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Amandine Fairon, Armel Job, Étienne Cremers : "Bastogne, pour vous c'est..."

Bastogne - Amandine Fairon - Armel Job - Étienne Crémers
Voici les visions croisées de leur ville par trois bastognards : une jeune écrivaine, un professeur de littérature et écrivain et un jeune illustrateur.

Sommaire

Amandine Fairon est une jeune auteure talentueuse. Née en 1990, elle est une ancienne étudiante d’Armel Job, professeur de littérature et écrivain bien connu de la région. Étienne Crémers, quant à lui, est un jeune illustrateur issu de l’Institut Notre-dame séminaire (INDSé).

Voici leur vision de Bastogne à travers ces quelques thèmes :


Un lieu urbain qui vous inspire particulièrement

- Amandine Fairon : La porte de Trèves, située sur la place Saint-Pierre. Elle est la rescapée des fortifications de la ville datant du Moyen-Âge. Sa hauteur, ses vieilles pierres, sa majesté et son entrée donnant sur l'église Saint-Pierre et les escaliers menant à la rue commerçante lui donnent un rôle plus qu'important pour accéder au centre-ville.

De plus, elle rappelle un passé de la ville que l'on oublie souvent : la construction des remparts décidée par Jean l'Aveugle pour que Bastogne soit un point névralgique au XIVe siècle. La richesse du monument, malgré son caractère et son cachet, perd son rayonnement au profit de l'histoire de la ville durant la Bataille des Ardennes.

Armel Job : La crypte du Mardasson, le monument dédié aux soldats américains. Les murs sont occupés par de magnifiques fresques de Fernand Léger.

Étienne Crémers : J'aime beaucoup la partie du Ravel du côté de la Gare du Sud vers le centre. J'y ai des souvenirs solitaires quasi méditatifs ; les roues de mon vélo qui, évitant les dizaines d'escargots, tracent des lignes d'eau sur le béton, les arbres aux feuilles d'un vert profond gorgées de la pluie de l'été, l'obscurité soudaine du passage sous le pont, l'atmosphère humide et pesante... C'est un endroit génial pour s'y promener seul et quand certaines conditions sont réunies, il y règne une atmosphère d'une grande sérénité.

Une autre œuvre sur la ville, par un autre artiste que vous-même, importante à vos yeux.

A. F. : Du théâtre ! Surtout une œuvre réalisée par Dominique Lambert dans les années 1990 : La Pavêye ! Elle narrait la zizanie semée par des sorcières entre les Pa la-y-ôt (les gens du haut de la ville) et les Pa lâ va (les gens du bas). Trouffet, le personnage emblématique de Bastogne, part avec Sidonie à la recherche de l'âme de la ville. Leurs rencontres avec des personnages évoquant l'essence même de celle-ci vont permettre de retrouver l'harmonie perdue.

Cette pièce était jouée en plein air, par des citoyens. Elle rassemblait une foule importante. Du haut de mes huit ans, la représentation est restée gravée dans ma mémoire. Actuellement, ce qui retient d'autant plus mon attention est la maîtrise du metteur en scène qui pouvait gérer autant de comédiens dilettantes.

A. J. : Le film de William Wellman (1949) sur la bataille de Bastogne, le premier, je crois.

E. C. : Je suis heureux d'avoir à répondre à cette question car elle m'a demandé beaucoup de recherches (malheureusement, j'étais incapable d'y répondre de mémoire) et m'a permis de redécouvrir une œuvre d'un artiste très important pour l'histoire de l'art du 20ème siècle et justement un de mes peintres préférés dont je viens d'aller voir l'exposition consacrée à Bruxelles à Bozar « Le Beau est Partout ». Dans la crypte du monument du Mardasson (que nous avons visité quelques fois avec l'école), il existe trois mosaïques de Fernand Léger en parfait état de conservation, en hommage aux soldats américains décédés pendant la bataille des Ardennes et à leurs mères, à l'origine du projet. Fernand Léger est une grande influence pour moi, son travail sur les formes et les couleurs, sur la vie quotidienne de ses contemporains, son engagement pour une société plus équitable, etc... me touche particulièrement car il fusionne mes aspirations esthétiques et mes valeurs de vivre ensemble. De plus, c'est sans doute le plus grand artiste à avoir jamais installé une œuvre à Bastogne, même si celle-ci est bien trop méconnue.

Une initiative citoyenne urbaine qui vous semble questionner la ville de manière pertinente.

A. F. : La micro ferme du Ponceret : l'épicerie propose des produits biologiques de saisons. Le recours à la permaculture, à des produits plus locaux, plus sains me semble indispensable pour penser à l'avenir. Celui de nos générations comme celui de la planète.

A. J. : Je n’habite pas Bastogne j’habite un village voisin. De ce fait, je suis peu au courant de ce genre d’initiative.

