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La Collection | Musique classique et contemporaine, coups de coeur septembre 2020

Bosch, Visions de l'au-delà
De Bach à Bartók, entre cartographie des sens, exploration des richesses de la musique arménienne et compositions innovantes du XVIe siècle, nos récents coups de cœur discographiques, disponibles dans nos PointCulture

Sommaire

Bruno Letort : Cartographie des sens - Divers interprètes

Directeur artistique du festival Ars Musica depuis 2013, producteur de disques à l’origine des labels Signature-Radio France et Musicube et musicien interdisciplinaire, Bruno Letort est aussi compositeur. « Cartographie des sens » révèle diverses facettes de ce dernier talent autour du métissage des styles, des genres, des sonorités...

Semelles de vent mêle les mélopées arabisantes de la chanteuse d’éthio-jazz Eténèsh Wassié à la rigueur d’une écriture répétitive dédiée au quatuor à cordes. Le quatuor, encore, dans Exil, ici renforcé par un dispositif électronique. Les quatre pièces qui composent cette suite expriment de manière variée le désespoir, les peurs, les sentiments d’injustice des migrants : tressautements des cordes, pizzicati, bruits de chaînes, drones, et un discours de Jean-Marie Gustave Le Clézio questionnant sur nos responsabilités face à leur misère, et dont la voix est soulignée par la contrebasse imitant la prosodie du texte. Absence joue sur les textures du chœur, passant de parties polyphoniques homogènes à des ruptures, des diffractions sonores et des déstructurations du texte marquant l’idée d’abandon, de séparation.

Guitare électrique, flûte, violoncelle et sextuor sont tour à tour à l’œuvre dans le reste du programme et complètent un tableau bien achalandé des expressions musicales de la fin du XXème siècle. Varié et charmeur.

Julien Libeer – Bach Bartók

Bach Bartók est le premier disque en solo du pianiste belge Julien Libeer, connu aussi pour l'enregistrement de l'intégrale des sonates pour piano et violon de Beethoven avec Lorenzo Gatto.

Si le couplage de ces deux compositeurs sur un même album étonne au premier abord, Julien Libeer s'en explique dans le livret. Tout en reconnaissant que bien des éléments les opposent, il s'est attaché à mettre en évidence certaines affinités de leurs écritures, par-delà leurs styles : refus de la préciosité, attention particulière à la complexité polyphonique, science des proportions… Tous deux ont aussi destiné une part importante de leur production à la pédagogie. Pour cette mise en miroir, le pianiste a choisi quatre suites qu'il enchaîne en alternance pour en faire apparaître de subtiles similitudes.

La Suite française n°5 de Johann Sebastian Bach fait partie d'un corpus qui en compte six, écrites à l'origine pour le clavecin et constituées de mouvements de danses. Certaines d'entre elles étaient en vogue à la cour de Versailles, possible explication du titre de ce recueil. D'une écriture moins élaborée que les Suites anglaises composées à la même période, elles sont aussi réputées plus simples techniquement.

S'il fallait mettre en avant une œuvre dans cette programmation, ce serait En plein air de Bartók. Peu connue, cette suite de cinq pièces révèle cinq visions de la vie en plein air de la Hongrie d’il y a un siècle, et convoque tambours et fifres, cris d’oiseaux, bruissements de feuilles mortes ou encore poursuite endiablée, véritable défi pour pianiste aguerri. Les Partitas BWV 825 à 830, ultérieures de quelques années aux Suites françaises sont aussi d'une écriture plus complexe. La deuxième partita en six mouvements développe un contrepoint très élaboré digne de celui du Clavier bien tempéré. Bartók et sa Suite op.14 clôture l'ensemble : trois courts mouvements extrêmement dynamiques suivis par un unique mouvement lent.

L'interprétation de Julien Libeer est chatoyante, incisive dans les parties rythmées mais jamais brutale. Un très bel album !

