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Changements climatiques et migrations

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D'un documentaire sur un atoll de Papouasie-Nouvelle-Guinée confronté à la montée du niveau de la mer à l'interview d'un chercheur de l'ULB au Sénégal, quelques éclaircissements sur les liens – bien réels mais complexes – entre environnement et migration.

Sommaire

Depuis déjà une vingtaine d’années, les îles de l’atoll Takuu, en Papouasie-Nouvelle-Guinée, voient se manifester les premiers signes de changement climatique. La montée du niveau de la mer provoque désormais une érosion des côtes, une diminution de la surface vitale, une salinisation des terres cultivées et la multiplication des grandes marées dévastatrices. La pérennité de la vie de la communauté sur l’île est remise en question. Il faudra peut-être partir pour Bougainville, à 250 kilomètres, où rien ne les attend. Ce peuple de pêcheurs entrevoit alors l’ampleur de tout ce qui devra être abandonné avec l’île. Le documentaire « Il était une fois une île » livre les interrogations et dilemmes de la population tandis qu’il filme l’inexorable montée des eaux. Il pourrait s’agir d’une démonstration claire de l’impact du changement climatique dans les flux migratoires. Pourtant, comme l’évoque un des scientifiques interrogés dans le film, la dynamique est plus complexe. À quelle réalité le lien entre environnement et migration renvoie-t-il ?


Dans les débats publics, l’intérêt pour le poids du facteur environnemental dans les migrations est récent et est lié à l’aggravation des conséquences du réchauffement climatique. Il est discuté dans un contexte général de fermeture des frontières car, depuis les années 1980, les migrations sont largement considérées comme un problème à résoudre et un phénomène à éviter. Les États européens ont pourtant une lourde responsabilité vis-à-vis des pays du Sud, où les victimes des changements climatiques sont les plus nombreuses. « Actuellement, la crise écologique et les migrations environnementales qui en découlent sont intimement liées au modèle économique dominant hérité de l’industrialisation » (4).

Un point sur les changements climatiques

Les modélisations de l’évolution du climat permettent d’établir des cartes et des moyennes. Elles fournissent des informations fiables mais autorisent encore des incertitudes. Il reste par exemple difficile de localiser avec précision certains changements dans l’espace ou le temps car de nombreux facteurs entrent en jeu (variabilités liées aux modèles et variabilités internes au système climatique).

Les scientifiques ont en revanche des certitudes quant à l’horizon 2030 et 2050. « Il existe en effet un décalage d’une cinquantaine d’années entre le moment où nous produisons des émissions de gaz à effet de serre, et les impacts afférents au changement climatique. Ainsi, les effets du réchauffement global que nous connaissons aujourd’hui sont le résultat des émissions de nos grands-parents. Ceci implique que les impacts du changement climatique, jusqu’à 2065 environ et certainement pour 2030, sont déjà largement connus » (1).

Les dernières études du GIEC font état d’une augmentation moyenne des températures de 3 à 5 degrés à la fin du siècle. Le degré d’augmentation constaté aujourd’hui menace déjà les rendements agricoles (baisse de la qualité nutritive, augmentation des pathogènes, moindre fixation de l’azote, etc.). Mais parler de moyenne planétaire est trompeur. Celle-ci masque les importantes disparités géographiques et ne constitue pas un bon indicateur pour envisager l’évolution des pratiques agricoles locales. On sait aussi que l’écart type augmente plus vite que la moyenne. Cela signifie que les températures déjà extrêmes aujourd’hui le seront encore plus à l’avenir.

Parmi les certitudes encore, le réchauffement climatique se traduira par une augmentation de la fréquence et de l’intensité des catastrophes naturelles, la hausse du niveau des mers et la raréfaction en eau potable (1).

Les impacts sur les sociétés humaines

Les impacts de ces trois facteurs sur les activités humaines sont nombreux.

Les catastrophes naturelles seront plus nombreuses. « On a longtemps imaginé que les catastrophes naturelles ne provoquaient pas de flux migratoires à proprement parler, mais plutôt des déplacements temporaires de population. Depuis Katrina, on sait désormais que cette affirmation est fausse : un peu moins de la moitié de la population de La Nouvelle-Orléans n’est jamais revenue dans la ville » (1). Depuis 2008, l’Internal Displacement Monitoring Center (IDMC), une organisation non gouvernementale basée à Genève, comptabilise les déplacements associés aux catastrophes. Chaque année, en moyenne, 26.4 millions de personnes sont déplacées par des catastrophes naturelles (dont 86 % sont de nature à être affectées par le réchauffement global : inondations et tempêtes, notamment en Asie).

