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Playlist

Trains & Tracks – Des mondes ferroviaires au cinéma

Arrivée d'un train en gare de La Ciotat.jpg
Parallèlement au festival Europalia, dont l'édition 2021-2022 est consacrée au monde du train – Trains & Tracks – PointCulture propose une petite sélection de films documentaires et de fictions qui ont mis ce véhicule des temps modernes à l’honneur. Dans ces trains-là, filmés comme des huis clos ambulants, on peut presque tout y faire : prendre le temps de rêver, danser, chanter, boire, manger, fumer ( ! ), dormir, assassiner, courir sur les toits, ourdir un complot, espionner, rencontrer l'amour, vivre toute une vie ou mourir... On peut même quelquefois y disparaître.

Sommaire

L'Arrivée d'un train en gare de La Ciotat (1895) de Louis Lumière

Les dix premières secondes de cette « vue » sont impressionnantes. Au loin, à droite, arrive un train qui semble foncer sur la caméra, située sur le quai de la gare. On peut imaginer que les spectateurs de l’époque, qui assistèrent à ce film extrêmement court, furent surpris par une locomotive semblant leur « foncer dessus » pour venir manger toute la partie gauche de l’écran. L’histoire raconte que des personnes, paniquées, se seraient même enfuies du lieu de projection…

Cette simple « vue » (un seul point de vue et une seule prise d'environ 50 secondes, pas de montage), est tournée à l’extérieur et documente une scène de la vie réelle. Cependant, le choix du point de vue et du moment filmé (début-fin) constituent déjà à eux seuls des éléments de mise en scène… Ce qui est impressionnant dans le cadrage adopté ici (et qui en a certainement déstabilisé plus d’un·e), c’est qu’il rompt avec la frontalité des scènes auxquelles le public était communément habitué en cette fin du XIXe siècle (au théâtre ou au music-hall, par exemple) et opte pour une perspective dynamique (l’expérience de photographe talentueux qu’était Louis Lumière), une diagonale du champ accentuée par le débarquement des voyageurs traversant l’image en tous sens. [MR]


The Great Train Robbery (1903) d'Edwin S. Porter

Une autre séquence impressionna d’autres spectateurs (américains, cette fois), par la radicalité du point de vue et sa frontalité… elle ne survient qu’à la toute fin de The Great Train Robbery, considéré comme un des meilleurs films d’Edwin S. Porter. Cet inventeur/concepteur et pionnier ingénieux du septième art, posa les bases de la structure et des codes du langage cinématographique de films classiques ; Le Vol du grand rapide (titre français) est une des premières fictions dotée d’un scénario. En 14 scènes fixes (à l’exception de deux courts panoramiques), ce western ou film d’action illustre une attaque de train par quatre bandits – telle qu’elle devait se dérouler au début du XXe siècle, avec son lot de brutalités dans les lieux reculés des États-Unis –, leur poursuite et leur mort.

Dès la première scène, le spectateur est plongé au cœur de l’action. Le film débute sur une ouverture de porte, celle que les malfrats empruntent pour violenter un employé d’une petite gare et forcer un train à s’arrêter. On y voit des hommes déterminés qui n’hésitent pas à faire usage de violence tout au long du film qui compte plusieurs morts… dont un mannequin, projeté depuis le train après avoir eu la « tête » fracassée à coups de pierre. Dans The Great Train Robbery, il n’y a pas beaucoup de « gras » ; toutes les scènes servent le récit de l’attaque et ses conséquences ; elles se suivent sans digression aucune par un montage encore « simple » – mais novateur –, pour une lisibilité maximale des événements dans le temps.

Quant à la séquence qui impressionna fortement le public outre-Atlantique, elle pouvait être placée au début ou à la fin du film, au choix de l’exploitant, et apparaît comme une mise en garde ou comme le « clou du spectacle ». Dans la version du film – accessible dans son intégralité – issue des collections de la Library of Congress de Washington D.C., elle survient à la fin...

