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Le bureau d'artistes (5) : Dominique Costermans

Dominique Costermans

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publié le par Alicia Hernandez-Dispaux

Le bureau d’artistes revient en force avec de toutes nouvelles questions liées à un aspect inéluctable du travail : l'oseille, le blé, le fric, le pognon, le biffeton, la thune. Vous l'aurez compris, nous allons parler d'argent, corde sensible des métiers de l'art...

Art et argent font-ils bon ménage ?

Dominique Costermans est journaliste de formation, écrivaine, photographe et a été récompensée à plusieurs reprises pour ces diverses contributions. La convier dans notre bureau d'artistes était une évidence puisqu'elle a notamment lancé, aux côtés de l'auteure Régine Vandamme, Au travail ! un projet collectif d'anthologie dédiée à cette question. Par ailleurs, Dominique Costermans animera plusieurs ateliers d'écritures dans le cadre de ce projet au PointCulture Louvain-la-Neuve ainsi qu'à Charleroi et à Liège.

- La rémunération du travail artistique est-elle un sujet facile à aborder avec vos interlocuteurs ? Observez-vous des différences selon qu’il s’agisse du secteur public ou du secteur privé ? Existe-t-il des tabous ou des mythes qui entretiendraient un rapport conditionné entre le métier d’artiste et l’argent ?

Écrire est mon métier, mais tout ne fait pas pour autant littérature. En ce qui me concerne, il faut donc d’abord clairement distinguer le travail rédactionnel (livres de commandes, articles, vulgarisation scientifique, ré-écritures et écritures en tous genres…) et le travail artistique, littéraire, c’est-à-dire l’écriture de romans et de nouvelles.

La rémunération du travail rédactionnel se fait en toute transparence, en fonction du volume commandé (nombre de caractères, nombre de pages ou temps consacré à la rédaction).

La rémunération du travail artistique se fait via les droits d’auteur : au forfait ou au prorata des ventes. Les choses ont toujours été claires avec mes éditeurs de fiction, que ce soit pour un roman, un recueil de nouvelles ou même quelques nouvelles de commande. Cela n’empêche que l’on puisse contribuer gracieusement à l’un ou l’autre projet, sur sollicitation ou de mon propre chef. Une seule fois il m’est arrivé qu’une association bien intentionnée me sollicite pour le « don » d’une nouvelle (de 40.000 caractères, à remettre dans des délais étroits) et s’offusque de ce que je leur pose la question de la rémunération.

Tout ce qui concerne les rencontres en classe, les prestations en bibliothèques, d’éventuelles animations d’ateliers d’écriture… relève d’un financement par le secteur public qui ne fait que couvrir les frais engagés – mais là, tout est balisé, barémisé, fiscalisé, transparent. Quant aux prestations en librairie ou ailleurs qui accompagnent la sortie d’un livre, elles ne font l’objet d’aucune rémunération, ce qui me semble normal puisque j’assure alors la promotion de mes livres.

Les prix, qui récompensent l’œuvre publiée, ou les bourses et les résidences, qui encouragent l’œuvre à venir, sont eux, donnés sans contrepartie. En aidant ainsi l’artiste, ce n’est pas son travail que l’on achète, c’est du temps qu’on lui offre.


- Comment définiriez-vous la notion de valeur d’une création artistique (œuvre d’art plastique, écriture, musique etc.) ? Sur quels critères se base-t-on pour l’évaluer ? Qu’évalue-t-on au juste ? Qui se charge de le faire ?

De quelle valeur parle-t-on ? En matière de littérature, le critère de la valeur d’une œuvre sera-t-il celui des ventes ? Celui des critiques, de leur nombre, de leur influence ? Celui des prix littéraires ? L’estimation de la valeur portera-t-elle sur le contenu, le style, la technique, sur ce en quoi l’œuvre ajoute quelque chose à la littérature ? Sera-t-elle mesurée à l’aune de l’intérêt académique suscité par l’œuvre ? En termes d’articles universitaires qui lui seraient consacrés, par exemple ? Ou encore à la pérennité de son succès ? Quand Rimbaud a publié, en 1873 et à compte d’auteur, Une saison en Enfer, il en a fait imprimer 500 exemplaires , en a distribué quelques-uns à ses amis et le reste fut découvert, intact, en 1901 par Léon Losseau, dans une caisse abandonnées chez l’imprimeur. Si j’étais un homme, de Primo Levi, publié en 1947 par un éditeur indépendant, n’a connu d’abord qu’un très faible tirage. Il fallut attendre 1963 pour que ce livre connaisse le succès que l’on sait, à la faveur de la publication de La Trêve par le même auteur. Si j’étais un homme fut alors considéré comme l’un des livres les plus importants du XXe s. En quoi le premier opus de Levi avait-il pris de la valeur ? En fonction de la seule demande ? En matière de littérature, la valeur d’une œuvre ne peut se mesurer ni au temps que l’auteur y a consacré, ni à son volume, ni à ses ventes.


- Concrètement, qu’avez-vous mis en place pour tenter de vivre de votre art ? En êtes-vous plutôt satisfaite ou mécontente ?

Si « vivre de » veut dire garantir une certaine autonomie financière, je répondrai que j’ai organisé ma vie de sorte que rien ne puisse entraver ou aliéner ma liberté d’écrire.


Questions : Alicia Hernandez-Dispaux

Photographie de bannière : Photo : V. Pipers - 1point2.be

Site web de l'écrivaine : https://www.dominiquecostermans.be/

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