La hausse du niveau des mers devrait atteindre, tous scénarios confondus, entre 8 et 17 centimètres environ d’ici 2030 (1). Les conséquences sont très variables dans le monde : du recul du trait de côte à l’accentuation de l’érosion, jusqu’à la salinisation et l’inondation des zones comme les deltas (densément peuplés). Les îles sont également particulièrement menacées. « C’est l’aspect du changement climatique le plus clairement menaçant en termes de migrations forcées à long terme ». (3)

La raréfaction de l’eau potable constitue l’impact le moins visible et pourtant l’un des plus dévastateurs. Elle est liée à l’augmentation du niveau des mers mais aussi à l’intensification de la désertification et à la fonte des glaciers qui diminue la quantité d’eau potable à la surface de la planète.

Le climat dans une toile

Face à ces impacts, il faut s’attendre à des mouvements migratoires encore difficiles à prévoir. Les conséquences des changements climatiques à long terme dépendront aussi beaucoup des dispositions politiques qui auront été prises ou non.

Surtout, le facteur environnemental ne provoque que rarement « en soi » une migration. Il influe plutôt sur d’autres facteurs et peut exacerber des tensions dans des zones déjà fragilisées sur le plan économique ou politique. « Plutôt que de chercher à isoler les facteurs de crise les uns des autres, il importe plutôt de mieux comprendre les interactions existantes entre elles » (1). Par exemple, « pour ceux dont la subsistance dépend directement de l’agriculture, toute modification de la température ou de la pluviométrie aura un impact direct sur leurs récoltes et donc sur les revenus. Comment distinguer ici le facteur environnemental du facteur économique ? » (1) Les motifs de migrations sont imbriqués les uns aux autres, et le seront sans doute de plus en plus, sous le poids des changements climatiques.

Les migrants environnementaux ?

Les personnes qui se déplacent pour des raisons environnementales ne sont aujourd’hui pas considérées comme des réfugiés au sens de la Convention de Genève de 1951, qui concerne toute personne qui quitte son pays de résidence « craignant avec raison d’être persécuté du fait de sa race, de sa religion, de sa nationalité, de son appartenance à un certain groupe social ou de ses opinions politiques. » L’environnement est absent des motifs cités. Certains collectifs réclament donc l’ajout du facteur environnemental aux motifs déjà reconnus. D’autres y sont opposés afin de ne pas vider de son sens la Convention de Genève à force de multiplication de sous-catégories de réfugiés. Ils mettent surtout en avant la difficulté, voire l’impossibilité, d’isoler le facteur environnemental d’autres facteurs. La catégorie deviendrait alors juridiquement inutile. D’autant plus que, dans de nombreux cas, les populations déplacées restent au sein de leur pays.

Face à cette situation, il semble nécessaire de concevoir des politiques d’adaptation. Celles-ci doivent concerner le pays d’origine, le pays d’accueil et les migrants eux-mêmes. Elles peuvent prendre des formes diverses, financières ou migratoires : renforcement des digues, diversification de l’économie, transformation des habitats et des pratiques agricoles, déplacement de population, etc.

Dans cette perspective, la migration est loin de représenter un échec de l’adaptation. « Le choix migratoire sera une stratégie qui permettra aux migrants de réduire leur vulnérabilité aux impacts du changement climatique, tout en relâchant la pression démographique dans leur région d’origine. Ces stratégies peuvent être particulièrement efficaces dans le cas de dégradations progressives de l’environnement, notamment dans des situations de désertification. L’enjeu politique sera alors de faciliter la migration, plutôt que d‘essayer de l’empêcher de se produire » (1).

« Les chiffres qui circulent dans la littérature (200 millions de déplacés d’ici 2050) ne s’appuient sur aucune méthodologie rigoureuse et restent ancrés dans une perspective déterministe, qui suppute que toutes les personnes vivant actuellement dans des zones à risques devront se déplacer dans le futur. La réalité est infiniment plus complexe, et le nombre de personnes qui seront déplacées dans le futur dépendra en réalité autant des décisions politiques que nous prendrons aujourd’hui que des impacts futurs du changement climatique » (1). L’élaboration d’estimations chiffrées des flux migratoires pour 2030 reste donc incertaine, voire impossible.

