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Focus

France Gall : Poupée de cire, poupée de son du Grand Serge

à voir plus tard
France Gall et Serge Gainsbourg
France Gall vient de nous quitter… Et voilà que sa voix, ses refrains, son sourire et ses coiffures nous reviennent à l’esprit. Car oui, bien qu’elle fut instrumentalisée par son père et par l’éditeur Denis Bourgeois à ses débuts, 'pygmalionisée' par Michel Berger ensuite, ce petit bout de femme a su se faire aimer pour elle-même grâce à un timbre de voix particulier et à un charisme hors du commun.

La carrière de la chanteuse a ceci de particulier qu’elle se divise nettement en deux périodes bien distinctes dont la ligne séparatrice est sa rencontre artistique avec Michel Berger en 1974. D’ailleurs, à partir de ce moment-là, France ne reprendra plus jamais le répertoire passé (hormis « Attends ou va-t’en » en live en 1997).
De 1974 jusqu’à la mort de Michel en 1992, le tandem Gall/Berger alignera les tubes honorables et les perles touchantes. Mais, bien que les chansons nées de cette collaboration méritent d’être mises à l’honneur, nous avons choisi pour cet article d’évoquer les trésors de la première période de sa carrière qui pour la plupart ont été écrits par Serge Gainsbourg entre 1964 et 1972.


Des sucettes au gingembre

À ses débuts, France Gall incarne la jeune fille de bonne famille qui s’adresse à ses semblables au travers de chansons qui, avouons-le, étaient franchement niaises, voire stupides. Mais, quand c’est l’homme à tête de chou qui écrit pour elle, la donne change. Épaulé par ses arrangeurs fétiches, Alain Goraguer d’abord, David Whitaker ensuite et enfin Jean-Claude Vannier, il réussit, tout en jouant avec les codes du genre « chansons pour adolescentes », à lui écrire des pépites pop originales, intelligentes et surtout nettement plus piquantes  qui finiront par séduire les adultes.

En 1965, dans l’émission Discorama de Denise Glaser, Gainsbourg exprime avec un sourire plein de malice et de cynisme pourquoi il a retourné sa veste en commençant à écrire pour des artistes yéyé comme France Gall, mais aussi comme Brigitte Bardot, Valérie Lagrange ou encore Petula Clark. Voici un extrait de leurs savoureux échanges :

- Denise Glaser: Aujourd’hui, vous écrivez pour tous ces jeunes gens dont vous disiez : « Après tout, s’ils veulent acheter des wagons de sucettes ça les regarde, moi ça ne m’intéresse pas ». Maintenant, c’est vous qui leur fabriquez des sucettes. C’est même vous l’usine à sucettes. Qu’est-ce qui est arrivé ? — -
- Serge Gainsbourg : Oh, mais, elles sont au gingembre, mes sucettes ! — -


Des friandises pas toujours innocentes, avec, entre autres, ces fameuses « sucettes » dont le double-sens échappa longtemps à la jeune ingénue. Dans la vidéo ci-dessous (à partir de 1’40) qui est un extrait de l’émission Bouton rouge du 16 avril 1967, on voit le vilain Serge se payer la tête de  la pauvre France devant tous les téléspectateurs en démontrant qu’elle n’avait toujours pas saisi le sens caché de la chanson. 

France aura du mal à s’en remettre. Mais, bizarrement, cela ne l’empêchera pas d’interpréter, cinq ans plus tard, « Les petits ballons » (voir la playlist ci-dessous) signé Gainsbourg/Vannier qui de manière certes plus explicite la met dans la peau d’une poupée gonflable destinée aux plaisirs des hommes.


Dix chansons étonnantes écrites par Gainsbourg

 

- N’écoute pas les idoles (1964) 


Premier tube écrit par Gainsbourg qui reprend les ingrédients de base du « discours » des chansons pour ados en y apportant une réflexion sur ce type de chanson elle-même. Superbe composition magnifiée par les arrangements d’Alain Goraguer.

