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Cocorico-searching, la liberté c’est la santé

Cocorico Searching

Bruxelles, emploi, asbl, Le travail, travail, cocorico searching

publié le par Alicia Hernandez-Dispaux

Dans une société où le travail est devenu indissociable de sa valeur lucrative, comment lui insuffler une dynamique qui replace son capital au second plan ? La combinaison passion, temps, argent est-elle une utopie ? C’est du moins pour Lydwine, fondatrice de l’initiative citoyenne Cocorico, ainsi que pour quantité de jeunes et de moins jeunes, le Graal de l’existence.

La recherche d’emploi est un (mauvais) moment par lequel nous sommes tous passés. Derrière le statut de chercheur d’emploi se cache, pernicieux, celui que l’on nomme plus communément le statut de chômeur. Peu valorisé (pour ne pas dire pas) dans une société émettrice de valeurs de rentabilité et de productivité, le « citoyen inactif » est souvent considéré comme honteux, autant par lui-même que par la collectivité. Avouons-le, dans la fameuse quête vers l’emploi, qui ne s’est jamais senti jugé, mis de côté et rapidement classé dans la catégorie des paresseux, des incompétents ou encore des trop exigeants ? Lydwine est elle-même passée par cette période où la solitude guette et a naturellement décidé d’y remédier. Elle se demande alors, pourquoi chercher seule puisque nous sommes nombreux à la poursuite de… mais de quoi au juste ? C’est précisément ce que Cocorico tente de clarifier avec sa communauté de cocorico-searchers.

Dans le paysage de l’insertion sociale et professionnelle à Bruxelles, Cocorico est la bête curieuse. D’une part, elle a choisi de rester privée afin d’éviter les obligations de résultat qui provoquent l’angoisse au sein de la plupart des associations du secteur dans la capitale belge. Lydwine déclare : « L’objectif n’est pas le retour à l’emploi à tout prix. Notre but est d’aider les gens à se repositionner, à savoir ce qu’ils ont envie de faire et ça n’est pas grave si cela prend six mois. » D’autre part, lorsque toutes les associations du secteur public proposent une assistance gratuite, Cocorico demande quant à elle une participation lors des ateliers qu’elle organise, « un prix juste, dont on est fier et qui ne nous met pas en difficulté. »

Des œufs, des poules, des Schtroumpfs, l’univers de Lydwine est pour le moins étonnant ! Plus la discussion se creuse, plus nous entrons dans une approche du travail qui ferait grincer des dents la génération des baby-boomers (ceux qui ont sagement suivi le modèle des carrières linéaires et respectent l’autorité), mais qui pourtant, dépeint exactement la mouvance dans laquelle se situe la génération Y. Celle-là même qui s’empare progressivement du marché de l’emploi.

Cocorico-searching, la liberté c’est la santé

Lydwine Thibaut, fondatrice de Cocorico-searching, ©Alicia Hernandez-Dispaux

Sur le site web de Cocorico, assorti au graphisme, le discours est teinté d’une vision presque poétique et assurément idéaliste du travail. Selon Lydwine, « Le travail est un moyen de contribuer à hauteur de ses talents. (…) il est ce qui nous permet de prendre une place dans la société. J’aime bien l’image des Schtroumpfs, finalement leur monde fonctionne socialement parce que chacun est bon dans quelque chose et le fait. Il y a un équilibre naturel qui se crée, chacun apporte son talent, ce qui rend tout le monde content. Selon moi, le travail, ça devrait être ça ! »

À cet entendement presque romantique du travail, Lydwine oppose la finalité lucrative de ce dernier. Selon la fondatrice de Cocorico, « le problème au cœur du travail, c’est surtout le fait qu’il soit lié à l’argent ». Mais si le travail n’est pas ce qui nous apporte un revenu, comment gagner de l’argent ? C’est l’équation impossible (comme elle la définit) devant laquelle Lydwine se retrouve constamment. À travers des ateliers ludiques et créatifs, elles proposent à chacun des participants de réfléchir, ensemble, à sa place dans la société ainsi qu’aux moyens d’y contribuer et de s’y épanouir en (re)définissant ses priorités.

Enfin, on peut se demander si cette manière de voir n’est pas le fantasme d’une jeune femme issue de la génération Y (why) ? Pour rappel, cette génération désigne les (plus ou moins) jeunes, nés entre 1980 et la fin des années 90, qui ont connu le monde sans Internet, mais qui étaient assez jeunes pour s’en accommoder intuitivement. Ce sont ceux qui ont été baignés dans les débuts de l’écologie et en savent assez pour être conscients des enjeux qu’elle représente. Ce sont ceux qui cherchent du sens et une éthique dans leur activité professionnelle. Tout compte fait, ce sont ceux qui participent depuis quelque temps aux grandes mutations qui bouleversent le monde du travail.

Mais de quelle révolution parlons-nous exactement ? Selon Lydwine, « Nous vivons au siècle de la liberté ». Dans un monde en perpétuel changement, les gens veulent de l’autonomie et sont réticents à toute forme de contrôle. D’ailleurs, dans les ateliers proposés par Cocorico, la plupart des participants sont des travailleurs qui se sont épuisés à la tâche, qui ont subi un rythme de vie effréné qui s’est soldé par un burn-out…

Lydwine le reconnaît, la génération dont elle fait partie place probablement le plaisir trop au centre de ses préoccupations et elle rappelle l’importance de trouver un équilibre « (…) entre d’une part, un culte du bien-être au travail complètement exacerbé chez cette génération Y et d’autre part, les générations précédentes qui semblent incarner l’opposé de cette vision. ».

Finalement, à l’instar de ces cocorico-searchers qui questionnent notre société et son fonctionnement en bataillant pour trouver leur place sur le marché de l’emploi, Cocorico-searching de bête curieuse, peu à peu, se change en oiseau rare.

Cocorico-searching, la liberté c’est la santé

Logo de Cocorico-searching, ©Anaïs Bodson

Texte : Alicia Hernandez-Dispaux

Photographie de bannière : Cocorico, le collectif qui te donne des ailes !, ©Fanny Monier

Rendez-vous sur le site web de l'association : cliquez-ici

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