Actuellement, les flux d’un pays en voie de développement vers un autre représentent une grande part des flux migratoires internationaux (35%), notamment du fait des politiques restrictives des pays industrialisés. La grande majorité des migrations africaines par exemple (plus de 80 %) a lieu sur le continent africain lui-même.

Par ailleurs, « contrairement à une idée reçue, il y a aujourd’hui autant de populations qui fuient les zones touchées par les impacts du changement climatique que de populations qui s’y installent ou qui, tout simplement, y naissent » (en Asie et en Afrique, par exemple) (1). Le changement climatique provoquera un appauvrissement des populations les plus vulnérables. Il « augmentera à la fois le nombre de ceux forcés de partir et le nombre de ceux forcés de rester » (1). Ce sont donc les pays du Sud qui gèrent, en première ligne, l’accueil et la prise en charge des personnes migrantes de l’environnement [SL1] .

Tout au long de l'histoire, la migration a été une réponse adaptative non seulement à la pauvreté et au dénuement social, mais aussi aux changements environnementaux et climatiques. Bien qu’elle ait souvent été associée à des difficultés et à des conflits, elle offre aussi des opportunités par l'acquisition de nouvelles connaissances, de nouveaux revenus et d'autres ressources, ainsi que par la création de réseaux sociaux entre les régions, qui peuvent être utilisés pour accroître la résilience et poursuivre des stratégies innovantes qui n'étaient pas disponibles auparavant. Celles-ci pourraient rendre les actions existantes plus efficaces, ouvrir de nouvelles voies d'action et de nouvelles règles, des modèles de réponse et des cadres institutionnels.

Sources

(1) Rapport n1, mai 2016, impacts du changement climatique sur les flux migratoires à l’horizon 2030, Bastien Alex et François Gemenne.

(2) GIEC :

(3) Changements climatiques et migrations : quels risques, quelles politiques ? Etienne Piguet, Antoine Pécoud et Paul de Guchteneire, 2011, CAIRN info

(4) D’après François Gemenne dans Migrants de l’environnement, Point Sud, les études du CNCD – janvier 2014

Film « Il était une fois une île », Briar March, On The Level Production, 2009, 80 min

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Étude de cas au Sénégal, 3 questions à Samuel Lietaer (chercheur à l’Igeat - Centre d'études du développement durable - Université libre de Bruxelles)

– PointCulture : Comment le changement climatique affecte-t-il le Sénégal ?

Samuel Lietaer (Igeat / ULB) : Le changement climatique affecte fortement le Sénégal, sous différentes formes, en fonction des contextes géographiques (exposition aux effets) et des situations socio-économiques dans les zones affectées (sensibilité et capacité d’adaptation). La forte dépendance des Sénégalais à l'égard de moyens de subsistance sensibles au climat tels que l'agriculture, l'élevage et la pêche, accroît leurs vulnérabilités.

Le long littoral du pays expose sa population côtière, qui croît rapidement, à l'élévation du niveau de la mer, et ses zones arides, déjà touchées par de longues périodes de sécheresse, risquent d'être encore plus touchées par la hausse des températures et la variabilité des précipitations.

Le pays est donc touché tant par des impacts lents (comme la désertification, la dégradation des sols, la montée de l’océan, les sécheresses) que par des impacts rapides de changements climatiques, très visibles, comme des tempêtes qui créent des houles, et qui, suite à la montée de l’océan, graduelle mais certaine, font déjà « tomber les maisons » dans diverses zones côtières. Il y a des endroits avec des camps de déplacés, que l’on pourrait appeler des camps de réfugiés climatiques, comme le camp de Khar Yalla à Saint-Louis.

Toutefois, même s’il est incontestable que le facteur climatique y joue un rôle très important, la main de l’homme, et sa mauvaise gestion ou gouvernance, y est généralement aussi pour quelque chose. C’est pourquoi je préfère élargir le concept d’adaptation aux changements environnementaux. Même ce terme-là est en fait trop restreint est devrait être déconstruit. Car ces changements environnementaux ne sont souvent pas uniquement « naturels », mais causés par des décisions socio-politiques, et leurs effets ne sont pas non plus répartis équitablement ou arbitrairement au niveau des populations d’un territoire.

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– Dans le cadre de tes travaux, quel facteur d’adaptation as-tu mis en évidence ?

