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Focus

Les Tanneurs ou les mouvements prochains d’une génération prolixe et prolifique

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Par une carte blanche à ses jeunes artistes associés, le Théâtre les Tanneurs ouvre sa saison – comme on ouvre une fenêtre de bon matin – sur une génération féconde qui, entre sobriété de représentation et modernité, trace la route d’un théâtre dépoussiérant. Un peu d’air frais !

Sommaire

L’idée de ce mini festival, Next Move, où chaque compagnie, metteuse et metteur en scène proposent des échantillons élaborés de leur travail, nous brinquebale aussi bien d’une sensibilité à l’autre que de recherches en innovations. L’air de rien, cette programmation nous montre du doigt, sans obligation aucune, que les choses sont en train de changer quant à la manière d’aborder la scène, la salle, le monde. Aujourd’hui, plus de débordement dramatique, aucune emphase, mais une ligne qui se contient dans l’essentiel de son discours. Les mises en scène sont nettes, inspirées, libres et sans pudeur, souvent participatives. Le public proche devient un élément constitutif de la narration, de l’action, de l’invocation. Gros plan sur deux de ces petites formes…

Litanie

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L’Iranien Gurshad Shaheman (cf. photo de bannière ci-dessus) nous propose, sans artifice, d’entrer dans une salle noire englobée par le chant traditionnel d’une prière de sang. Si les mots qu’il chante a cappella sont rudes, réalistes et violents, le spectacle ne l’est pas. Sa litanie appartient aux contes de l’humanité : l’obligation de la souffrance pour accéder à la maturité – la condition de l’homme en somme. Autour de lui, un ballet de contrition prend forme lentement. Le spectacle s’amplifie. Chaque danseur avance, se frappant le poitrail pour expier ses fautes d’être trop humain. Par ces sons de corps qui claquent, la danse lancinante qui envahit le centre du plateau et le silence déchiré par la voix seule, la transe s’installe, hypnotique, forte, déchirante. Elle n’est pas mystique, juste consciente, presque douce.

On sort de ces trente minutes chamboulé, silencieux, l’âme en respect, empreint de cette vision réaliste du monde. Merci Gurshad. — Jean-Jacques Goffinon



Ancora tu

Ancora tu

Avec ce spectacle, Salvatore Calcagno embrasse la thématique du deuil amoureux. Non pas un deuil affecté, mauve et dramatique de chrysanthème, mais un regard pragmatique, souvent drôle, sur une douleur encore vive qui nécessite un peu de rangement.

Avant de quitter Bruxelles, seul dans sa chambre d’hôtel, le Québécois Dany fait sa valise à souvenirs. Que va-t-il emporter de sa passion fugace avec Salvatore ? Il demande de l’aide au public afin de faire ses choix face à une grande liste de moments vécus. C’est aux spectateurs de déterminer le contenu du spectacle. Hormis ce va-et-vient ludique sans pudeur se dessine une autre lecture plus pathétique et triste : Dany se servirait-il de nous pour revivre une dernière fois cet amour qu’il n’arrive pas à enterrer ? Retournera-t-il sur les bords du lac Saint-Jean le cœur indemne ? Un doute s’installe… Sans fioriture ni stratagème, Salvatore Calcagno dresse un portrait intelligent et caustique de nos petits mensonges intérieurs comme de nos actes manqués. Il démultiplie avec malice les ambiances, les confessions et les plans parfois cinématographiques. Cet amour de passage n’est finalement pas un sujet aussi léger qu’il n’y paraît et le spectacle devient une mise en abîme des sentiments d’un moment arrêté sur une vie qui doit continuer coûte que coûte.

Cette ouverture de saison propose un aperçu alléchant pour une année qui semble riche de créations diverses comme originales. Les Tanneurs, fabrique de théâtre, porte bien son nom. En ces temps de demi-teintes, n’hésitez pas à vous y engouffrer. L’air y est aussi frais qu’une touche de peppermint…

Jean-Jacques Goffinon

Photo en cours d'article (Litanie de Gurshad Shaheman) : © Hubert Amiel / (Ancora tu de Salvatore Calcagno) : ©Antoine Neufmars

Next Move se joue encore du 5 au 10 octobre.


site du Théâtre des Tanneurs

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