Le chef des bandits (pourtant tué dans la scène précédente) est filmé en plan rapproché ; il brandit son revolver face à la caméra et vide son chargeur dans la direction des spectateurs ! [MR]


Snowpiercer / Le Transperceneige (2013) de Bong Joon-ho

Parcourant la blanche immensité / D’un hiver éternel et glacé / D’un bout à l’autre de la planète / Roule un train qui jamais ne s’arrête. - Jean-Marc Rochette et Jacques Lob

L’apocalypse climatique a eu lieu mais à l’inverse du réchauffement annoncé, l’humanité doit sa perte à un phénomène de glaciation dû à une erreur de calcul. Désormais ils ne sont plus que quelques milliers de survivants entassés à bord du Transperceneige, un train autonome équipé comme une station spatiale. Puissamment hiérarchisé, divisé en classes étanches et concurrentes, le convoi poursuit sa boucle éternelle sous l’autorité de Wilford, CIO de la multinationale du même nom, personnalité énigmatique dotée d’un service d’ordre aux méthodes expéditives. D’incessants actes de violence et de mystérieux prélèvements dans le contingent des plus précaires rythment le quotidien du dernier wagon par ailleurs exposé à la faim et à de piètres conditions d’hygiène. Dans le même temps, un écosystème de grand luxe permet à quelques privilégiés de jouir de nourritures saines tout en s’adonnant à des occupations variées.

En signant cette adaptation d’une bande-dessinée de Jacques Lob et Jean-Marc Rochette dont le premier tome est paru en 1984, le cinéaste coréen amateur de sujets au croisement de la sociologie et du cinéma de genre propose une allégorie spectaculaire d’un monde dévasté incapable de penser son devenir au-delà des vieux conflits qui l’ont conduit à sa perte. D’une violence extrême, le film propulse ses héros vers l’avant du train selon une trajectoire linéaire où se concentre visuellement tout l’appareil critique du récit.

La série créée en 2020 par Josh Friedman et Graeme Manson représente quant à elle une autre variation pertinente de la bande-dessinée. Au schème de la révolte auquel le film se résume, la série substitue celui de l’enquête, format plus lâche propice à la prolifération d’intrigues et à une analytique plus fouillée des mécanismes de domination dans la survie. Ces deux propositions sur un même thème initient l’idée d’un cycle ferroviaire axé sur les notions de vitesse et d’inertie en tant que modalités de réponse devant la catastrophe présente et future. [CDP]


The Navigators (2001) de Ken Loach

On a tendance à oublier que Ken Loach peut être aussi drôle que dans ce film consacré aux travailleurs du rail, les « navigators ». Le sujet du film est pourtant très sérieux, voire grave. Tourné en 2000 (et sorti en 2001), ce film suit une équipe de cheminots de la compagnie British Rail. Anciennement institution d’état, l’entreprise vient d’être victime de la grande campagne de privatisation du gouvernement conservateur de John Major, poursuivant la destruction du tissu social entamée avant lui par Margaret Thatcher. Fractionnée en plusieurs petites entités, mises en concurrence les unes avec les autres, les compagnies locales tombent dans tous les pièges de l’idéologie néo-libérale : réduction des coûts, des acquis sociaux, mais aussi de l’efficacité et de la sécurité, sacrifiées à la rentabilité.

Ken Loach suit plusieurs ouvriers du dépôt de Sheffield, et leur passage d’employés d’état à intérimaires du rail, leur solidarité mise à mal par les cadres suivant à la lettre les manuels de gestion du secteur privé. Le nouveau modèle de travail tourne rapidement à la farce, multipliant les dysfonctionnements, puis à la tragédie quand les conditions de travail commencent à se détériorer et à entraîner des accidents. Le film est basé sur la réalité britannique de l’époque et la faillite de plusieurs compagnies ferroviaires, additionnant mauvaise gestion et mauvais service.

Ken Loach trace des portraits très humains de ces ouvriers, montrant la désagrégation de leurs conditions de vie, mais aussi leur quotidien, leur vitalité, leur humour et leur joyeuse insolence face à leur direction déplorable. [BD]


High Noon (1952) de Fred Zinnemann

Depuis The Great Train Robbery d’Edwin S. Porter (1903), le train a toujours été un élément important dans les codes du western. Il l’est aussi dans High Noon (Le Train sifflera trois fois), même s’il n’apparaît qu’à la toute fin. C’est l’attente de celui-ci qui crée la tension du film : en effet, il transporte un hors-la-loi notoire, Frank Miller (Ian MacDonald), qui retourne dans la petite bourgade d’Hadleyville pour se venger du shérif Will Kane (Gary Cooper) qui l’avait arrêté. Ce dernier vient d’épouser Amy Fowler (Grace Kelly), une jeune quaker, et était prêt à commencer une nouvelle vie. Mais il se sent responsable du passé et veut à tout prix arrêter Frank Miller, malgré le rejet de toute la communauté.

