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Présidentielles américaines 2020 | cinéma de fiction et documentaire

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USA, documentaire, cinéma, Révolte !, élections présidentielles

publié le par Nathalie Ronvaux

L'exercice du pouvoir et ses sombres arcanes constituent une mine de sujets de réflexion dont s'est emparé le cinéma, qu'il soit documentaire ou de fiction. Plongée dans un monde impitoyable...

Sommaire

Les fictions inspirées de personnages réels

Vice - Adam McKay (2018)

Sorti sur les écrans en 2018, Vice est une farce satirique grinçante sur la politique américaine. Une chronique de l’ère Bush fils, pris dans la tourmente du 11 septembre 2001 et surtout de la « réaction » qui a suivi : la constitution d’un « axe du bien » et une seconde guerre, certes éclair, contre l’Irak, mais débouchant illico sur un « nouvel ordre mondial » synonyme de chaos au long cours. Une parodie bouffonne de la rédemption à l’américaine aussi. Un alcoolique repenti repêché par la politique (et son ambitieuse épouse), et qui monte, à partir des années 1960, et dans l’ombre de Donald Rumsfeld, dans les arcanes du Parti républicain. Il n’aura de cesse de préparer cette guerre contre Saddam Hussein quand notre homme, qui d’habitude officie dans l’ombre, se retrouve aux commandes en tant que « vice-président » d’un pays meurtri par les évènements du 11/09/2001. Un projet pour lequel il n’hésite pas à faire fabriquer de fausses preuves, à désigner un suspect idéal (Al-Zarqaoui), à passer outre l’aval de l’O.N.U. pour attaquer l’Irak, ou encore à renforcer de beaucoup, via un coup de force législatif, les pouvoirs du gouvernement fédéral.

C’est un homme corpulent au cœur fragile qui ne devra sa survie qu’à une transplantation cardiaque (dont le donneur est par ailleurs le narrateur du film !), mais dont les coups de poignard politiques dans le dos n’épargnent personne (y compris sa propre famille).

Parfois un peu léger dans sa charge critique mais servi par une belle brochette d’acteurs (Christian Bale, plus transformiste que jamais, Steve Carell en Rumsfeld grimaçant), un scénario aux twists bien amenés (cette fin…) et une narration bien maîtrisée dans ses temporalités et registres.

Le portrait au vitriol d’un idiot « utile » à son époque, la nôtre ! (YH)

Young Mr. Lincoln - John Ford (1939)

Ce qui distingue un bon président d’un honnête citoyen tient a priori à peu de choses, semble nous dire John Ford. Paradoxalement, ce cinéaste connu du public pour ses westerns héroïques ne témoigne que méfiance à l’égard des héros. Un bon président, c’est un homme du peuple, pas un surhomme. Réalisé à l’aube de la Seconde Guerre mondiale, son portrait de Lincoln illustre merveilleusement cette idée. Se voulant exemplaire autant que convaincant, le portrait est moins celui d’un homme – encore moins celui d’un dieu ! – que celui d’un principe, d’une idéologie. Le critique Jean Douchet a donc raison de qualifier Vers sa destinée de film de propagande. En effet, un siècle et demi après son assassinat, celui qui mit fin à l’esclavage aux États-Unis reste encore aux yeux de Ford un modèle. Un trait déterminant de ce personnage est son attachement à la famille, vue comme cellule embryonnaire de la communauté. Simple avocat dans la période que couvre le film, Lincoln est filmé dans sa jeunesse entièrement au présent. Mieux qu’un biopic, cette brève saisie opérée dans la matière d’une vie autrement pleine d’éclats dresse une sorte de making of de la fonction présidentielle. Comment devient-on père de la Nation ? Comment s’adresse-t-on à la foule ? Quelle place se choisit-on d’occuper dans la communauté ? Les réponses nous viennent en la personne d’un citoyen ordinaire, admirablement campé par un Henry Fonda plutôt gauche et tellement peu mondain qu’il en paraît désinvolte, mais aussi, un esprit vif, drôle, mesuré et, en bon autodidacte, avide de connaissance. Un mythe en acte. (CDP)

L'ivresse du pouvoir et ses intrigues

The West Wing - Aaron Sorkin (1999-2006) / House of Cards - Beau Willimon (2013-)

Le plus difficile pour le président des États-Unis n’est pas de se faire élire. Les élections, ce spectacle nécessaire, prennent sens dans l’énergie des convictions – comme, par exemple, celle d’être la personne de l’emploi. Cela, bien entendu, vaut pour Jed Bartlet, un homme qui, sans prétendre à plus de qualités ni à moins de défauts que la plupart, finit par accéder au poste de commandant suprême. Que se passe-t-il ensuite ? L’ivresse de l’ascension importe infiniment moins à la série que l’exercice du pouvoir. Le sujet de À la Maison-Blanche, c’est l’ordinaire de la fonction présidentielle, le rôle majeur des conseillers, les réalités de l’arbitrage, bref, la politique au sens noble du terme. Non pas, comme on le verra par la suite dans la très cynique House of Cards, les jeux d’intrigues, les coups bas en coulisse qui n’ont d’autre effet que de prolonger à l’infini la dynamique électorale pour vider la décision politique de son contenu démocratique. Ce qui intéresse Aaron Sorkin, créateur virtuose ayant fait de l’échange verbal la scène d’une dialectique effrénée, répond à la définition d’un travail : être à l’écoute des voix divergentes qui sont celles d’un peuple, orchestrer des intérêts antagonistes et néanmoins défendables, imposer un ordre qui ne sera jamais parfaitement juste. En un mot : assumer le versant déceptif de la volonté la plus acharnée de bien faire. Processus anti-électoral par excellence ! (CDP)

