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Les métiers cachés de l'art numérique (4) - lead animator

Yakari studio animation Dreamwall

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publié le par Thierry Moutoy

Le numérique a changé notre façon de travailler, y compris dans des métiers artistiques. Le dessin de presse n’échappe pas au numérique. Nous avons posé des questions à Killian Meliani, lead animator pour le studio d’animation Dreamwall, un studio d’animation né d’un partenariat entre Dupuis et la RTBF.

- Thierry Moutoy (PointCulture) : Peux-tu nous faire un topo de ton parcours ?

- Killian Meliani : J'ai un parcours assez classique, étant Français, j'ai passé mon secondaire dans un collège/lycée très généraliste (option scientifique) et après mon bac, j'ai enchaîné sur un DEUG en Sciences et Technologies pour l'Ingénieur (un diplôme en 2 ans qui n'existe plus, et qui est directement remplacé par la licence). J'ai toujours eu envie de me tourner vers un métier artistique dans l'animation, mais il fallait rassurer mes parents et avoir un « vrai » diplôme avant, au cas où. Puis un passage en classe prépa à LISAA à Rennes, pour une intense formation artistique, et ensuite un baccalauréat à l'Institut St-Luc de Bruxelles, en section Arts Numériques, pour y apprendre les rudiments de l'animation. On a touché à un peu de tout, mais je voulais principalement animer, faire bouger des trucs ! Le diplôme en poche et par le conseil d'un prof, je me suis tourné vers le studio Dreamwall, récemment créé, qui cherchait des gens à former à l'animation 3D pour travailler sur une série animée, à l'issue d'une petite sélection.

« J'ai ainsi pu démarrer sur ma première production en tant qu'animateur (la première saison de The Garfield Show) et continuer sur les projets qui se sont enchaînés par la suite, autant en 2D qu'en 3D, principalement des séries, mais aussi quelques longs-métrages. » — Killian Meliani

- Tu es Lead Animator pour le studio d'animation Dreamwall. En quoi consiste exactement ton métier ?

- Eh bien le boulot de Lead Animator est simplement le boulot de chef d'équipe. Je regarde le travail des animateurs qui composent mon équipe (entre 5 et 8 personnes selon les périodes et les projets) et je fais en sorte qu'ils suivent tous la même direction dans le style d'animation et dans la qualité demandée pour le projet. Cela passe par la préparation d'un épisode (sur de la série, par exemple), en partant des indications du réalisateur·trice, de repérer les difficultés de l'épisode, essayer de trouver des solutions et ensuite attribuer les scènes à animer en fonction de la difficulté des scènes et de l'expérience des animateurs. L'épisode fini est ensuite envoyé en validation au directeur·trice d'animation qui est en quelque sorte le chef d'orchestre de l'animation et permet de surveiller l'homogénéité entre les épisodes, ensuite le réal donne son accord, et enfin les clients (les ayants droit/la chaîne de télé, par exemple). Un autre aspect de mon boulot est le lien que je fais entre le travail d'animation et la partie productionnelle, à savoir échanger les infos et les suivis avec les chargé·e·s de production, se tenir informé des délais, des plannings, etc.

- Tu travailles essentiellement sur des adaptations de bandes dessinées en animation (Boule et Bill, Yakari, Zombillénium, les Schtroumpfs...) Quelle est la part de création dans l'adaptation d'une bande dessinée ?

- Sur l'adaptation d'une bande dessinée en série ou film d'animation, il y a évidemment tout un processus d'adaptation. N'étant pas au cœur de la création, je ne peux que raconter ce que je vois à mon niveau d'animateur. La partie la plus évidente est le design des personnages qui doit pouvoir amener une fraîcheur et convenir aux contraintes techniques de l'animation, à savoir un design cohérent et graphique sous tous les angles en 3D, mais aussi en 2D, qu'il puisse être à la fois joli et pratique/facile à animer. De même, l'aspect visuel est très important, si on veut se rapprocher un maximum de l'univers BD ou bien s'en libérer. Par exemple, le film Zombillénium et la série Petit Poilu respectent très fortement les BD dont ils sont tirés.

« Une contrainte importante dans l'adaptation est qu'il faut qu'une série destinée à la télé remplisse un certain cahier des charges, autant par les designs et les scénarios, mais également l'animation directement. » — Killian Meliani

Cela varie selon l'âge du public cible, et la tranche horaire de diffusion, mais le point le plus important est la violence, c'est-à-dire qu'un protagoniste d'une série destinée à la jeunesse ne peut pas manifester de violence directe envers un autre (pas de bagarre explicite, ni de poses ou d'expressions trop agressives). Les adaptations cinéma ont d'autres contraintes, de même pour les séries destinées au web.

Ça se passe généralement bien, mais on a parfois de drôles de surprises dans les adaptations.

- Quelles sont pour toi les meilleures adaptations d'une bande dessinée en animé ?

- Au risque de passer pour un sacré corporate, mais j'ai une certaine affection pour Lulu Vroumette, adaptée d'une série de livres illustrés pour les enfants. Ce ne sont pas des bandes dessinées à proprement parler, mais l'adaptation était très réussie, et très jolie à regarder. Yakari, film et séries, est aussi très réussi. Plus éloigné de moi, Les Aventures de Tintin sont une grosse référence pour moi, ainsi que La Ballade des Dalton, et Les Douze Travaux d'Astérix.

- As-tu des projets solos ?

- Non, aucun projet solo pour moi, pour le moment. Je n'ai pas le temps de m'y mettre, mon travail sur la série me prend déjà beaucoup de temps et d'énergie, mais je ne désespère pas de me lancer un jour sur un projet perso


Propos recueillis par e-mail par Thierry Moutoy en février 2021.

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