Fred Zinnemann joue sur la tension – le film est construit en temps réel – et entrecoupe les scènes montrant le shérif par des plans de plus en plus rapprochés sur les horloges qui annoncent le moment crucial. Il filme également à répétition les rails et le dépôt où attendent les acolytes de Miller. Quand le train arrive finalement à midi pile (« high noon ») (sifflant quatre fois et non trois), le film atteint son climax. [ASDS]


Shanghai Express (1932) de Josef von Sternberg

Dans une Chine en pleine guerre civile, un train relie Pékin à Shanghai. À son bord, il y a des passagers très divers, des Européens de la bonne société (dont un médecin, le capitaine Donald Harvey), Chang, un Eurasien qui a beaucoup de choses à cacher et deux femmes flamboyantes, les courtisanes Shanghai Lily, une Européenne tout de noir habillée (Marlene Dietrich) et Hui Fei, une Chinoise en qipao (Anna May Wong). Au cours de la première nuit à bord, le train est arrêté par les rebelles (menés en secret par Chang) et le médecin (un ancien amour de Shanghai Lily) est pris en otage pour faire pression sur le régime.

Basé sur une nouvelle de Harry Hervey, scénariste prolifique et écrivain de romans « exotiques » passionné par l’Asie, et dont l’homosexualité a toujours été tue, le film donne une image très féministe de l’époque – ce sont en effet les deux femmes regardées avec mépris par les autres passagers qui permettent le dénouement de l’intrigue. Il est intéressant de noter qu’à partir de 1934 et la mise en vigueur du Code Hays, cette histoire n’aurait plus été possible : une prostituée était d’office mauvaise et devait être punie. Joseph von Sternberg retrouve ici son actrice fétiche, Marlene Dietrich, et rend son personnage inoubliable, l’éclairant d’une manière sublime. Le film a été tourné aux États-Unis, en studio pour la plus grande partie, mais le train est bien réel et les plans filmés de près accentuent le gigantisme de la locomotive et des wagons. [ASDS]


The Darjeeling Limited (2007) de Wes Anderson

Titre du film mais également nom du train qui en fait l’objet, The Darjeeling Limited relate le voyage qu’entreprennent trois frères que tout sépare à travers l’Inde, à la suite du décès de leur père. Un parallélisme à la symétrie parfaite – on n’en attend pas moins du réalisateur – s’établit sans peine entre les scènes d’ouverture et de fermeture, au sein desquelles les protagonistes s’emploient à rattraper leur impatient véhicule sur rail d’une énergique foulée. La première entend symboliser un retard, celui qu’ils enregistrent sur leur processus de deuil : il leur faut alors littéralement sauter à pieds joints dans leur embarcation en mouvement, comme dans le vide, tout entravés qu’ils sont par leur bagage émotionnel. Dans la seconde, Wes Anderson emploie la métaphore du délestage afin de signifier leur guérison, les intimant de laisser derrière eux les valises (bien tangibles cette fois) pleines de souvenirs de leur défunt géniteur. Boucler la boucle n’a jamais paru à la fois si simple et si subtil. [SD]


Compartiment tueurs (1965) de Costa-Gavras

Film noir à la française, Compartiment Tueurs est le premier film de Costa-Gavras, d’après un livre de Sébastien Japrisot. Il commence dans une voiture-couchette du train de nuit Marseille-Paris. Plusieurs personnes qui ne se connaissent pas partagent un compartiment, mais au matin, l’une d’elle, une représentante en parfumerie, est retrouvée étranglée. Tous les passagers sont des suspects potentiels dans l’enquête que mène la police. Mais l’affaire se complique lorsque plusieurs des autres occupants du wagon sont assassinés à leur tour.