E. C. : La micro ferme du Ponceret. C'est une ferme maraîchère biologique qui a pour but de produire dans une logique de développement durable et local. Je trouve toujours étonnant que la question de la production locale et par extension du bio/durable,... soit moins au centre des préoccupations des habitants des petites villes de campagne (du moins c'est mon ressenti) que des populations plus urbaines qui me semblent plus conscientisées et réticentes à faire leur courses dans la grande distribution, dont les produits viennent de loin, ne sont pas toujours de qualité et sont vendus trop bon marché que pour rétribuer équitablement le premier producteur.


Un moment de votre enfance lié à Bastogne

A. F. : Rien de particulier à signaler.

A. J. : Je ne suis pas de Bastogne. J’y suis venu comme élève interne du séminaire à l’âge de 12 ans. Donc Bastogne a d’abord été pour moi un lieu d’exil.

J’ai appris à aimer ce pays peu à peu, comme les bagnards russes finissent par aimer la Sibérie. — Armel Job

E. C. : Mes souvenirs d'enfant à Bastogne sont toujours liés à la scolarité, vivant à une quinzaine de km de la ville, j'ai fréquenté Bastogne majoritairement pour l'école. J'ai eu la chance d'y avoir très tôt de nombreux amis que je fréquente encore aujourd’hui pour la plupart et je sais que c'est une chance incroyable. Je me souviens d'un moment récurrent de la journée, quand mon ami Louis et moi devions attendre assis sur le muret de briques rouges de l'école St Joseph que nos parents respectifs viennent nous rechercher. Ça ne me paraissait pas un moment extraordinaire alors, mais avec le recul je réalise que c'était un instant privilégié que nous ne partagions presque qu'à deux.

Bastogne, aujourd’hui, par rapport à votre jeunesse, quelles sont les choses qui ont changé ?

A. M. : Le principal changement marquant, selon moi, qui est en plus un atout pour la ville, est le Bastogne War Museum. Ce musée, situé aux abords du Mardasson (monument principal de la ville), retrace l'histoire de la bataille des Ardennes. Sa réalisation, s'inspirant de la scénographie anglo-saxonne, imprègne le visiteur des images, sons et vécus de la Seconde Guerre Mondiale. Trois personnages nous emmènent dans leur quotidien pendant les bombardements et, sous leur regard, nous visitons cette époque. En plus de l'audioguide, nous sommes immergés dans trois lieux où, à la manière d'une courte scène, nous vivons la guerre de l'intérieur.

Bastogne - Bastogne War Museum

A. J. : Ce qui a surtout changé, c’est l’expansion de la population. Des quartiers nouveaux entiers ont surgi là où ils n’y avaient que des champs et des bois. De gros village, Bastogne est devenue une ville.

J'ai l'impression que la ville devient aussi un peu plus cosmopolite, on voit des jeunes de tous horizons et qui vivent ensemble... — Étienne Crémers

E. C. : J'ai aussi la sensation qu'avec l'émergence d'internet durant ces 10 dernières années, on voit apparaître de plus en plus de projets artistiques, créatifs, chez les 15-30 ans. Mais c'est peut-être juste une question de visibilité. Pour ce qui est de la ville en elle-même, je n'ai pas l'impression qu'elle change énormément. Les différents projets menés à bien me semblent aller plutôt dans le sens du domaine économique, commercial et du profit, que dans celui de la culture, de la créativité, de l'émergence des arts, ce qui m'enthousiasmerait beaucoup plus.

Comment voyez-vous Bastogne dans le futur ?

A. M. : Dans le futur, j'espère que Bastogne va garder son caractère historique. Ses monuments comme son architecture sont une force importante et lui permettent de rayonner. Son nom, grâce à cela, est connu jusqu'en Amérique. C'est le reflet actuel de ce passé, de ces vies racontées pour s'immerger dans la grande Histoire, qui anime le centre de la ville. Selon moi, Bastogne vit avant tout grâce à cela. Surtout que, comme d'autres villes de la province, ses commerces s'éteignent petit à petit au profit des centres commerciaux qui s'écartent des cœurs urbains. Dès lors, ce qui ne lui sera pas enlevé demeure dans ses racines et ont forgé l'âme de la cité.

A. J. : Bastogne s’enorgueillit de ses commerces. Je pense que c’est dans ce secteur que la ville continuera à chercher de l’attrait pour les environs.

E. C. : Je la vois fidèle à elle-même, c'est une ville où il fait bon vivre et où peu de révolutions interviennent. Dans le domaine culturel, souvent les jeunes artistes s'expatrient, pour leurs études, assouvir leur curiosité ou obtenir de la visibilité. J'ai néanmoins la sensation que certains parmi les nouvelles générations bastognardes ont l'envie réelle de faire de Bastogne un pôle culturel plus important, un lieu d'émulation. J'ai le sentiment qu'il y a -malgré l'image que l'on peut avoir d'une petite ville d'Ardenne- de nombreux points bouillonnant de créativité et qu'il ne faudrait finalement qu'un peu plus de soutien populaire et politique pour que se créent des connections entre les différents acteurs, que la vie culturelle bastognarde décolle vraiment.   


Propos recuillis par Christophe Duchesne


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