The Good Fight - Michelle et Robert King (2017 - )

Si The Good Fight n’est pas, à proprement parler, axé sur la fonction présidentielle ou, au sens large, sur la vie démocratique, la série télévisée fait de l’administration Trump et de sa politique le cadre inextricable au sein duquel évoluent ses différents protagonistes. C’est d’ailleurs sur une retransmission de l’investiture du 45ème président des États-Unis, à laquelle assiste avec incrédulité l’avocate Diane Lockhart (Christine Baranski), que s’ouvre ce show des créateurs Michelle et Robert King. Parmi tous ces nouveaux administrés que représentent l’ensemble des citoyens américains au lendemain de la prise de fonction de Donald Trump, une poignée d’entre eux gravitent au sein de Reddick, Boseman & Kosltad, un cabinet d’avocats dirigé par des associés afro-américains et spécialisé dans les affaires de violences policières, dont on sait, statistiquement, qu’elles font davantage de victimes au sein de la communauté noire.

Parmi les incessantes références à Donald Trump disséminées au fil des épisodes, la plus explicite est la mise en scène d’une tentative d’impeachment – une procédure de destitution visant un haut fonctionnaire – à l’encontre du président. C’est ainsi que Ruth Eastman (Margo Martindale), consultante du Comité national démocrate, approche les associés du cabinet, basé à Chicago, afin de les impliquer dans l’élaboration d’une stratégie servant les intérêts du parti. En cela, The Good Fight anticipe brillamment une procédure analogue, bien réelle cette fois, déclenchée – en septembre 2019 – par la présidente de la Chambre des représentants Nancy Pelosi. Dans le cas de la fiction créée par les époux King, cette proposition émanant du Parti démocrate est loin de faire l’unanimité au sein de la firme. Ainsi, si The Good Fight s’avère largement anti-Trump, le show n’est pourtant pas dénué de nuances : certes, les associés, à l’exception de Diane, sont tous afro-américains, mais tous ne sont pas forcément favorables à une destitution du président honni, selon leur propre agenda professionnel et leur sensibilité politique… (SD)

Les candidats en campagne

Bob Roberts - Tim Robbins (1992)

En décembre 1986, Tim Robbins campe pour la première fois le personnage de Bob Roberts – un businessman conservateur et musicien de folk – dans l’émission de divertissement américaine Saturday Night Live. A la veille des nineties, l’acteur, encore relativement inconnu, est en passe de devenir incontournable. Robert Altman (The Player, Short Cuts) lui donnera sa chance avant qu’il ne connaisse définitivement la consécration pour son rôle d’Andy Dufresne dans Les Évadés de Frank Darabont. Entre toutes ces expérimentations plus que probantes en tant qu’acteur, Tim Robbins s’essaie à la réalisation en adaptant son personnage de Bob Roberts dans un film éponyme dans lequel il s’arroge logiquement le premier rôle, celui qu’il avait déjà esquissé dans SNL, quelques années plus tôt.

Candidat au Sénat, Bob Roberts est un républicain nanti prônant les supposées valeurs traditionnelles des États-Unis au travers de sa musique folk. Tourné à la manière d’un mockumentary – un documentaire satirique –, ce film de 1992 suit de près la campagne de cet homme d’affaires excentrique, pur produit du show business américain le plus conservateur, comme un écho à la récente présidence de Ronald Reagan. Aussi, dans une scène presque prémonitoire, Bob Roberts est invité à performer l’un de ses titres dans un « comedy show » télévisuel, pour être finalement mis hors antenne en plein concert par un employé désapprobateur du programme. Ceux qui s’en souviennent ne manqueront pas d’établir le lien avec la fameuse déclaration faite par Donald Trump, alors en pleine campagne présidentielle : celui-ci annonce son intention d’animer l’émission Saturday Night Live, promesse qu’il tiendra bel et bien un soir de novembre 2015... (SD)

Primary - Robert Drew (1960)

En 1960, John F. Kennedy, alors sénateur du Massachusetts, se lance dans la course à l'investiture démocrate face à Hubert Humphrey. Utilisant pour la toute première fois une petite caméra portable avec prise de son synchronisée, Robert Drew et son équipe (Richard Leacock, Terrence McCartney Filgate, Albert Maysles et D.A. Pennebaker) ouvrent la voie au cinéma direct. Plus qu'une simple chronique sur les primaires démocrates dans le Wisconsin, Primary est l'un des films majeurs du "cinéma vérité" et offre un portrait absolument unique des frères Kennedy et de la politique américaine au début des années soixante. (MR)

The War Room - Donn Alan Pennebaker et Chris Hegedus (1993)

En 1992, le couple de cinéastes D.A. Pennebaker et Chris Hegedus décident de suivre la première campagne présidentielle de Bill Clinton contre George Bush. Ayant la possibilité d'accéder à la "War Room" de Bill Clinton – son QG de campagne –, les réalisateurs mettent le projecteur sur le travail de deux personnages clés : George Stephanopoulos, le directeur de la communication, et James Carville, le responsable de la stratégie. Le film nous plonge au cœur d'une équipe regorgeant d'énergie et de chaleur humaine, en train d'inventer et de tester de nouvelles formes de communication politique. Un grand moment de cinéma direct. (MR)

Playlist réalisée par Catherine De Poortere, Simon Delwart, Marc Roesems et Yannick Hustache.

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