Le train est ici utilisé comme un prétexte, il ne figure que dix minutes dans le film. Instrument du destin, fatalité ou simple hasard, c’est toutefois lui qui relie entre eux tous les personnages. Derrière leur façade banale, chacun d’entre eux a une existence plus complexe qu’il n’y paraît, dans laquelle la police n’aurait jamais fouillé sans cette coïncidence. L’investigation va devoir détricoter un sac de nœuds, un écheveau complexe entremêlant ces vies à la suite d’une machination tortueuse. [BD]


Le Train de Nuit dans la Voie lactée (1985) de Gisaburō Sugii

Le Train de Nuit dans la Voie lactée est une nouvelle écrite en 1927 par l’auteur Kenji Miyazawa. Elle a connu plusieurs adaptations, en pièce de théâtre, en comédie musicale, et inspiré plusieurs auteurs comme le mangaka Leiji Matsumoto qui reprendra l’idée de base dans son Galaxy Express 999. Une des versions la plus connue, en dehors de la littérature, est le film d’animation qu’en a tiré en 1985 le réalisateur Gisaburō Sugii. Ancien collaborateur d’Osamu Tezuka sur la série Astroboy, il se lance ici dans une transposition complexe, à la fois très fidèle à l’original et divergente sur quelques point, notamment le choix de faire des personnages principaux des chats anthropomorphisés.

L’histoire suit un enfant, Giovanni, que sa condition pauvre expose aux railleries de ses condisciples. Son seul allié est un autre élève, Campanella, qui s’interpose entre lui et ses tourmenteurs. Un jour Giovanni s’endort, épuisé, au pied d’un arbre et se réveille à bord d’un train voyageant à travers l’espace, sillonnant la Voie lactée vers une destination inconnue. Le voyage du garçon, inexplicablement accompagné par Campanella, est le prétexte à des rencontres et à des événements extraordinaires. Mais l’ambiance magique du film est trompeuse et tout n’est pas joyeux dans son déroulement. Malgré ses éléments fantastiques et sa popularité au Japon en tant que classique de la littérature pour enfants, la nouvelle de Miyazawa est avant tout un conte méditatif sur la mort et le sacrifice. [BD]


Hell on Wheels (2011-16, 5 saisons) de Joe & Tony Gayton

Un événement majeur de l’histoire des États-Unis est la jonction entre les voies ferroviaires de l’Union Pacific (parti d’Omaha, dans l’Est) et du Central Pacific (parti de Californie) en 1869. La série Hell on Wheels raconte cette aventure pendant cinq saisons, suivant le personnage de Cullen Bohannon (Anson Mount) qui devient contremaître puis responsable de la sécurité. Le chantier est itinérant et progresse au fil de l’avancement des travaux, rencontrant tour à tour des terrains difficiles avec des rivières ou des montagnes à traverser et des Amérindiens hostiles. Cette série décrit avec pléthore de détails la vie quotidienne dans un Far West qui n’a pas encore vraiment été construit et où la loi n’est pas encore très définie. [ASDS]


Dernier train pour Busan (2016) de Yeon Sang-ho

Un courtier en bourse divorcé vit dans la capitale coréenne avec sa petite fille, à laquelle il montre bien peu d’attention. Il finit d'ailleurs par céder à ses suppliques et décide de l’accompagner chez sa mère, qui vit à Busan, à l’autre bout du pays. Ils embarquent dans l’express (le TGV coréen) pour Busan alors qu’une épidémie zombie submerge le pays et a déjà infecté une passagère du rapide au moment du départ. L’infection zombie et le chaos qui s’ensuit génèrent une situation de panique où les « survivants » des mêmes familles en début et queue de train se voient séparés par des compartiments peuplés de morts-vivants. Cette énième fable d’apocalypse, révélatrice des errements et lâchetés humains en cas de situation extrême (faire preuve de solidarité et d’abnégation pour maximiser les chances de survie de quelques-uns, tenter de tirer son plan en solitaire, quel qu’en soit le prix pour les autres), prend, à l’instar du manga et film Snowpiercer (adapté par Bong Joon-ho), la forme d’une métaphore sociétale ferroviaire. Celle-ci est, certes, grinçante et hyper efficace dans sa réalisation et son tempo, mais garde un chouia d’espoir en l’humanité. Dans ce train-société qui fonce à vive allure sans qu’on sache pourquoi, se déroule un jeu de chaises musicales mortifère qui, après l’effondrement de ses plus fiers représentants (armée, politiciens, avocats), voit, un à un, ses membres les plus tenaces (simples quidams, SDF, père en mal de revanche) rattrapés par l’infection… Mais peut-être pas en vain. [YH]


