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Playlist

Présidentielles américaines 2020 | Playlist musicale

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Tandis que les élections américaines tiennent en haleine le monde entier, nous nous sommes replongés dans les délices de la critique acerbe que nombre de musiciens ont adressé aux différents présidents de leur histoire. Du plus récent au plus ancien, en voici une anthologie.

Sommaire

Donald Trump (président de 2017 à ? )

Fiona Apple's "Tiny Hands" — Chant for the Women's March

Écrite dès les premiers jours de la présidence Trump, ce morceau de Fiona Apple était destiné à servir d’hymne pour la marche des femmes de 2017. Son format court et son texte simple, en forme de slogan, provient de cette vocation pratique, de cet usage politique concret et immédiat. Le texte se veut direct et se résume à peu près à ceci : “Nous ne voulons pas de tes minuscules mains à proximité de nos sous-vêtements”, un rappel des multiples accusations de harcèlement sexuel poursuivant Trump, de ses nombreux propos sexistes, et de la fureur qui l’anime quand on fait allusion à la taille de ses petites mains. (BD)

Demi Lovato – Commander in Chief

La surprise de ce morceau de Demi Lovato vient de son ton. Contrairement à la plupart des protest-songs, elle a choisi d’éviter les positions habituelles – l’ironie, la violence, la revendication – pour écrire une ballade, mélancolique au début puis de plus en plus emphatique. Sans craindre d’être taxée de naïveté, elle rappelle les règles élémentaires de morale qu’on apprend, normalement, dès l’enfance, et s’adresse directement au “commandant en chef” Trump, en lui disant que si elle avait fait ce qu’il a fait, elle ne pourrait plus dormir, et lui demande ce que ça lui fait de pouvoir encore respirer. (BD)

A Tribe Called Quest – We the People

Pour son premier album en 18 ans, le groupe A Tribe Called Quest est revenu avec un disque plus engagé, moins léger que ses prédécesseurs. Parmi les chansons de We Got It From Here se trouve ce morceau attaquant de front la politique du gouvernement Trump. Commençant avec les premiers mots de la Constitution américaine, “We, the People”, le texte flamboyant est ponctué par le refrain ironisant sur les aberrations du régime républicain qui veut se débarrasser des Noirs, des Mexicains, des pauvres, des musulmans, des gays, bref d’à peu près l’ensemble de la population, “we, the people”. (BD)

Ice Cube – Arrest the President

Écrit en 2018 avant que Trump ne soit frappé d’impeachment, ce morceau d’Ice Cube appelait à l’arrestation de Donald Trump. Après l’avoir qualifié d’espion russe, il enchaîne sur un refrain qui scande : “Arrêtez le président, vous avez toutes les preuves” et parsème son texte d’insultes à un gouvernement qui a transformé la Maison-Blanche en repère de trafiquants minables, même pas capables de sortir les poubelles, et donc le chef, l’élu des Blancs, est en fait orange. (BD)

George W. Bush (président de 2001 à 2009)

NOFX – Rock Against Bush, Vol.1 - Anthologies Générales

En 2003, alors que George W. Bush s’apprête à rempiler pour un second mandat présidentiel (qu’il obtiendra l’année suivante), Fat Mike, leader des punks californiens de N.O.F.X., patron du label Fat Wreck, et jamais le dernier à l’ouvrir grand, profite de l’engouement autour de cette seconde vague punk/pop du début de siècle pour lancer des actions afin de décider les jeunes à s’inscrire sur les listes électorales (via le site Punkvoter). Il coordonne concerts et sorties d’albums – dont un de son propre groupe sous le titre évocateur de The War on Errorism la même année – et de compilations (Rock Against Bush CD + DVD) regroupant la fine fleur du punk U.S. de l’époque qui ne voulait absolument pas de récidive présidentielle pour W. Une initiative qui n’eut guère d’incidence sur le résultat électoral final, mais qui consacra l’existence d’une (minuscule) branche punk dissidente sur le plan politique : The Conservative Punk dont se revendiqua à un moment feu le bassiste des Ramones, Johnny Ramone. (YH)

