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Chili 1970-1973

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Depuis l'élection du socialiste Salvador Allende à la présidence du Chili en 1970, la droite et les partis conservateurs – soutenus entre autres par les États-Unis – n'ont eu de cesse de déstabiliser le pays pour un retour dans le "droit chemin", celui d'un monde inégalitaire et capitaliste dominé par une bourgeoisie "éclairée". Cette filmographie sélective mêlant documentaires et fictions donne quelques éléments de compréhension d'une époque pas si lointaine dont les manifestations les plus réactionnaires sont encore vivaces dans nos pays démocratiques.

Sommaire

Les auteurs de cette sélection filmographique : Philippe Delvosalle, Catherine De Poortere, Daniel Mousquet, Yannick Hustache et Marc Roesems


La Bataille du Chili (1975 - 267 min) de Patricio Guzmán

Les trois parties qui composent cette fresque historique retracent, pas à pas, des mois d’incertitude, de luttes et finalement de basculement du régime chilien, passant brutalement du gouvernement de Salvador Allende à la dictature du général Augusto Pinochet.

En 1973, Patricio Guzmán entreprend le tournage de ce film considéré comme un chef d’œuvre du cinéma direct et politique des années 1970, du mois de janvier au 11 septembre, jour du coup d’État et de l’écrasement du palais présidentiel sous les bombardements d’avions de chasse.

Durant neuf mois, sa caméra se fraye un chemin à travers l'effervescence chilienne de cette année fatidique, montrant le travail de sape des classes les plus conservatrices qui organisent des grèves sauvages, les « théâtres » d’affrontement de la gauche et de la droite – dans les rues, les usines, les universités, au Parlement, dans les médias, etc. – mais aussi les expériences originales en grande partie spontanées, pour tenter d’endiguer la situation de chaos et soutenir Allende – actions collectives, magasins communautaires, comités de paysans, etc.

Quand les partis qui soutiennent Allende obtiennent la majorité des suffrages en mars 1973, la droite comprend qu’elle ne peut plus avoir recours à des mécanismes légaux. Un coup d’État devient désormais sa seule stratégie. [MR]

Septembre chilien (1973) de Bruno Muel, Théo Robichet et Valérie Mayoux

Cinq ans après le début des activités de leur collectif de cinéma ouvrier et militant – mais deux semaines à peine après le 11 septembre 1973 – trois cinéastes liés aux groupes Medvedkine réalisent à Santiago un impitoyable état des lieux en direct des exactions du nouveau régime (torture, viols, exécutions sommaires, disparitions, etc. ). Bruno Muel, Théo Robichet et Valérie Mayoux filment à la fois les moments officiels proposés par la junte aux journalistes internationaux (une conférence de presse des généraux, la rencontre entre Augusto Pinochet et l’ambassadeur du régime d’extrême droite en Uruguay ou la glaçante mise en scène d’une visite de presse officielle au Stade national transformé en prison) mais enregistrent aussi, de manière clandestine, les témoignages d’opposants ou les funérailles de Pablo Neruda, mort quelques jours après le putsch et se transformant en première manifestation publique de fidélité à l’Union populaire. Montant les images d’un bidonville sur une chanson de Victor Jara, confiant la lecture de la voix off entre autres à Pierre Kast et Simone Signoret, Septembre chilien est aussi avant tout un film de visages – des centaines de visages de Chiliens anonymes sur lesquels se lisent surtout l’inquiétude, la terreur… et le courage. [PD]

Salvador Allende (2004 - 100 min) de Patricio Guzmán

Trente ans après le coup d’État et son départ du Chili, Patricio Guzmán revient dans son pays natal, et dresse un double portrait historique émouvant, en forme d’hommage intime et distancié sur le Chili et Salvador Allende… Une figure sans laquelle, selon le cinéaste, l’histoire n’existait pas…

C’est avec nostalgie que Patricio Guzmán scrute les traces du passé chilien, la vie et le combat politique de Salvador Allende – ses victoires, ses difficultés ainsi que les tentatives de déstabilisation de la CIA alliée à l’extrême droite et aux conservateurs chiliens – et sur son propre parcours : « Le passé ne passe pas. Il vibre et bouge, suit des détours de ma propre vie. Me revoici sur les lieux que j’ai quittés il y a juste trente ans. Un simple mur, près de l’aéroport. Incarcéré au Stade national, à la merci de la machine à oublier qui se mettait en marche, une seule idée me soutenait : sauver les bobines de La Bataille du Chili. La preuve en images de ce rêve éveillé que nous avions vécu avec Allende. J’ai sauvé les bobines, terminé le film, puis l’exil a commencé. »

En revisitant certains lieux et en interrogeant des témoins d’une époque révolue – famille, proches de Salvador Allende et militants – le cinéaste tente, images d’archives à l’appui, de répondre à cette question : comment être à la fois révolutionnaire et démocrate ?