Train de nuit [Pociąg] (1959) de Jerzy Kawalerowicz

En ville, un meurtre a été commis. À la gare de Varsovie, un train bondé part vers la presqu’île de Hel au Nord de Gdansk sur la Baltique. Un chirurgien et une météorologue se retrouvent par hasard dans le même compartiment couchettes… Le noir et blanc est très soigné, l’œuvre est très plastique, presque formaliste (sophistication des cadrages et mouvements de caméra) qui nous fait penser à un probable tournage en studio de certaines séquences (vu la taille des caméras de l’époque, impossible de les caser dans les recoins d’un compartiment couchettes exigu sans u minimum en démonter la cloison). Construit sur ces solides fondations formelles, le film propose une sorte de « huis clos en mouvement », enchâssant comme des matriochkas une série d’espaces concentriques (le compartiment, le wagon et son couloir surpeuplé), le train tout entier, le pays (à travers le paysage qui défile et les nouvelles du crime qui y font irruption via les articles de journaux et les perquisitions de police). Parfois qualifié d’hitchcockien (surtout en France), parfois d’antonionien (surtout en Pologne), le film propose des types de personnages (l’amant éconduit, le vicaire, l’homosexuel, la séductrice, etc.) plutôt que des portraits psychologiques très poussés et complexes mais, au-delà de son intrigue policière et de son marivaudage, l’œuvre aborde des sujets tels que le souvenir récent d’autres trains – sinistres – parcourant le même territoire (ceux de la Shoah) et la propension de la foule à la justice expéditive. Huit ans plus tard, en janvier 1967, Zbigniew Cybulski souvent décrit comme « le James Dean polonais » et acteur dans Pociąg, meurt à la gare centrale de Wrocław en tombant d’un train en marche. [PD]


Dil Se (1998) de Mani Ratnam

Thriller romantique indien contant une histoire de terrorisme mais aussi d’amours contrariés, Dil Se rejoint cette playlist sur les trains à cause d’une scène particulière : à un moment précis de l’histoire, le héros, joué par Shahrukh Khan, entame une chanson, « Chaiyya Chaiyya », perché sur le toit d’un train qui roule. Il est accompagné par la danseuse Malaika Arora et d’une multitude de passagers, et comme on est dans un film de Bollywood, il s’ensuit une chorégraphie minutieusement réglée, emmenant les héros au travers des paysages indiens et passant dans divers tunnels. Toute la scène a été filmée sur un train un mouvement, le Nilgiri Express, entres villes méridionales d’Ooty, Coonoor et Kotagiri. Ce passage est superbe et la chanson met immédiatement de bonne humeur. [ASDS]

Dead Man (1995) de Jim Jarmusch

Dans le Dead Man de Jim Jarmusch, l’imaginaire ferroviaire n’est mobilisé qu’en guise d’incipit. Néanmoins, l’imposante locomotive – que le cinéaste se plaît à filmer en contre-plongée pour en accentuer la stature –, est annonciatrice d’un destin funeste pour le principal protagoniste, interprété par Johnny Depp. Si le titre est sans équivoque, les volutes de fumées noires que crache la cheminée finissent de renseigner le spectateur sur l’enfer vers lequel l’embarcation s’achemine : Machine, la ville des fonderies Dickinson où le dénommé William Blake entamera son dernier périple à travers l’Ouest américain. C’est là toute la virtuosité du réalisateur de parvenir à intéresser son audience, bien qu’il le renseigne par avance sur le dénouement du récit. Plus qu’une simple épopée physique, c’est une aventure spirituelle qu’est amenée à vivre une dernière fois celui qui porte le patronyme de l’illustre peintre et poète britannique. Intention malicieuse de Jim Jarmush qui, jouant sur la confusion de l’amérindien Nobody (Gary Farmer), lequel prend le « faux Blake » pour le vrai, réinvente le western en transcendant tous les archétypes du genre, depuis le bandit hors-la-loi jusqu’aux chasseurs de tête lancés à ses trousses. [SD]


À l'Ouest des rails (2002) de Wang Bing

Filmé entre 1999 et 2001, ce documentaire de Wang Bing est un cas d’école pour de nombreuses raisons, notamment son style narratif et sa durée de 9 heures. Il a été tourné avec une simple caméra DV dans le district industriel de Tiexi, dans l’agglomération de Shenyang, au nord-est de la Chine. Lorsque Wang Bing s’y rend, la région est en plein déclin, les usines sont en liquidation et la population, près d’un million d’ouvriers, principalement des « immigrés de l’intérieur », se retrouve sans emploi et sans ressources.