Neil YOUNG – Let's Impeach the President

En 2006, Georges W. Bush a été reconduit par les électeurs américains pour un second mandat. Trois ans après le début de la seconde guerre du Golfe, voulue par Bush et ses partisans, les forces U.S. sont engluées dans le marigot ensablé d’un Irak au bord de l’insurrection permanente. Par ailleurs, la situation en Afghanistan ne connaît pas plus d’amélioration significative. Jamais la langue dans sa poche, le loner canadien sort un disque au titre sans équivoque Living With War qui fustige les mensonges grossiers d’un président et de son administration pour entrer en guerre sans l’aval de l’O.N.U., et sur base d’absence et/ou de fabrication de preuves concernant la possession d’armes de destruction massive par le régime de Saddam Hussein. Avec ce titre choral, « Let's Impeach the President », titre clin d’œil à la procédure de destitution entamée quelques années plus tôt par le procureur Kenneth Starr à l’encontre du président Clinton dans l’affaire Lewinski, Neil Young mène une charge chantée cinglante contre des va-t-en-guerre qui dépensent des milliards de dollars en armements, invoquent Dieu qui serait de leur côté, mais laissent les plus pauvres du pays sur le carreau (comme les victimes oubliées de l’ouragan Katrina) (YH)

Bright Eyes – When the President Talks to God

Jusque-là considéré comme un chanteur pour adolescent·e·s en souffrance, Conor Oberst, alias Bright Eyes (nom de groupe qu’il a aujourd’hui laissé tomber pour simplement officier sous le sien) se fend en 2005 d’une ballade acoustique cinglante à l’encontre de Georges W. Bush et de sa politique. En particulier de cette guerre « sainte » voulue par les « Faucons », qui se sont délibérément rangés sous la bannière du « bien ». Une chanson en forme de long questionnement ; le chanteur se demande, non sans ironie, si le président, lorsqu’il prie Dieu, lui promet effectivement de faire un tas de choses (« violer les droits des femmes », les prisons qui devraient être construites et pour quels occupants …), tout en pointant de façon directe les boulettes que le fils Bush charrie avec lui. Son étrange prononciation de certaines consonnes ou encore les soupçons de fraudes électorales qui ont entaché son élection en 2000. Une longue litanie qui se conclut par « I doubt » (j’ai un doute). (YH)

Ronald Reagan (président de 1981 à 1989)

If Reagan Played Disco - The Minutemen

Trio U.S. du début des années 1980 affilié à la vague punk-hardcore montante des Black Flag et autres Hüsker Dü, The Minutemen est un trio séminal californien qui comptait à la basse un certain Mike Watt (fIREHOSE, Stooges…), et qui injecta dans son punk rock rapide de solides doses de jazz tendance free, de country et de funk. Résultat, un rock patchwork bondissant fait de très coutes plages musicales où l’humour, la dérision, le détournement, voire le cut-up se sont également glissés dans des textes scandés tels des haïkus frontaux. "If Reagan Played Disco" (1985) est un titre d’à peine une minute vingt qui tourne le président Reagan en dérision en le présentant comme un ridicule cow-boy de kermesse qui essaie de parler aux classes laborieuses et qui, surtout, serait incapable de danser (comme lui) le disco ! (YH)

Richard Nixon (président de 1969 à 1974)

Gil Scott-Heron & Brian Jackson – H²Ogate Blues

A propos du Watergate et de l'administration Nixon :