Samuel Lietaer : Multiformes et pluridimensionnelles, les migrations prennent leur source dans les zones rurales du Sénégal. L’une des réponses aux vulnérabilités économiques, sociales et environnementales a été principalement la « migration interne » des zones rurales vers les zones urbaines, mais parfois également l’inverse.

En effet, la migration, ou les différents types de mobilités (terme moins connoté) saisonnières, temporaires ou permanentes, peut être considérée comme une stratégie d'adaptation en soi. La mobilité humaine planifiée peut être très efficace et peut faciliter la mise en place d’autres stratégies d’adaptation. Elle permet d’acquérir des ressources matérielles (argent, machines, outils) et non-matérielles (connaissances, renforcement du réseau social et politique) pour augmenter la capacité d’adaptation et donc de résilience de la famille restée au village. Ainsi, on peut noter que les villageois qui ont des membres de la famille partis en « migration », à l’étranger ou ailleurs, peuvent multiplier et mettre en œuvre plus facilement des stratégies d’adaptation classiques. Il s’agit par exemple de la diversification des moyens de subsistance pour dégager de nouvelles sources de revenus, notamment : en investissant dans des secteurs non-agricoles et l’élevage ; en diversifiant les types et races de ruminants ; en intégrant des variétés de cultures résistantes à la sécheresse ; en modifiant la gestion de la fertilité des sols, la collecte de l'eau, notamment via des puits, forages et des marres artificielles pour abreuver les animaux.

La migration (ou "les mobilités") interne et internationale est avant tout une stratégie pour diversifier les sources de revenus familiaux ou pour offrir un soutien face aux risques environnementaux. Elle est aussi un moyen d'aborder collectivement les conséquences du changement environnemental, avec plus de moyens financiers et de pouvoir politique.

Dans les pays qui ont connu des catastrophes naturelles, des difficultés économiques et/ou une instabilité politique, la diaspora s'occupe non seulement des besoins quotidiens des membres de la famille, mais elle est aussi souvent la première à réagir en cas d'urgence. C’est pourquoi on recommande d'intégrer la mobilité humaine et les politiques d'adaptation au changement climatique dans les plans et politiques de développement, tant au Nord comme au Sud global.

Au cours des dernières décennies, les relations entre le Sénégal et les pays européens ont été marquées par l'évolution des politiques de « codéveloppement » : une approche des politiques de coopération internationale qui vise à s’allier avec des membres de la diaspora qui ont un ou plusieurs projets à réaliser pour leur village. En complétant le budget du montant requis ou par d’autres ressources utiles au projet, les partenaires externes (villes, communes, ONG, coopération officielle, etc.) sont cruciaux pour les membres de la diaspora. Les villageois, à leur tour, comptent beaucoup sur leurs membres de la diaspora pour trouver de « bons partenaires » dans leur pays de destination.

Dans le « codéveloppement », les migrants deviennent donc des acteurs du processus de développement (comme une sorte d' « interface » entre les gouvernements concernés) et leurs intérêts sont parfois pris en compte dans les discussions sur les politiques migratoires et de développement. Paradoxalement et ironiquement, certaines autorités peuvent être enthousiastes à leur égard parce qu'elles les considèrent comme un moyen indirect de promouvoir le retour des migrants ou de diminuer l'émigration.

S’il s’agit généralement d’un mouvement des campagnes vers les villes (‘exode rural’), l’inverse est un option aussi. Grâce aux liens que maintiennent les personnes en ville qui ont des origines rurales avec leur village, ils peuvent retourner au village, quand il y a la crise en ville, par exemple.

– Ces projets financés par la diaspora pourraient-ils avoir un impact sur les flux migratoires ?

Samuel Lietaer : Oui, il y a des projets initiés par la diaspora qui répondent directement à des stratégies d’adaptation.

Mais même si chaque type de projet peut répondre à des stress d’impacts climatiques différents, ce ne sera jamais « la solution » définitive pour réduire les flux migratoires.

Par exemple, les projets de reforestation vont répondre à la lutte contre la désertification et l’érosion des sols, mais il restera encore d’autres conditions structurelles à mettre en place afin que les revenus de l’agriculture soient suffisants pour répondre aux nouveaux besoins des villages gagnés par la mondialisation. Il ne faut pas sous-estimer les conséquences des décisions prises à l’échelle macro-économique sur les conditions de vie des villageois dans le Sahel.

