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Playlist

Kinshasa en musiques

danseurs - Kinshasa 1951-1975 - (c) Jean Depara
Comment parler de musique à Kinshasa sans parler de la rumba congolaise? Mais si la rumba est toujours bien présente, de multiples formes musicales hybrides, faisant la part belle à la création d'instruments et à des contacts transcontinentaux d'égal-à-égal ont fait leur apparition et ancrent la musique kinoise dans une vitalité intense, sans cesse renouvelée.

Sommaire

La rumba congolaise

Dans les années 1940-1950, de nombreux disques de musique cubaine sont importés au Congo, dans les capitales jumelles Léopoldville et Brazzaville, deux villes qui connaissent une vie nocturne assez trépidante à cette époque. Le jeu des guitares latines – mais aussi le jazz américain et les chansons populaires européennes - ont une profonde influence sur les musiciens locaux qui adaptent et recréent ces sonorités, développant la rumba congolaise. Cette nouvelle musique particulièrement dansante donne la priorité au rythme et à la mélodie et se transforme au fil du temps en soukous, aux rythmes plus saccadés et utilisant des instruments plus modernes. Parmi ses représentants, il faut citer Franco, Tabu Ley Rochereau, Wendo Kolosoy, Sam Mangwana, etc.  [ASDS]



Et cette excellente compilation Honest Jon's -- avec longue zone note de [BD]


Tabu Ley Rochereau

Chanteur et compositeur célèbre, Tabu Ley Rochereau est, avec d'autres musiciens, à la base de la rumba congolaise dans les années 1950. Il intègre à merveille les influences cubaines dans une musique africaine qui met l'accent sur les jeux de guitares. Il joue avec plusieurs groupes, de l'Orchestre African Fiesta à Afrisa International (avec qui il interprètera en 1971 une chanson intitulée « Kinshasa »). « Madina » est un cha cha cha composé au début des années 1960, avec des paroles dans un espagnol approximatif. Les rythmes sont cubains mais les guitares sont déjà typiquement congolaises.  [ASDS]



Franco TPOK - « Kinshasa, ville de problèmes » (1980)

Prolifique compositeur, Franco est un des maîtres de la rumba congolaise qu'il a interprété avec ses différents groupes, d'OK Jazz à TPOK. En 1980, il reprend une ancienne chanson qu'il transforme en « Kinshasa mboka ya makambo » (« Kinshasa, ville de problèmes ») et qui décrit comment les habitants de la ville dénoncent leurs concitoyens pour des actes qu'ils n'ont pas commis. Quand il l'interprète en public à Kinshasa, il parle de son amour et de sa fidélité envers la ville malgré les nombreux problèmes qu'elle connaît et malgré les accusations portées contre lui. Son rival Tabu Ley lui reproche notamment la richesse qu'il aurait obtenue suite à du trafic de drogue et sa vie très aisée en Europe.  [ASDS]


Manu Dibango: « Twist à Léo » (1962)

Au début des années 1960, Manu Dibango s'est installé dans la capitale du Congo belge. Le chanteur n'est pas un local – il est originaire du Cameroun – mais il y a suivi Joseph Kabasélé, dit le Grand Kalle depuis Bruxelles. Inspiré par les chansons qu'il entend à Radio Brazzaville, il raconte Léopoldville dans son « Twist à Léo », un morceau typique d'une époque  – une époque où la jeunesse dorée de la ville – future Kinshasa – dansait le twist. Les sonorités sont américaines, les paroles en français et la chanson aurait pu avoir vu le jour dans n'importe quel pays occidental. Peu importe, son charme désuet est bien présent et ses rythmes toujours aussi dansants.   [ASDS]


« Congotronics »