Lorsqu'à l'automne 1973, le poète et chanteur afro-américain Gil Scott-Heron fait le bilan des années Nixon, on peut dire qu'il dresse un tableau très sombre de cette période. Les inégalités raciales et sociales se sont accentuées, les États-Unis sont à l'époque toujours embourbés dans le conflit au Viêt Nam, la liberté de la presse est mise à mal chaque jour un peu plus, mais ce qu'il met surtout en lumière ce sont les pratiques liées aux dérives d'une administration plus proche d'un clan mafieux que celui d'un cabinet ministériel digne de ce nom. Toujours accompagné par son ami d'enfance, le très talentueux multi-instrumentiste Brian Jackson, Gil Scott-Heron évoque sur ce très acide "H²Ogate Blues" à la fois le scandale du Watergate (qui aboutira en 1974, à la démission du président Richard Nixon) mais aussi les affaires de corruption qui gravitaient autour (ex : la démission toute récente du vice-président Spiro Agnew, accusé d'avoir touché des pots-de-vin). Ces évènements sont dépeints ici par les mots au vitriol d'un Gil Scott-Heron inspiré, drôle et acerbe. Si on veut comprendre au mieux ce qui se tramait à la Maison-Blanche en 1973 et assister à la déliquescence d'un régime corrompu, cette chanson est une photographie sonore idéale à écouter sans modération. (DM)

Phil Ochs – Here’s to the State of Richard Nixon

Phil Ochs était un chanteur et musicien américain très actif dans le mouvement des chants de protestation des années 1960 et 1970. Comme d’autres artistes de l’époque, il s’est attaqué au président Richard Nixon et à sa politique pro-Vietnam, en réécrivant en 1971 les paroles de la chanson « Here’s to the State of Mississippi », en amont de la campagne présidentielle et de l’élection de 1972. Dans son refrain, il parle de « ce pays dont il [Nixon] a arraché le cœur ». En 2007, Eddie Vedder reprend le morceau, en parlant de l’administration de George W. Bush. (ASDS)

Jimmy Carter (président de 1963 à 1967)

Devo – Whip It [Oh No It's Devo / Freedom of Choice]

Combo emblématique du post-punk américain apparu dès 1973, Devo était (et est) une sorte d’Objet Musical Non Identifié à mi-chemin de la (rétro) science-fiction de l’âge d’or et d’un humour aussi kitsch, aussi coloré et costumé que pince-sans-rire. Sur leur troisième album paru en 1980, année de l’arrivée à la présidence de Ronald Reagan, « Whip It », sous ses airs d’ode au sado-masochisme et de l’un de ses objets emblématiques, traitaient aussi et surtout des difficultés que connaissait Jimmy Carter empêtré dans la crise des otages en Iran au moment de sa réélection, tandis que le candidat républicain jouait un double jeu, accusant le démocrate de faiblesse tandis qu’en coulisses il faisait tout pour freiner les négociations en cours. (YH)

Franklin D. Roosevelt (président de 1933 à 1945)

The Almanac Singers – Washington Breakdown

En mai 1941, en plein cœur de la Seconde Guerre mondiale mais avant l’implication des États-Unis, le groupe Almanac Singers, composé notamment de Pete Seeger, sort un premier album nommé Songs for John Doe, avec des chansons anti-guerre et anti-Roosevelt. Le LP sera très vite retiré de la vente, et le groupe changera de point de vue après l’attaque de Pearl Harbor en 1942, sortant un disque nommé Dear Mr. President. Mais dans le morceau « Washington Breakdown », la critique envers Roosevelt est évidente, les paroles disant que la guerre n’a pas de sens. (ASDS)

Herbert Hoover (président de 1929 à 1933)

The New Lost City Ramblers – New White House Blues

« New White House Blues » est une référence de prouesse technique au banjo et joué par de nombreux musiciens de bluegrass. Il évoquait au départ l’assassinat du président McKinley, celui qui imposa la domination américaine sur les Philippines. The New Lost City Ramblers interprète cette version qui vilipende le détesté Herbert Hoover. Enrichi par l’industrie minière, tandis que les mineurs voient baisser leur salaire de 60%, ce mauvais président ne prend pas les bonnes décisions lors du krach de 1929. Il est convaincu qu’il ne faut pas aider la population pour ne pas développer l’assistanat. « Vous êtes parti pêcher et avez laissé le pays en ruine… Je suis content que vous soyez parti » (DanM)

Mais aussi...

