispensable trait d'union entre la trompette classique de Louis Armstrong et celle, moderne, de Dizzy Gillespie.

 

Guitare swing

    - CHARLIE CHRISTIAN, guitare électrifiée

    - DJANGO REINHARDT, swing manouche

A lui seul le guitariste Django Reinhardt établira les structures du swing manouche. Ce style, qui émerge dans les années 1930 en France, un cas unique hors du territoire américain, se caractérise dans sa forme originelle par une section rythmique assurée par deux guitares et une contrebasse, un violon et l'absence de percussions, de cuivres et de bois. Un « jazz sans tambour ni trompette » à l'allégresse et mélancolie combinées.


Playlist réalisée par Bertrand Backeland (conseiller jazz PointCulture).

Image de la bannière : l'orchestre de Duke Ellington en 1941.