La construction d’un forage permettra de fournir de l’eau (potable) toute l’année aux villageois, ainsi qu’éventuellement pratiquer l’agriculture de contre-saison (durant la saison sèche). Ces récoltes serviront à la consommation propre et /ou à la vente sur les marchés. À l’échelle nationale, il y a les politiques agricoles et infrastructurelles liées à la conservation des produits (grenier de stockage) et de transport qui ont un effet sur le désenclavement des villages du Fouta. À l’échelle internationale, il faut veiller à ce que ces marchés locaux ne soient pas inondés de produits agricoles importés à des prix de « dumping », qui empêchent l’écoulement des produits de l’agriculture paysanne, par exemple.

Certains de ces projets de transformation structurels, comme les infrastructures de développement agricole, pourraient avoir un impact sur les flux migratoires internes, mais nettement moins sur les flux migratoires internationaux et encore moins sur les flux intercontinentaux. Simplement parce qu’il faut suffisamment d’argent et un réseau social suffisant (de la famille et des amis) pour pouvoir migrer vers l’Europe. Il faut différencier les mobilités internes (exodes ruraux, déplacements saisonniers et circulaires), les mobilités internationales, temporaires ou permanentes. Ces différents types de mobilité ont pour résultat d'éventuels effets de contribution des migrants à l'adaptation.

Je pense qu’il faut distinguer ici au moins trois types de catégories majeures de flux (interne, interrégionale et internationale), qui se déclinent en sous-catégories en fonction des impacts climatiques (rapides et lents).

Prenons ici simplement les catégories de flux de mobilités à plus courte distance (internes et intrarégionales) et les mobilités internationales à longue distance.

Premièrement, on observe des flux de migration sur de courtes distances, suite à des chocs ou des difficultés économiques, souvent causés par les variabilités climatiques et environnementales. C’est préférentiellement sur des personnes qui souffrent d’une dégradation lente et qui peuvent encore anticiper et planifier la migration de certains des membres de la famille, que des projets financés par la diaspora, ou cofinancés avec des partenaires extérieurs, pourraient avoir des effets de « fixation » des populations locales dans leurs territoires. Ce qui semble être devenu un objectif primordial des projets de développement des pays membres de l’UE.

Deuxièmement, il y a les flux migratoires internationaux, davantage planifiés (« choisis »), sur lesquels ces projets auront beaucoup moins d’effets dans le Sahel. A court ou moyen terme, ils peuvent même augmenter les flux internationaux. Ces personnes quittent leur village et leur pays pour divers motifs personnels (aspiration à la découverte, à l’apprentissage, envie d’expérience de vie sur « le Vieux Continent », etc.) et qui sont souvent combinés à des questions économiques de diversification de revenus pour la famille. Le ménage a quelques ressources (économiques, sociales, culturelles) mais pas assez pour satisfaire des conditions de vie pénibles, dans un contexte de changements socio-environnementaux. Ces personnes partent majoritairement et idéalement par voies régulières (en avion et avec visa). Cependant, en l’absence de celles-ci, de nombreuses personnes se retrouvent sur les routes dangereuses du désert ou de la mer.

En résumé, les diasporas, en collaboration avec des partenaires de développement (villes, communes, ONG, coopération officielle bi- et multilatérale) peuvent fournir des outils de levier pour offrir des perspectives de développement socio-économique et donc d'emploi « in situ ». La compréhension générale et le discours concernant le « développement » consistent à accroître la capacité d'adaptation « in situ » sans tenir compte des facteurs macro-socioéconomiques d’un ordre néolibéral, causant des inégalités croissantes à différentes échelles, ni de l'option migratoire (temporaire, circulaire, permanente, etc.). Les politiques de (co)développement s’attèlent à "fixer les populations" dans les localités sénégalaises par des programmes de développement, plutôt que pour faciliter les mobilités.

Toutefois, les acteurs du développement n'ont pas été formés à intégrer les dimensions de la mobilité dans les programmes de développement. Certains ont également fait valoir qu'ils n'étaient pas à l'aise avec l'idée que le but de leur travail d'agent de développement était devenu de "fixer les populations".

Cela illustre que la mobilité internationale n’est pas un fait social à freiner puisqu’elle peut aussi être considérée comme un signe d’une société en bonne santé sociale, capable de s’adapter aux problèmes environnementaux qu’elle s’est créés. Finalement, il est impératif que ces projets initiés par la diaspora dans la communauté d’origine s’inscrivent dans une soutenabilité forte afin qu’ils soient climato-compatibles.

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