Le cinéaste document leur survie, leur désespoir, leur recherche désespérée de tout ce qui peut encore être récupéré et revendu, à travers les ruines des ateliers, des dortoirs, des entrepôts. Le film est divisés en trois parties, la première, Rouille, parle de la fermeture du dernier haut-fourneau, la deuxième, Vestiges, suit la vie des habitants au quotidien et la dernière, Rails, plus narrative, suit un père et son fils qui arpentent les abords des voies de chemin de fer qui serpentent à travers le complexe industriel.

Le train joue plusieurs rôles dans le film : personnage, spectateur, outil cinématographique ou encore symbole du déclin de la région. Anciennement fier symbole de modernité et de vitesse, il se traîne ici avec une lenteur désespérée. Wang Bing l’utilise comme on utilise un chariot de travelling, posant sa caméra à l’avant de ces trains qui amenaient autrefois les matières premières et emportaient le produit du travail des ouvriers. Son parcours ne rencontre à présent que la ruine. [BD]


Sicilia ! (1999) de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet

Le tournage dans le train est l’occasion de préciser quelques points de méthode. D’abord, mais l’on s’en serait douté, lorsque l’on filme dans un train, on filme dans un train ; si le train roule, le train roule ; et s’il doit faire chaud, il fera chaud comme il se doit. Voilà qui rapproche (encore) d’Ozu, qui refusait de reproduire un train en studio (la chaleur de Kyoto, à la latitude d’Alger, n’est pas moins grande que la sicilienne). Un wagon entier ; compartimenté, fut loué à la Compagnie des chemins de fer italiens, et il fallut une semaine pour venir à bout de la partie probablement la plus éprouvante du tournage, à raison d’un seul aller Messine-Syracuse par jour (il n’y a qu’une seule voie, les trains ne peuvent donc se croiser), sans se priver d’éclairage malgré l’exiguïté du lieu et sans démonter un seul siège, chose aisée mais exclue d’emblée par Straub. — Jean-Charles Fitoussi à propos du tournage, derives.tv

À l’opposé du probable tournage en studio (ou en wagon démantibulé et à l’arrêt) de Kawalerowicz, il y a quarante ans plus tard, l’éthique et la méthode de Jean-Marie Straub et Danièle Huillet qui entendent au maximum respecter le réel et au minimum gêner les passagers et les travailleurs des chemins de fer siciliens. Au cours de la deuxième séquence de leur adaptation du roman Conversation en Sicile d’Elio Vittorini (« voyage initiatique d'un homme qui part à la recherche de son enfance »), un homme jadis exilé à New York et revenant dans sa Sicile natale, rencontre une série de voyageurs (un duo de policiers pour qui tout pauvre est un délinquant en puissance, un fossoyeur se faisant passer pour un employé du cadastre, etc.). [PD]


Le Train (1973) de Pierre Granier-Deferre

Réformé pour cause de myopie, Julien (Jean-Louis Trintignant), bientôt papa pour la seconde fois, se décide en ce terrible mois de mai 1940 à quitter son village non loin de Sedan et de prendre les routes de l’Exode. Séparé dans le dernier train en partance, il se retrouve en queue de convoi dans un wagon de bestiaux où il ne tarde pas à se rapprocher d’Anna (Romy Schneider) une juive allemande troublante, évadée d’un camp de réfugiés en Belgique. Ils vont vivre une courte et sans espoir histoire d’amour sur fond d’un pays en pleine déliquescence, dans la torpeur d’un printemps magnifique. Au terme du voyage (La Rochelle), Julien retrouve à l’hôpital sa fille et sa femme, qui lui a donné un fils, alors qu’Anna s’efface et disparaît. Revenu chez lui et à sa tranquille petite vie de réparateur radio à l’écart du chaos, il est convoqué à la police un jour d'hiver 1943. On lui demande s’il connaît une certaine Anna – soupçonnée d’appartenir à la Résistance – qui aurait usurpé l’identité de son épouse. Après un moment de stupeur et d’hésitation, Julien la prend dans ses bras…