À la fin des années 1990, le Zaïre devient République Démocratique du Congo et sombre dans la guerre civile. La scène musicale perd de son importance et beaucoup de musiciens se tournent vers la religion, interprétant des chants chrétiens. Parallèlement, un petit groupe d’artistes se penche vers les racines et traditions congolaises. Swede Swede lance le mouvement en utilisant de nombreuses percussions et des harmonies vocales entre tradition et modernité. Ce mouvement n’échappe pas à Vincent Kenis, musicien et producteur belge, notamment pour le label Crammed. Il part à Kinshasa et y enregistre de nombreux groupes « tradi-modernes », des groupes informels, aux instruments fabriqués et aux amplis antiques. Le premier album de cette série nommée « Congotronics » (re)lance le groupe Konono N°1 (les musiciens étaient déjà apparus sur un disque Ocora enregistré en 1978). Le succès est immédiat pour cette musique brute, avec de nombreuses distorsions venant d’instruments mal électrifiés. D’autres albums suivront, de différents groupes: Kasai All Stars, Staff Benda Bilili, Mbongwana Star, etc.  [ASDS – adapté du texte de Mondorama]





Jupiter Bokondji & Okwess International: Kin Sonic (2017)

Quatre ans après Hotel Univers, son premier album, Jupiter Bokondji, accompagné de son groupe Okwess International, poursuit l’exploration de ce que le chanteur et musicien considère comme la plus grande richesse du Congo, non pas les diamants ni les métaux rares, mais la diversité et la qualité de ses différentes musiques. Il s’inspire à nouveau de plusieurs formes musicales congolaises, traditionnelles comme modernes et mélange allègrement diverses langues et rythmes du pays. Ce nouvel album Kin Sonic est une illustration énergique de ce qu’il appelle le « bofenia rock », un genre qu’il a inventé et qui veut représenter tous les Congolais, en puisant dans les traditions des 450 ethnies du pays. On y retrouve des amis et invités comme Damon Albarn qu’il avait rencontré à l’époque de Kinshasa One Two, l’album du projet DRC music, et qui joue ici des claviers sur deux morceaux, ou encore le violoniste Warren Ellis sur plusieurs pistes. A signaler également la participation de Sandrine Bonnaire, qui vient placer sa voix sur le morceau Le temps passé, sur un texte de l’écrivain congolais Zamenga Batukezanga. Inspirée et débordante comme son auteur, cette nouvelle production mélange la provocation pertinente et le sens exubérant de la fête du « Général rebelle » Bokondji.  [BD]




Article sur les documentaires de Renaud Barret et Florent de la Tullaye consacrés à Jupiter (Jupiter's Dance) et Staff Benda Bilili (Benda Bilili!) :


Les Urbs: l'association Lutherie urbaine à Kinshasa (2002-2009)

Lutherie urbaine est une association française (Bagnolet) basée sur la création d’instruments de musique réalisés à partir d’objets recyclés et/ou rebuts. L’ensemble des instruments sont réalisés dans le but d’être utilisés pour des créations sonores. De workshops en résidences l’association s’est constituée, depuis sa création dans les années 1990, une quantité impressionnante d’instruments insolites. Elle gère désormais le Fab’Lull, un espace laboratoire dédié aux nouvelles lutheries expérimentales et électroniques.


Parmi l’ensemble des instruments de l’association, la « batterie Kinshasa » a une histoire particulière. Instrument de rue joué par un musicien de Kinshasa, cette batterie a été conçu avec les moyens du bord : tuyauterie sanitaire, caisse à fruits et couvercles de casseroles. Véritable merveille aux yeux des membres de Lutherie Urbaine, rudimentaire et authentique, c’est durant une résidence dans la capitale congolaise que l’instrument fut découvert, troqué et intégré dans son instumentarium[BB]

Lutherie urbaine - la




DRC Music: Kinshasa One Two (2011)

À l’origine monté pour venir en aide à Oxfam et son activité au Congo, DRC Music est un projet rassemblant une cinquantaine de musiciens locaux et quelques invités anglais et américains. L’album est coordonné par Damon Albarn et on y trouve entre autres la participation de Dan the Automator, Richard Russell et Roadaidh McDonald (de XL Recordings), Actress, Marc Antoine, Totally Enormous Extinct Dinosaurs,  Alwest et Kwes, Nelly Liyemge, Jupiter Bokondji & Okwess International, Bebson et Bokatola System. Enregistré à Kinshasa en quelques jours en 2011, le disque prend grand soin de donner la parole autant aux musiciens congolais qu’aux producteurs invités, et témoigne, en quatorze plages, de la vitalité de la scène alternative du pays. La courte durée du travail sur place donne un aspect un peu brut à certains morceaux, et certaines rencontres auraient pu être plus approfondies, mais ce premier album est une fenêtre ouverte sur un casting de musiciens et de vocalistes plus que passionnants. Comme le projet précédent de Damon Albarn, Mali Music, on peut espérer que ce disque donne un coup de pouce à leur reconnaissance internationale.   [BD]