Simone de Bonefont – Missa pro mortuis – Paul Van Nevel, Huelgas Ensemble

Depuis sa création dans les années 1970, l’Huelgas Ensemble sous la direction de Paul Van Nevel explore des répertoires peu fréquentés, voire inédits de la musique du Moyen Âge, de la Renaissance et des premières heures du baroque. De Firmin Caron à Jacobus de Kerle, en passant par Matteo da Perugia, Jean Richafort ou encore Francesca Caccini, nous avons pu découvrir moult trésors dont les éditeurs ne s’étaient pas encore emparés. Ce dernier album s’inscrit dans le même élan. Le Requiem de Simone de Bonefont, chanoine et chantre de la Cathédrale de Clermont-Ferrand était jusqu’à présent parfaitement inconnu des mélomanes. Cette Missa pro mortuis, publiée à Paris en 1556, est enregistrée ici pour la première fois. C'est l'une des seules compositions qu’on connaisse de Bonefont, outre trois chansons françaises parues dans des recueils de la même période. Écrite pour cinq voix, l’œuvre atteste une grande maîtrise de l’art du contrepoint, ce qui incite à penser qu’il était un compositeur chevronné au même titre que ses contemporains franco-flamands Jacob Clemens non Papa ou Nicolas Gombert. En témoigne la grande richesse de sa polyphonie, le traitement rythmique original de la voix supérieure et l’usage innovant de la dissonance, outrepassant souvent les règles admises par les théoriciens de l’époque.

L’antienne grégorienne Media vita in morte sumus (Au milieu de la vie nous sommes dans la mort) sert de support littéraire aux quatre compositions qui succèdent à l’œuvre de Bonefont. Attribuée à Notker le Bègue, moine à l’Abbaye de Saint-Gall au XIème siècle, elle a donné lieu à de nombreuses adaptations musicales. Trois des pièces enregistrées ici sont en latin (Lassus, Gombert et Kerle) tandis que la quatrième, due à la plume d’Arnold von Bruck est en allemand, dans une traduction de Martin Luther.

Quatuor Akhtamar : Komitas, Miniatures – Eugénie Alécian : Un quatuor arménien

Nous avions découvert le Quatuor Akhtamar lors du Festival ProPulse de 2018. Ce premier enregistrement est l’aboutissement de leur spectacle. Quatre jeunes femmes forment ce quatuor fondé il y a quelques années au sein du Conservatoire royal de Bruxelles. L'ensemble tire son nom d'une île d'Arménie et de la légende de Tamar qui lui est liée. Car le pays est une source d'inspiration primordiale pour le quatuor. Et depuis ses débuts, les Miniatures de Vardapet Komitas lui servent de signature. Musicologue, prêtre et chantre né en 1869 dans l’Empire ottoman, Komitas (1869-1935) a fondé l’École nationale de composition arménienne. Il est l’un des rares survivants du « dimanche rouge », la grande rafle des intellectuels d’avril 1915 qui marqua le début du génocide.

A l’instar de Kodály et de Bartók, Komitas est un pionnier de l’ethnomusicologie dans son pays et a joué un rôle prédominant dans la constitution d’un répertoire musical typiquement arménien. Pendant de longues années, il a sillonné le Caucase pour y collecter les chants et mélodies populaires, dont presque toutes ses compositions se sont inspirées. Sa connaissance du système khaz a été un atout majeur dans les retranscriptions du folklore arménien. Les Quatorze miniatures sont des pièces brèves aux lignes épurées, transposition presque littérale des mélodies originales. Leur esprit exprime la joie simple des fêtes paysannes et la nostalgie de la vie à la montagne. Serguey Aslamazyan (1897-1978), grand admirateur de Komitas et fondateur du Komitas Quartet, a transcrit pour quatuor à cordes cette suite, faisant montre de beaucoup d'inventivité dans les sonorités et les techniques de jeu (ostinatos, harmoniques, unissons…).

Un quatuor arménien se veut un hommage à ce pays marqué par une histoire tragique mais aussi par toute la vitalité de son folklore. Son autrice, Eugénie Alécian (1952), a dédié son œuvre au Quatuor Akhtamar.

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