Pour terminer sur une note moins belliqueuse, voici trois titres supplémentaires écrits dans un tout autre esprit :

Red Krayola (Five American Portraits) – deux chansons au sujet de George W. Bush et Jimmy Carter.

Depuis la fin des années 1960, l'artiste texan Mayo Thompson n'a eu de cesse au sein de son projet à géométrie variable The Red Krayola de revisiter à sa manière l'histoire tourmentée de son pays. En 2010, il réalise en compagnie de la chanteuse et bassiste des Raincoats, Gina Birch et du stakhanoviste Jim O'Rourke un concept album autour de cinq figures mythiques américaines, un personnage de cartoon, un acteur, un peintre et deux présidents aux parcours respectifs très éloignés l'un de l'autre. D'une durée totale de douze minutes, le morceau consacré à Georges W. Bush et chanté par Gina Birch est traversé par des références à d'anciennes folksongs, rendant ce titre aussi subversif qu'insaisissable mais surtout sublime. (DM)

Anne-James Chaton – Jeudi 22 janvier 2009 - Événement n°20

Au sujet de l'investiture de Barack Obama.

"Selon le poète sonore français Anne-James Chaton, la "littérature pauvre" est symbolisée par les textes quotidiens et insignifiants, à savoir les tickets de métro, titres de journaux, reçus, etc. Ceux-ci ont été collectés pendant des années, toujours lors de certains "événements" portés en une des médias. Chaton traite ces textes parlés comme un instrument. Ses cuts, loops et samples sont assemblés dans une technique de sons suspendus, répétés et rythmés, pour un effet hypnotique. "Je ne suis pas un musicien et je ne compose pas de musique. J'écris les sons : cela signifie que j'emploie des techniques de la littérature afin de composer les "événements 09". Tous les bruits qui forment les événements viennent seulement du texte et de la voix. Pour cet album, j'ai choisi neuf événements du monde de l'année 2009 : la mort de Michael Jackson, l'investiture de Barack Obama, la révolution à Téhéran, etc. Quand l'événement mondial se produit, je commence à rassembler des documents. Alors cela crée un mix entre ma vie quotidienne et des événements mondiaux importants [...]." (A-J Chaton)

Gene Marshall – Jimmy Carter Says Yes !

Active essentiellement durant les années 1960 et 1970, MSR était le nom d'une société basée du côté de Hollywood à laquelle n'importe quel inconnu pouvait envoyer sans le moindre filtre ses paroles pour en faire un disque. Leurs publicités apparaissaient à la fin de certains magazines avec des slogans simples et efficaces comme : "Envoyez-nous vos poèmes ou paroles de chansons et nous les enregistrerons. Vous deviendrez peut-être très riches !". Communément appelées « American song poems », ces chansons auraient pu tomber dans l'oubli, mais c'était sans compter sur le travail de recherches de nombreux amateurs acharnés de raretés qui, au fil du temps, ont compilé le meilleur et parfois le pire de ces chansons qui étaient censées en rester au rang de l'amateurisme le plus inavouable. Exemple emblématique de ces chansons plutôt surprenantes, ce "Jimmy Carter Says Yes !", sorte d'ode discoïde au président démocrate Jimmy Carter dans laquelle son interprète, l'ancien choriste de Anita Kerr, Gene Marshall (alias Gene Merlino, alias John Muir !) s'époumonait au premier degré jusqu'à l'envi en chantant des paroles comme : « Notre gouvernement peut-il être honnête ? Jimmy Carter dit "oui", Jimmy Carter dit "oui" / Notre gouvernement peut-il être décent et ouvert ? En tant que 39e président, il a parlé, oui Jimmy Carter dit "oui" ». Pour info, cette chanson fut écrite par le très obscur parolier Waskey Elwood Walls Jr., un nom resté presque aussi obscur que ce titre ! (DM)

Playlist réalisée par Benoit Deuxant, Anne-Sophie De Sutter, Daniel Mousquet, David Mennessier et Yannick Hustache.

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