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Musée des arts anciens du Namurois : un tableau de Henri Bles

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Musée des arts anciens du Namurois 3 - Henri Bles - photo Céline Bataille
Quel sens se cache derrière les œuvres d’Henri Bles dont le Musée des Arts anciens du Namurois détient la plus grande collection au monde ? Le mystère autour du peintre mosan n’a pas fini de nous interroger…

Henri Bles ou l’art de l’exégèse visuelle

 

Quiétude et mysticisme sont les deux qualificatifs que m’inspire l’observation de ce paysage. À première vue, il semble plus accessible qu’une œuvre abstraite qui aurait tendance à nous questionner par l’absence de réalisme. Y aurait-il donc quelque chose de plus à comprendre qu’une simple représentation de la parabole du bon Samaritain dans ce tableau ?

Disparate, la peinture foisonne de saynètes au sein desquelles les personnages ou autres animaux (qui étonnent par leur exotisme) sont minuscules en regard d’une nature imposante. C’est elle le sujet principal de cette huile sur bois datant du milieu du XVIème siècle. Elle illustre le renversement du rapport traditionnel entre personnages et paysage, en invitant ce dernier à passer au premier plan. Quant à la facture picturale, elle est minutieuse et atteste de l’habileté du peintre. L’emploi de la perspective chromatique, avec le dégradé progressif de couleur et l’atténuation des contours, souligne sa connaissance technique du dessin.

Les deux personnages à l’avant-plan sont facilement identifiables lorsqu’on a connaissance du titre de l’œuvre. « Paysage avec la parabole du bon Samaritain » met en scène la compassion d’un samaritain à l’égard d’un voyageur attaqué et laissé pour mort après qu’un prêtre et un lévite passant par-là l’aient privé de la moindre attention. À travers le titre également, on prend connaissance de la grande spécificité d’Henri Bles : l’alliance du genre du paysage à celui de la peinture religieuse. Longtemps, la fonction de l’image dans l’église catholique a été de participer à l’ascension du dévot vers le divin tout comme à son éducation, encourageant les peintres à endosser le rôle d’exégètes visuels. L’œuvre d’Henri Bles se situe dans cette lignée, elle entre dans les collections de la Société archéologique de Namur en 1877. Sa date de réalisation reste imprécise, à l’image de la biographie du peintre dont on ignore toujours le lieu et la date de naissance et de mort. Quoi qu’il en soit, Henri Bles est mosan et considéré comme l’un des plus remarquables paysagistes du 16e siècle des Pays-Bas méridionaux. Ses tableaux se retrouvent dans de prestigieuses collections autour du monde entier.

Dans la salle d’exposition qui lui est consacrée, les tableaux se ressemblent et sont mis en relation avec d’autres productions de l’époque. On peut se divertir en tentant de reconnaître sa patte ou en pointant les similarités entre ses différentes œuvres. Car si on les compare en se penchant sur les « lieux communs » caractéristiques de son travail, ses peintures deviennent presque prévisibles. Les châteaux, les villages, les gorges rocheuses, les chênes aux troncs fendus, les grands frênes isolés (etc.), sont autant d’éléments qui reviennent sans cesse et participent à l’idée d’œuvre sérielle.

Revenons à présent à notre réflexion de départ qui s’interrogeait sur les degrés de lecture dans l’œuvre de Bles. Les tableaux du peintre se lisent comme des histoires parsemées d’énigmes et de sens cachés. Ils sont typiques de la conception humaniste de l’époque et particulièrement de celle d’Érasme. Celui-ci considère l’allégorie comme le moyen d’expression le plus employé dans les Écritures. Par exemple, dans la parabole du bon Samaritain
[…] le voyageur représentant l’homme déchu chassé du Paradis après la faute, blessé et dépouillé de son vêtement d’immortalité, est abandonné par le prêtre et le lévite, images de l’Ancienne Loi qui, impuissants à guérir l’identité malade, cèdent la place au bon Samaritain, Jésus-Christ qui, lui, le conduit à l’hôtellerie, c’est-à-dire dans l’Église — Érasme

En considération de ce modèle érasmien, les paysages cosmiques d’Henri Bles se remplissent de sens et certains éléments deviennent presque ésotériques.

En somme, Henri Bles nous invite à une lecture scrupuleuse du tableau. Par exemple, les formes anthropomorphes sont de coutume dans l’œuvre du maître mosan. Ces images doubles, qui apparaissent souvent dans la roche et la végétation, stratifient les degrés de lecture. À cet égard, on peut évoquer l’œuvre de Giuseppe Arcimboldo et ses fameux portraits phytomorphes, bien que là où la représentation composite de ce dernier se révèle immédiatement au regard, chez Henri Bles, elle se fait plus discrète et relève davantage de l’image cachée. Ainsi, à travers ses œuvres, l’artiste nous suggère que les œuvres interprétant la Bible doivent, tout comme celle-ci, introduire les divers propos par l’évocation et la multiplicité de sens. Il s’agit du principe même de l’exégèse, « ce passage nécessaire du sens littéral vers le sens spirituel et sa démultiplication ».

Avant de vous laisser à l’observation attentive de l’œuvre, avez-vous repéré la chouette bien cachée à gauche de l’image, dans le tronc du grand chêne ? En plus de faire référence au nom que les Italiens donnaient à Bles, « Civetta » (qui deviendra la signature figurée du peintre), elle illustre l’importance accordée par l’artiste à la lecture de ses œuvres. En évoquant le camouflage et l’acuité visuelle, le rapace incarne les différents degrés de lecture envisageables. Clairvoyance, aveuglement et illusion deviennent ainsi les options qui s’offrent au visiteur selon sa capacité de discernement face à l’œuvre.

Qu’attendez-vous pour vous prêter à l’exercice ?

L'Objet nature - couverture (c) Balthazar Delepierre




Alicia Hernandez-Dispaux
- photos: (c) Céline Bataille

La publication L'Objet nature (15 musées de Wallonie, 15 objets nature - 96 pages, 30 photos) est en vente au prix de 5€ dans tous les PointCulture et musées participants


TreM.a - Musée provincial des arts anciens du Namurois
Hôtel de Gaiffier d’Hestroy
24 Rue de Fer
5000 Namur

32 (0)8 177 67 54


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