Je n'oublierai jamais la brutalité de la dictature alors mise en place pour plus de dix-sept années, années de souffrance, de mort, d'exil et d'écrasement de la mémoire. Les coupables le sont si clairement que l'on finirait par faire porter la faute aux victimes, comme si tout cela n'avait été que le mauvais cauchemar d'un rêveur nommé Salvador Allende. L'envie de revenir à cet homme, atypique, révolutionnaire et fanatique de démocratie jusqu'au suicide, s'impose à moi pour des raisons historiques certes, mais aussi pour sa cruelle actualité... — Patricio Guzmán, avril 2004

Santiago 73, Post mortem (2010 - 98 min) de Pablo Larraín

À Santiago du Chili, début 1973, Mario mène une vie sans éclats et silencieuse derrière les murs de sa petite maison de la banlieue de Santiago du Chili, grise et tranquille. Le seul rayon de soleil de sa morne existence de « fonctionnaire légiste » (il retranscrit les rapports d’autopsie) est sa voisine, danseuse de cabaret le jour et sympathisante communiste, qu’il épie depuis ses fenêtres. Mais leur idylle naissante vole en éclats quand le corps de l’ancien président Salvador Allende est amené à la morgue pour un examen anatomique post-mortem discret. Une nécropsie réalisée en présence de hauts gradés de l’armée sous la direction d’un médecin militaire qui remplace l’ancien responsable « affecté ailleurs », et qui indique très rapidement à son personnel le nouveau cadre de travail. Et dans une ville reprise d’une main de fer par l’armée et la police militaire en toute impunité légale, face à la détresse qui frappe à sa porte, Mario ne pourra pas bien longtemps demeurer à l’écart de l’agitation du monde. [YH]

Santiago, Italia (2018 - 80 min) de Nanni Moretti

L'Ambassade (1973 - 22 min) de Chris Marker

Sur fond de montée de l’extrême droite en Europe (Hongrie, Flandre…, Italie) le cinéaste engagé italien raconte, 45 ans après les faits, à la fois les dangers et les exactions du fascisme et un moment de l’Histoire où l’Italie fut à la pointe de l’accueil de réfugiés. En 1973, Chris Marker avait réalisé – à Paris, en Super 8, entre fiction et documentaire – le court métrage L’Ambassade : la vie au jour le jour de réfugiés, de l’ambassadeur et de sa femme dans une ambassade d’un pays d’Amérique latine après un putsch. Le pays n’est pas nommé mais la plupart des spectateurs y ont reconnu le Chili de Pinochet. En 2018 , Nanni Moretti revient de manière clairement documentée et documentaire (dans une forme classique d’interviews, pariant sur la puissance de la parole) sur les centaines d’hommes et de femmes qui escaladèrent les murs de l’ambassade d’Italie à Santiago, qui y dormaient à deux par matelas dans toutes les pièces du bâtiment avant d’être exfiltrés vers l’aéroport et accueillis à travers toute l’Italie par les sections locales du PCI. [PD]

Nostalgie de la lumière (2010 - 90 min) de Patricio Guzmán

Haut lieu d'observation pour les astronomes, le désert d'Atacama au Chili est un vaste cimetière voué à l'oubli. Qu’il s’agisse des massacres des Mapuches au XIXème siècle, ou des camps de concentration sous Pinochet, le gouvernement chilien garde le silence sur un passé qui l’accuse. Ne reste que la mémoire, passé qui se négocie en privé. Dans les correspondances intimes qui se jouent entre matière et souvenirs, les lieux aussi se feuillettent. Ainsi du camp de Chacabuco, construit sur les ruines d’un ancien centre minier, que les militaires n’ont eu qu’à cercler de barbelés. La mémoire des lieux n’est pas seulement un désert à creuser, c’est aussi une architecture à déconstruire. En se fondant sur des associations visuelles, Patricio Guzmán montre comment une poétique de l'image devient outil de connaissance. [CDP]

No (2012 - 117 min) de Pablo Larraín

En 1988, face à la pression internationale et par obligation constitutionnelle, Augusto Pinochet doit accepter un référendum qui lui permettrait de briguer encore huit années supplémentaires. La campagne pour le Si ou le No dure 27 jours, durant lesquels un spot télévisé quotidien est diffusé. Le film, à l'image très VHS des années 1980, s'attache à un jeune publicitaire et à sa campagne en faveur du No, abordée d'une manière positive et originale, mettant en avant le bonheur. La révolte chilienne a vraiment lieu à ce moment : quand le peuple peut aussi dire No et qu'un dictateur doit plier bagage. [DM]

Machuca (2004 - 121 min) d'Andrés Wood

Andrés Wood est un cinéaste chilien né à Santiago en 1965. Il n’a donc connu l’Unité populaire que comme enfant. Il grandit dans une famille bourgeoise, ses parents sont de droite tandis que son cœur bat à gauche. Il est âgé de 8 ans quand la prise de pouvoir par les militaires met aussi fin à l’expérience de mixité sociale dans son collège.

En 2004, après avoir vu clandestinement au pays La Bataille du Chili de Patricio Guzmán dans les années 1980 et être parti étudier le cinéma à New York dans les années 1990, il réalise un film imprégné de son expérience d’enfant mais aussi de références à François Truffaut et Louis Malle (Au revoir les enfants). Dans une forme classique – un peu trop classique et gentille – Mon ami Machuca raconte l’amitié de Gonzalo, gamin timide issu d'une famille des beaux quartiers, et Pedro (Machuca), fils de paysans qui survit dans un bidonville, grâce à l'initiative idéaliste d’un Père qui décide d’intégrer des enfants de milieu défavorisé au collège catholique très huppé qu'il dirige. [PD]

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