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Sergio Leone

le 08/10 de 19h30 à 21h00 - PointCulture Namur

Sergio

publié le

PointCulture et Pierre-Alexandre Moreaux vous convient en ce mois d'octobre à une rétrospective de l’œuvre de Sergio Leone. Avec ses mythiques « Il était une fois dans l’Ouest » ou « Le Bon, la Brute et le Truand », le célèbre metteur en scène italien a donné au western un nouveau visage, le montrant sous un jour plus violent mais aussi plus ambigu.

Qui aurait cru, à l'aube des années 60, que la renouveau du western viendrait de l'Italie via un jeune cinéaste répondant au nom de Sergio Leone ? Ayant débuté sa carrière en réalisant des péplums dans les studios de Cinecittà, celui-ci décide en 1964 de faire un western appelé Pour une Poignée de Dollars.

Le succès est immédiat et Leone sort dans la foulée deux suites : Et pour quelques Dollars de plus et Le Bon, La Brute, et Le Truand. Par la suite, il abandonne peu à peu le western pour se consacrer, entre autres, à la réalisation du film Il était une fois en Amérique, immense fresque historique sur la vie d'un gangster new-yorkais.

Il était une fois un remake

Tout le monde sait que Pour une Poignée de Dollars, oeuvre pionnière qui lança la mode du western spaghetti, est un remake non-officiel du film de Akira Kurosawa, Yojimbo. Leone ne s'en cachait d'ailleurs pas du tout et disait : « J’ai vu un film de Kurosawa : Yojimbo. On ne peut pas dire que c’était un chef-d’œuvre. Il s’agissait d’un démarquage de La Moisson rouge de Dashiell Hammett. Pourtant, le thème me plaisait : un homme arrive dans une ville où deux bandes rivales se font la guerre. Il se place entre les deux camps pour démolir chaque gang. J’ai songé qu’il fallait replacer cette histoire dans son pays d’origine : l’Amérique. Le film de Kurosawa se passait au Japon. En faire un western permettait de retrouver le sens de l’épopée. »

Par contre, l'histoire que les gens connaissent moins, c'est toute la bataille judiciaire passionnante qui s'est déroulée dans l'ombre entre Leone et Kurosawa concernant les droits d'adaptation de Yojimbo.

Jolly Film, studio hors-la-loi

Au tout début de la production de Pour une Poignée de Dollars, Leone décide d'écrire à Kurosawa pour lui demander l'autorisation d'adapter Yojimbo, ce à quoi le metteur en scène japonais répond par l'affirmative, réclamant toutefois une somme de 10.000 dollars. Si Leone est prêt à payer le montant demandé, la société de production italienne Jolly Film ne l'entend pas de cette oreille, estimant qu'il est ridicule de payer autant pour une adaptation à petit budget réservé au marché italien. Elle autorise donc Leone à réaliser son film sans s'encombrer de quelconques droits d'auteurs.

Cependant, quelques mois après sa sortie, Pour une Poignée de Dollars est un véritable succès, dépassant les frontières italiennes et se répandant dans les salles de cinéma européennes. La renommée du film s'accroît tellement que Jolly Film s'apprête à distribuer l'oeuvre à l'international, y compris les Etats-Unis.

Kurosawa, Leone et le Tribunal

Au Japon, Kurosawa et la société de production Toho sont de plus en colère de voir un remake non-autorisé de Yojimbo remporter autant de succès. D'autant plus que Jolly Film songe également à distribuer Pour une Poignée de dollars sur le marché asiatique. S'en est définitivement de trop pour Kurosowa qui attaque en justice la société italienne pour plagiat, bloquant la distribution du film dans le reste du monde, plus précisément les Etats-Unis, et ce pour plusieurs années.

Ce n'est qu'après de nombreuses discussions qu'un accord est enfin trouvé. En effet, le 24 mai 1966 depuis son hôtel Tokyo Prince au Japon, Kurosawa rédige une lettre où il abandonne la poursuite pour plagiat à la condition de recevoir les droits d'exploitation du film en Asie. En voici l'extrait: « Nous avons autorisé Jolly Film, Rome, le droit de réaliser, exploiter et distribuer un seul film appelé Per Un Pugno di Dollari (For a fistful of Money en anglais) pour toujours et partout dans le monde, à l'exception du Japon incluant Okinawa, la Corée du Nord et Sud et Formosa. »

Ainsi s'achève l'une des luttes juridiques les plus célèbres dans l'histoire du cinéma qui aura opposé d'un côté, le samouraï Akira Kurosawa et de l'autre, le cow-boy Sergio Leone. Un duel sans pistolet mais dont l'enjeu était bien plus qu'une simple poignée de dollars...

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