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Focus

Congotronics et Tradi-Mods | une nouvelle musique congolaise

Konono N°1
Le renouveau des musiques congolaises à partir de la fin des années 1990, et un retour à la tradition.

A la fin des années 1990, le pays sombre dans la guerre civile, qui aggrave encore une situation économique plombée par des années de corruption. La scène musicale en souffre énormément, et peine à se renouveler. Elle commence à perdre de son importance et les concerts se voient remplacés par les prêches publics de sectes évangélistes et de « nouvelles églises » en tout genre. Beaucoup de musiciens se tournent vers la religion, interprétant des chants chrétiens.

Parallèlement, un petit groupe d’artistes se penche vers les racines et traditions congolaises. Swede Swede lance le mouvement en utilisant de nombreuses percussions et des harmonies vocales. À l’origine principalement villageoises, s’inspirant des coutumes des communautés locales et jouant pour des occasions précises (mariages, enterrements, fêtes, etc.), beaucoup de formations de ce genre vont se retrouver dans les grandes villes, et choisir de s’électrifier et de s’amplifier pour lutter contre la concurrence sonore ambiante. Le son distordu des amplis maison, des instruments fabriqués de bric et de broc et des « lance-voix » des années 1950, ces haut-parleurs publics recyclés en micros, vont leur donner un son brut, agressif et énergique. Les premières traces de cette nouvelle musique, baptisée tradimoderne, sont enregistrées en 1978 à Kinshasa par le Français Bernard Treton et sont publiées en 1986 par le label Ocora sous le titre Musiques urbaines à Kinshasa. On y découvrirait quatre groupes : Sankayi, Orchestre Bambala, Orchestre Bana Luya et Konono N°1.

La découverte de ce disque à la radio a convaincu le musicien et producteur belge Vincent Kenis de s’envoler pour Kinshasa. Il y enregistre pour le compte du label Crammed de nombreux groupes tradimodernes. Le premier album de cette série nommée « Congotronics » lance sur la scène internationale Konono N°1, déjà actif depuis de nombreuses années. Le succès est immédiat et le groupe commence à voyager (malgré des problèmes récurrents de visas) et à collaborer avec des artistes aussi divers que Björk ou Herbie Hancock. D’autres publications suivent : Kasai All Stars, Staff Benda Bilili, Mbongwana Star et les pionniers Swede Swede.

Vincent Kenis s’est aussi rendu au Sud-Est du Congo, à Lubumbashi, dans la province du Katanga, où il a rencontré plusieurs orchestres de karindula. Tirant son nom de son instrument principal, sorte de banjo géant fabriqué à partir d’un bidon d’essence sur lequel est fixé un manche, une caisse de résonance en peau de chèvre et une boîte de lait en poudre vide placée entre quatre cordes, c’est une réponse aux likembe électriques de Kinshasa. Les quatre groupes qu’il enregistre, BBK, Bana Simba, Bena Ngoma et Bana Lupemba, proviennent tous du même quartier populaire de Lubumbashi, surnommé « Kenya ».





Texte: Anne-Sophie De Sutter & Benoit Deuxant

Crédit photo: Crammed

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