Dans cette métaphore d’une France au bord de l’effondrement, Pierre Granier-Deferre filme l’impossibilité pour les femmes et les hommes à demeurer à l’écart d’un bouleversement majeur (ici la guerre), une guerre qui a tendance à faire ressortir les pires penchants de l’humanité (le pillage des villages abandonnés, la désertion…). Alors que l’armée française se débande et les campagnes se vident de leurs habitants, les chemins de fer continuent de faire rouler les trains où s’entassent aussi les tartuffes tristes de la lâcheté humaine… [YH]


Maine-Océan (1986) de Jacques Rozier

En 1986, Leos Carax qui assure la tournée promotionnelle de Mauvais sang en profite, d’interview en interview, pour parler aux journalistes d’un autre film que le sien et qu’il adore : Maine-Océan de Jacques Rozier (réalisateur entre autres d’Adieu Philippine (1962) et Du côté d’Orouët (1973), précurseur – en porte-à-faux – de la nouvelle vague en 1956, fils spirituel de Jean Vigo et Jean Renoir). Dans cette comédie poétique ferroviaire, laissant comme toujours chez Rozier une grande part au surgissement de l’imprévu et de l’improvisation lors du tournage, deux contrôleurs très à cheval sur le compostage des billets (Bernard Ménez et Luis Rego) croisent la trajectoire, dans un wagon de première classe du train corail « Maine-Océan » (de Paris à Saint-Nazaire), d’une danseuse brésilienne ne parlant pas le français et d’une avocate se proposant d’endosser le costume de l’interprète… La suite du film se regarde. L’intrigue ludique rebondit par ricochets ; le sens du rythme (dilatation, ralentissements), le sens du paysage et celui de composition d’une adorable galerie de personnage sont bluffants. L’image – signée par le directeur photo Acácio de Almeida (Monteiro, Reis et Cordeiro, Ruiz, Tanner, etc.) – ne l’est pas moins. Leos Carax avait raison. [PD]


Le Train (1964) de John Frankenheimer & Arthur Penn

Librement inspiré d’un coup d’éclat de la Résistance française qui, en août 1944, fit dérailler le train dit d’Aulnay chargé de rapatrier des œuvres d’art (dites dégénérées) vers l'Allemagne. Une action à laquelle fut associée la conservatrice et résistante Rose Valland. Paul Labiche (Burt Lancaster) est chargé de convoyer le train. Avec ses compagnons cheminots, il va, grâce à un astucieux système de maquillage et de modification de plaques d'identification de lieux clés comme les gares et par des sabotages en cascade, dérouter le convoi. Un déraillement qui coutera la vie à plusieurs cheminots participe à l’opération et attise la colère de l’officier allemand chargé de sa sécurité (le colonel von Waldheim campé par Paul Scofield), qui en vient à prendre des otages gardés à l’avant du train avant de les exécuter. Après une scène de sortie de voie d’anthologie, le film se termine dans un décor d’apocalypse où von Waldheim, abandonné par ses propres soldats en rase campagne se retrouve seul face à Labiche, au milieu des caisses contenant les tableaux de la galerie nationale du Jeu de Paume pour une ultime discussion sur les valeurs de l’art de la vie, et s’achevant logiquement par un règlement de compte… [YH]


Sabotage (1945) de Jacques Kupissonoff

Au sortir de la Seconde Guerre mondiale, le cinéaste Jacques Kupissonoff revient sur les activités du « Groupe G » qui s'était spécialisé dans le sabotage du réseau ferroviaire pendant cette sinistre période. En Belgique, comme ailleurs, il fallait avant tout empêcher l’ennemi de se servir des divers moyens de communication. Le réseau ferroviaire belge, principalement, le plus serré d’Europe, permettaient aux Allemands de déplacer rapidement des troupes d’un pays à l’autre, d’importer et d’exporter des matières premières, de réaliser la déportation.

Il faut noter que le film, produit par le Groupe G, précise la « déportation des travailleurs », ce qui, dans l’esprit de la Résistance, correspondait à une forme de Collaboration indirecte : des Belges remplaçant la main-d’œuvre allemande (Service du travail obligatoire), permettaient de libérer des hommes (en Allemagne) qui seraient directement incorporés à la Wehrmacht.

Rien n’était improvisé pour ce groupe de résistants, bien organisé et structuré en de nombreuses ramifications. Cartes schématiques à l’appui, le film évoque le plan général de sabotage (qui s’est étalé sur plusieurs périodes) ; ensuite, il montre quelques actions de sabotage par des reconstitutions filmées de jour – bien qu’on imagine plutôt ces actions nocturnes – comme pour mieux mettre en lumière le « travail » de ces soldats de l’ombre… qui rejouent leurs gestes. À certaines périodes, il y eut jusque 35 sabotages par jour !...