 

- Laisse tomber les filles (1964)

Deuxième succès signé Gainsbourg, toujours dans la même veine ado mais avec clairement un discours plus mature que dans les scies chantées par France à l’époque. Gainsbourg/Goraguer aux manettes d’une musique encore plus percutante et entêtante. Un bijou.

 

- Poupée de cire, poupée de son  (1965) 

Le plus gros tube de France Gall de cette période (qui n’a alors que 17 ans !) qui lui a fait gagner l’Eurovision. Du « sur mesure » signé Gainsbourg avec des arrangements somptueux d’Alain Goraguer bien sûr .

 

- Baby Pop (1966) 

Des arrangements géniaux (Ah ! Ces chœurs « africains » !) encore une fois d’Alain Goraguer. Une bonne chanson « engagée » avec un côté insupportable quand France, dans le refrain, prend sa voix de crécelle. Pourtant, quand elle chante en douceur, la jeune fille a un timbre unique et magnifique !

 

- Attends ou va-t’en (1965) 

Première perle moins relayée avec toujours la même équipe. Cette superbe ballade pop passa quelque peu inaperçue à l’époque. Elle a été reprise par le duo Mikado en 1985 et par France Gall elle-même en 1997.

 

- Les Sucettes (1967) 

La chanson qui a fait scandale. Sans doute la plus géniale du lot ! Toujours Goraguer aux arrangements pour une composition subtile pleine de surprises harmoniques.  

 

- Teenie Weenie Boppie (1968) 

1968 est sans doute l’album le plus aventureux de France Gall. Un album qui n’a pas vraiment marché, hormis la chanson « Bébé Requin » (écrite en partie par Joe Dassin) qui –  il faut l’avouer ! – ne vole vraiment pas très haut. Le sommet de cet album est sans conteste « Teenie Weenie Boppie » où Serge emmène France dans les vapeurs psychédéliques du LSD. Des arrangements du grand David Whitaker qui a fait à la même époque l’habillage des chansons « Comic Strip », « Chatterton » et « Hold-Up » interprétées par Gainsbourg lui-même.

 

- Néfertiti (1968)

Sur le même album, une chanson étrange qui évoque la célèbre pharaonne. Pas le meilleur texte de Gainsbourg, mais une musique divine arrangée par Goraguer, toujours inspiré !

 

- Frankenstein (1972) 

Il se passe quatre ans avant que l’entourage de France Gall ne fasse à nouveau appel aux talents de l’homme à tête de chou qui travaille à l’époque avec Jean-Claude Vannier. « Frankenstein » est la face A de ce 45 T sorti en 1972 qui signe la fin de la collaboration Gall/Gainsbourg. Ce hit n’a pas du tout marché mais le disque est devenu culte entre temps. On se retrouve pourtant ici devant une pépite dans laquelle le beau Serge fait des rimes en –rankenstein : Fallait un cerveau aussi grand qu’Enstein / Pour en greffer un autre à Frankenstein.

 

- Les petits ballons (1972)

« Les petits ballons » est la face B de ce 45 T. Un véritable joyau méconnu  dont le texte est de Gainsbourg et la musique de Jean-Claude Vannier : Ah ! Ce gimmick bluesy à la guitare acoustique ! Côté texte, France se retrouve à nouveau à incarner une femme « lubrique » même si elle prend la forme d'une poupée en plastique, cette fois-ci ! Ces deux chansons figurent parmi les meilleures chansons écrites par le tandem magique Gainsbourg/Vannier. À (re-)découvrir !!!

 

Une autre perle de 1968

- Chanson indienne (1968)

On avait aussi envie de vous partager cet autre bijou de l’album 1968 signé cette fois-ci par Robert Gall pour les paroles et par David Whitaker pour la musique.


Et pour terminer, voici une curieuse rencontre télé entre Michel Berger et Serge Gainsbourg autour des chansons qu’ils ont écrites pour France. L'émission date de 1978.



Guillaume Duthoit

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