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Cet été, cap sur la mer Baltique… (1)

Festivals de Wallonie, Lettonie, Vasks, Baltica

publié le par Nathalie Ronvaux

Baltica - La lettonie
PointCulture voyage avec les Festivals de Wallonie et entame ce jour une série de neuf articles.

Sommaire

Baltica

C'est annoncé de longue date: les sept Festivals de Wallonie se consacrent cet été à la musique autour de la mer Baltique. Le thème est alléchant, permet de voyager à peu de frais et de se remplir les oreilles de sonorités et d'harmonies parfois inédites sous nos latitudes. PointCulture se propose donc de publier un article par quinzaine illustrant un musicien, un pan d'histoire, une œuvre musicale... issu de chacun des pays entourant la mer Baltique: la Lettonie, la Russie, le Danemark, l'Allemagne, la Pologne, la Lituanie, la Suède, l'Estonie et la Finlande. Voici notre premier billet.

La Lettonie - Introduction à la musique de Peteris Vasks 

Né en 1946, en pleine période d’occupation soviétique (1945-1991), Peteris Vasks a vécu la double discrimination d’être letton et de famille protestante. Les convictions religieuses n’avaient pas leur place dans la société sous le pouvoir russe et la surveillance du KGB s’exerçait sur de nombreux artistes avec beaucoup de rigorisme. Comme la musique religieuse était interdite, Vasks a composé principalement de la musique instrumentale.

Son langage musical s'est inspiré de ceux de Lutoslawski, Penderecki, Gorecki, Messiaen... Il porte aussi les traces des années de terreur que la Lettonie a connues sous le joug soviétique. Nombre des œuvres de Vasks sont à double sens, usant d’images souvent en relation avec la nature mais prétextes à exprimer l’histoire tragique du peuple letton ainsi que de grands idéaux universels.

Pour faire connaissance avec Peteris Vasks, PointCulture a sélectionné pour vous quelques repères musicaux.


Paysages aux oiseaux, pour flûte seule [1980]

Véritable inventaire des possibilités techniques de la flûte traversière, Paysages aux oiseaux est une pièce profondément évocatrice. Outre son évidente virtuosité, elle offre aussi une grande liberté mélodique, et la variété de figures qui la constituent entretient l'attention de l'auditeur tout au long du discours. Comme souvent, Vasks convoque des images de la nature - les oiseaux - pour symboliser un idéal - celui de la liberté.


Concerto pour violoncelle et orchestre [1993-1994]

Programmatique encore, ce concerto composé de cinq mouvements en miroirs qui traduit la résistance du peuple letton face au "pouvoir grossier et brutal" de l'occupant russe.

Canto I exprime la vision idéale de la beauté du monde de Vasks

Toccata I adopte subitement un tempo rapide pour représenter le mal, la destruction, la violence du pouvoir. Y apparaît clairement une référence à Chostakovitch.

Monologhi voit le soliste s'opposer seul à l'orchestre, comme l'individu d'une société totalitaire s'oppose au pouvoir autoritaire qui veut le détruire.

Toccata II reprend le caractère et les thèmes de Toccata I mais glisse plus sûrement dans la noirceur.

Canto II clôt le cycle en affichant enfin une note d'espoir. Le violoncelle cite un chant folklorique letton plein de ferveur.

Pater noster [1991]

Interdites par le régime soviétique, rares étaient les œuvres de musique sacrée avant la chute du régime soviétique en Lettonie. Cependant, le père de Vasks, pasteur protestant, avait souvent suggéré à son fils de composer un Pater noster. Ce n'est qu'en 1991 que son vœu fut exaucé. 

La pièce est écrite en latin, mais le compositeur l'a également traduite en letton. D'une grande simplicité, l'œuvre exprime toute la profondeur du sentiment religieux de Vasks, pour qui l'écriture d'une pièce sacrée se devait de manifester une foi authentique, sous peine d'être amorale. 

Symphonie "Balsis" [Voix] [1990-1991]

Écrite pour orchestre à cordes, la Symphonie "Balsis" compte trois parties qui se succèdent sans interruption.

La première, Voix du silence, débute dans un murmure. Apparaît ensuite un petit motif nostalgique en mineur. L'accompagnement accentue l'ambiance sombre de la pièce. La tristesse à l'évocation du temps qui s'étire sans espoir semble être le propos principal de ce mouvement.

Voix de la vie se développe en phrases plus amples, plus lyriques, où se mêlent peu à peu des oiseaux représentés par de vifs coups d'archets aux violons. La mélodie enfle pour évoquer l'éveil de la nature. Mais l'allégresse fait vite place à un ton plus grinçant. Les chants d'oiseaux deviennent cris, les dissonances se multiplient...

L’œuvre se clôt sur les Voix de la conscience, celles de la vie réelle, des déboires de l'histoire, des menaces de guerres et de catastrophes naturelles. Vasks parle d'une "vision de l'extinction".

En concert d’ouverture du Festival Musiq’3, premier des sept Festivals de Wallonie, le jeune violoncelliste français Edgar Moreau interprétera le deuxième mouvement du second concerto pour violoncelle [2011-2012] de Vasks, présent dans nos collections:

Nathalie Ronvaux