On détruit l’infrastructure ferrée par tous les moyens (comme le montrent des images impressionnantes) ou on crée les conditions de déraillement en trafiquant tout ce qui peut l’être : on fait exploser, on dévisse, on déboulonne, on tord des rails… et, lorsqu’on le peut, on envoie directement des wagons entiers s’écraser en dehors des voies, créant ainsi davantage de dégâts ; les locomotives avec leurs matériels et les rails hors d’usage, l’utilisation de certaines lignes et l’acheminement de marchandises nécessaires à l’ennemi étaient souvent retardés de plusieurs jours, voire des semaines… [MR]


L’Homme du train (2002) de Patrice Leconte

Homme au physique éprouvé Milan (Johnny Hallyday) est un braqueur qui voyage avec pour seul bagage un sac léger. Il débarque dans une petite ville d’Ardèche (Annonay) pour trois jours afin de préparer et planifier on prochain coup. Affligé d’un solide mal de tête, il se rend dans une pharmacie où il fait la rencontre d’un professeur à la retraite, Manesquier (Jean Rochefort), qui l’accueille chez lui. L’homme est un bavard impénitent, se fait un sang d’encre avant le triple pontage cardiaque qu’il doit subir mais se lie néanmoins d’amitié avec le bien peu loquace Milan, qui entretemps a rencontré l’équipe de bras cassés avec laquelle il compte braquer une banque trois jours plus tard. Entretemps, les deux hommes s’éprouvent mutuellement. Manesquier s’adonnant en compagnie de Milan à quelques facéties comportementales puériles à l’opposé de l’image d’homme policé qu’il affichait jusqu’à là (il livre enfin le fond de sa pensée à sœur à propos de son con de mari, joue la dure face à un dur…). Alors que de son côté, le brigand fait pour la première fois l’expérience d’une vie rangée de petit bourgeois de province tranquille. Devenus très liés, Manesquier tente de dissuader Milan d’exécuter son projet. Ce dernier refuse et fonce tête baissée vers ce qui semble être un piège, alors que son seul ami s’apprête à passer sur le billard.

Improbable buddy movie (film de potes) chabrolien (cette province de petits bourgeois frustrés), pèche par son manque de dynamisme et ses dialogues surécrits, mais reste avant tout marqué du non-jeu absolu et du regard absolument abyssal d’un Johnny Hallyday lunaire qui semble se demander à chaque instant ce qu’il est venu faire dans cette galère ! [YH]


Midnight Express (1978) d’Alan Parker

Inspiré du livre éponyme de William Hayes, le film raconte la destinée d’un jeune citoyen américain arrêté en Turquie en 1970 pour détention de drogues (de haschich). Condamné à une peine d’emprisonnement sévère, il subit mauvais traitements et tortures au sein des « célèbres prisons turques ». Rejugé pour l’exemple, il voit sa peine prolongée et ne lui laisse pour seule et improbable échappatoire que de s’évader et de s’embarquer sur le Midnight Express via les tunnels souterrains.

Si le film, bien desservi par une B.O. toute en nappes synthétiques crépusculaires (mais un poil ennuyeuses sur la longueur) signée Giorgio Moroder, fit un triomphe en salle à sa sortie et rafla une brochette d’Oscar, il n’échappa pas non plus à une multitude de critiques dont celle de William Hayes lui-même. Le film s’attarde avec une complaisance certaine sur les conditions inhumaines d’emprisonnement en vigueur dans les prisons turques, la torture tant mentale que physique pratiquée au quotidien, l’absence de solidarité entre détenus, les trahisons multiples, et en rajoute une couche quand Billy perd pied et se livre à des actes de violence sur d’autres codétenus. Il devra d’ailleurs sa fuite au meurtre accidentel d’un maton qu’il a lui-même corrompu… Avant de s’embarquer sur le Midnight Express. [YH]


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Cette cinéliste a été rendue possible grâce aux contributions de : Catherine De Poortere, Anne-Sophie De Sutter, Benoit Deuxant, Philippe Delvosalle, Simon Delwart, Yannick Hustache et Marc Roesems.

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