Rodriguez Vangama, Serge Kakudij et Farbrizio Cassol: Coup fatal (2010-2014)

Depuis 2009, le Koninklijke Vlaamse Schouwburg (KVS) organise à Kinshasa, dans la commune de Limete, un Festival des arts dont le but est de réunir des artistes africains de différents pays. En 2010, le KVS propose au guitariste kinois Rodriguez Vangama de réunir des musiciens autour du contre-ténor Serge Kakudij pour un concert autour d’arias choisis par le chanteur. L’ensemble se forme et se produit lors de la deuxième édition du festival : Connexion Kin. S’y côtoient instruments traditionnels et instruments modernes, une combinaison qui séduira le saxophoniste de jazz Fabrizio Cassol et, plus tard le metteur en scène et chorégraphe Alain Platel. Ces derniers rejoignent le groupe et travaillent au spectacle Coup fatal. En 2014, c’est la consécration tant au Festival d’Avignon qu’à Bruxelles. La représentation a donné lieu également à un enregistrement.  [NR]



Baloji: Kinshasa succursale (2010)

Après avoir servi de nombreuses années au sein du groupe de rap liégeois Starflam, Serge Tshiani, alias Baloji (« démon », « sorcier » ou « jeteur de sort » en Swahili) démarre en 2007 une carrière solo avec l’album Hôtel Impala.  Trois ans plus tard, sortira Kinshasa Succursale un disque à la fois novateur et ancré dans l’héritage des musiques congolaises. En unissant rythmiques Rumba, flow Hip-hop, guitares fuzz et mbira (piano à pouce) électrifié, Baloji propose (au même titre que les pionniers et vétérans de Konono n°1) une musique résolument moderne, revendicative, festive et inventive.  [IK]



Témé Tan: un premier album en septembre 2017

C’est en assistant à un concert des Beastie Boys à l’âge de 18 ans que Tanguy Haesevoets décide de devenir musicien. D’origine congolaise, Tanguy a grandi entre Kinshasa et Bruxelles et se produit depuis une dizaine d’année sous le nom de Témé Tan. Sa musique à la fois minimaliste et généreuse solaire et hybride brasse les cultures et les genres et est influencée par ses nombreux voyages (Amérique latine, Espagne, Japon, Congo, Guinée Conakry, etc.). Solaire et hybride, elle associe minimalisme, beats électroniques et harmonies gracieuses pour magnifier des paroles, chantées en Français, évoquant souvent des souvenirs liés au Kinshasa de son enfance et à sa famille. Le musicien multiplie les projets et les collaborations (il a été bassiste pour Veence Hanao, participe au projet Jérémy Atomik avec Carl, etc. ) et sortira son premier album sous le nom de Témé Tan en septembre 2017 chez PIAS.

Il nous faisait il y a quelques semaines l’honneur de participer à notre capsule J’aime Encore Bien, dans laquelle il nous proposait une sélection très en phase avec sa musique, en piochant du Rap, de la chanson à texte ou encore de la musique congolaise.




une playlist collective de PointCulture signée :

Anne-Sophie De Sutter, Benoit Deuxant, Nathalie Ronvaux, Bertrand Backeland et Igor Karagozian.

Jean Depara - Photographies Kinshasa - ed. Revue noire
photo du bandeau (carrée à l'origine): danseurs à Kinshasa (c) Jean Depara.
cf. le splendide livre Photographies Kinshasa (éditions Revue noire)

(et la pochette de la compilation The World is Shaking chez Honest Jon's)


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