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Focus

Histoires de labels (6) : Cheap Satanism Records

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Fondé à Bruxelles en 2009 par Vincent Faidherbe (alias Vincent Satan, alias Vincent Zabladowski), Cheap Satanism Records est né d’une blague (et d'autres blagues que celle-ci entraîna). Un label monté sur mesure autour d’une personnalité et de ses groupes devenant une plateforme de jeu fertile bien décidée, à ses débuts du moins, à s’imposer – par la force et la ruse si nécessaire.

Sommaire

Blague(s) cheap

Consultant en informatique pour un opérateur téléphonique national dans la « vraie vie », Vincent « S » ou « Z » a très tôt ajouté à sa précoce inclination pour un certain rock tendu et/ou dissonant, et à sa fréquentation quasi quotidienne des quelques lieux bruxellois, où ce rock « indépendant » a (encore) l’occasion de se faire entendre (Café central et Magasin 4 surtout), une première activité d’écriture (dans quelques webzines comme Psychotonique) et d’animateur radio ponctuel (un petit paquet de cartes blanches sur Radio Campus), rapidement dépassées par celle d’organisateur d’évènements culturels (expos, concerts) puis de créateur de label.

Onze années d’existence déjà pour Cheap Satanism Records, label à jamais insolvable selon son patron qui rêve secrètement de conquérir le monde mais annonce régulièrement la cessation d’activités, avant de faire paraitre, ou de participer le mois suivant à une nouvelle sortie discographique ! — Yannick Hustache

Au départ, le label a vu le jour afin de donner un peu de visibilité au travail de Dominique Van Cappellen-Waldock (Naifu, Las Vega, Von Stroheim...), dont le second album, Waltham Holy Cross, de son projet Keiki inaugure un désormais bien fourni catalogue aux signatures belges et internationales (parfois les deux à la fois). Le nom du label, Cheap Satanism résume en deux mots l’idée forte des débuts. Une pop dite satanique qui reprend en mode cheap, amusé et référencé, certains attributs extérieurs (visuels, lettrage, présentation, nombres) propres aux musiques sidérurgiques sombres et lourdes des dévots du grand cornu fourchu. Un concept un peu dépassé depuis, pour ne plus répondre qu’aux seuls critères du coup de cœur et de la volonté commune de Vincent et des artistes de travailler ensemble. Les contacts avec les futures signatures se sont faits la plupart du temps lors des concerts, parfois sur démarche volontaire des artistes, via SoundCloud, mais avec comme contrainte minimale de partir en tournée une fois le disque sorti, puisque les ventes et le merchandising représentent l’essentiel des revenus des musiciens et labels d’aujourd’hui.

Cheap secrets

Quand au volet « organisation de concerts », Vincent s’est peu à peu recentré vers le Café central (ère pré-Covid-19), où il a carte blanche pour faire jouer qui il veut ou presque, et y passer des disques (DJ Satan) en sirotant une célèbre trappiste du nord du pays qu’il affectionne tout particulièrement.

Dans les pas loin de 40 groupes et projets, parfois ponctuels (Valley of Love, super-groupe atypique de circonstance pour égayer les marchés de Noël) du catalogue Cheap Satanism et sa bonne cinquantaine de sorties parues sur différents supports (CD, LP, numérique) et formats, à compte d’auteur/de label, et en mode « frais partagés » (Blind Thorns, Madeincanada, etc.), on pointera quelques disques qu’on conseillera à ses meilleurs amis « qui ont l’oreille » et aussi l’envie peut être de délier un tantinet les cordons de leur bourse.

En plus, j’’ai un fils à nourrir. De temps en temps, je lui montre mes caisses de disques invendus et je lui dis : tu vois, c’est pour ça que tu n’iras pas à l’université. — Vincent "Satan" Faidherbe

Car notre homme, jamais à une saillie ironique près, résumait dès 2014, dans un fanzine (Indie Or Die - #1) dédié à la production musicale indépendante bruxelloise, sa démarche presque « philanthropique et existentialiste » (d’autres diraient à fonds perdus, voire suicidaire) de patron de label : « Ce n’est vraiment pas une option d’arrêter mon job et de me consacrer au label. Je travaille et je gagne relativement bien ma vie. ‘Y a des sorties, c’est grâce à Mastercard. J’ai arrêté de faire des comptes stricts parce que ça me déprimait. Je ne saurais pas te dire ce que j’ai perdu. Pour l’instant, ça dit être entre moins 15 000 et moins 20 000. En plus, j’’ai un fils à nourrir. De temps en temps, je lui montre mes caisses de disques invendus et je lui dis : tu vois, c’est pour ça que tu n’iras pas à l’université ».

Cheap Satanism en quelques disques

Waltham Holy Cross de Keiki (2009)

Comme référencé plus haut, première sortie du label. Un rock sale et urbain construit sur les pulsations mécaniques d’une boîte à rythmes, des guitares monomaniaques lardées de saturations et un chant pas si éloigné des feulements habités des premiers P.J. Harvey. Sans oublier des textes délicieusement absurdes.

Vitas Guerulaitis de Vitas Guerulaitis (2011)

Un trio français basé (un temps ?) à Bruxelles qui a tiré son nom d’un célèbre et fantasque champion de tennis. V.G. affectionne un rock dissonant (avec synthés), cintré, et chanté dans la langue de Voltaire. Des frères de folie contagieuse de feu leurs compatriotes messins du Singe Blanc

Dead as a Dodo de Joy As A Toy (2012)

Second album du combo bruxellois, Dead as a Dodo est quelque part né dans la tête de Vincent qui demanda au groupe de préparer un set de reprises de Goblin (Suspiria) pour une ZomBIFFF Night qu’il organisait dans le cadre du BIFFF. Résultat : dix plages de relecture hallucinée de quelques B.O. de films d'horreur et de séries B anthologiques des années 1970.

Tout a une fin (même l'amour) de Jesus Is My Son (2018)

Jesus Is My Son reprend son bâton de pèlerin pour faire parler le silence des mélodies. Emprunts à la profonde mélancolie d'un Matt Elliott mais aussi au slowcore d'un groupe comme Low. Ici et là avec des notes Durutti Column. [AB]

Under The Reefs de Clément Nourry (2017 - Enregistrement 2015)

Ex-cheville ouvrière de Joy As A Toy, musicien pour Nicolas Michaux et à présent à la tête du groupe Under The Reefs Orchestra, Clément Nourry marche, l’espace d’un album instrumental et introspectif, sur les traces de John Fahey et de Jim O‘Rourke. Un bien beau disque addictif.

Species & Specimens d’Alk-a-line (2019)

L’une des dernières sorties du label. Une sorte d’all stars band de l'underground (dans les invités) avec un duo de filles pour patronnes ! De l’electro EBM rêche sous perfusion post-punk maligne. Sophistiqué et avec juste ce qu’il faut "d’atmosphère sensuelle et malsaine ».