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Focus

Refuge pour le vivant, le regard, la poésie et le paysan, la haie disparait...

la grace du sillon

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publié le par Frédérique Muller

La haie est une frontière mais elle n’est pas une ligne. Elle ouvre un espace, riche en formes de vie, en histoires et en usages. La haie est surtout le fait du geste humain. Elle n’est pas tout à fait « naturelle » mais constitue pourtant aujourd’hui un refuge essentiel pour la biodiversité. La haie redessine le paysage autant que la frontière entre nature et culture. Sinueuse et secrète, offrant la sécurité de l’ombre, elle est aujourd’hui menacée par la lumière d’une modernité qui rationalise le paysage, qui trace des lignes là où il y avait des courbes, qui déracine et parfois replante mais sans tendresse. La haie fait du bocage un paysage dont trois documentaires raconte l’histoire et la richesse.

Sommaire

Le bocage, terre agricole fragmentée par des levées de terres et des talus couverts de végétaux formant des haies, est une des zones les plus riches en termes de biodiversité. Souvent limitrophe entre le milieu forestier et le champ ouvert, la haie se développe au fil d’importantes variations de lumière, de température et d’humidité. Elle abrite donc, sur une petite surface, une grande variété d’espèces. La haie organise la rencontre des paysages et la cohabitation de ses habitants.

La haie est aussi intimement liée au sol sur lequel elle pousse. Celui-ci détermine en grande partie le type de végétation. L’environnement extérieur influence la biodiversité qui s’y développe. La population humaine l’entretient ou non, l’aime ou la délaisse. Ainsi, chaque haie est particulière, fruit d’interactions multiples et anciennes.

C’est un espace qui s’ouvre à la marge du champ. La haie brise la monotonie d’un paysage agricole, offrant quelques rebonds et détours au regard. Elle se fait parfois chemin, compagne des cours d’eau, joue avec les villages, contourne les maisons. Elle réintroduit de la liberté au cœur d’un paysage sur lequel l’homme à main mise.

Cette structure paysagère débute au XIe siècle en France et vers le XVIIe siècle en Wallonie en lien avec le développement de l’agriculture. L’intensification de la mécanisation, des intrants chimiques et le remembrement conduisent à la disparation progressive de ce paysage. Avec la disparition des haies, celle des réservoirs et corridors permettant aux espèces de circuler et de se cacher. Celle aussi d’une manière de regarder le paysage et d’y circuler. Le bocage c’est aussi une manière d’habiter le monde qui préserve un peu le gout des choses libres, insoumises, cachées et un peu désordonnées au cœur des pratiques agricoles.

La Grâce du sillon

Un épouvantail qui semble résister au temps regarde le paysage évoluer, être transformé. Il voit la disparation des haies du bocage au profit de lignes droites et stériles qui remplacent les zones d’ombre buissonnantes et les cours d’eau sinueux. Il est le témoin de la destruction de cet écosystème riche bien que non naturel, héritage de l’histoire d’un bout de Mayenne en France qui commence il y a 100 ans.

Le film raconte la triste disparition d’un certain rapport au paysage qui complexifie l’idée que l’on se fait de la nature et trouble sa séparation ontologique d’avec le monde humain. Le bocage de la Mayenne, c’est la haie. Si les haies sont le fait de mains d’hommes, le fruit du geste paysan qui en tirait de nombreux avantages pour les cultures, elles ont été entretenues pour développer des qualités paysagères et écologiques importantes. En deux générations de paysans, c’est 6 000 ans d’histoire d’agriculture qui ont ainsi été oubliés au profit d’une intensification croissante des intrants chimiques, de la mécanisation et du remembrement. Les terres agricoles aujourd’hui sont plus vastes mais moins vivantes. Les haies vigoureuses ont été par endroit remplacées par les plantations pauvres et sans mystère d’arbrisseaux que personne n’aimera et qui ne pousseront donc jamais bien. Le film a cette qualité de s’ouvrir à d’autres discours que celui technique et scientifique habituellement convoqué pour parler de biodiversité. Il s’agit ici de relation au paysage et à ses zones qui échappent à la lumière et à la maitrise, de relation au territoire, d’interaction avec lui, corporelles, imaginaires.

La fin du film met la question agricole dans un contexte plus large en tissant un lien vers les problèmes posés par le tracé des lignes de TVG, l’implantation d’hypermarchés ou le passage de la fibre. Le paysage subit notre obsession pour la vitesse et la circulation.

la grace du sillon

La Magie des haies et Vive la haie

Deux documentaires permettent de découvrir l'histoire, la richesse des bénéfices et le fonctionnement des haies dans leur environnement. Les dimensions abordées ne concernent pas que la préservation de la faune et de la flore mais sont également liées à des préoccupations agricoles et économiques (bénéfices pour l’élevage et utilisation du bois-énergie). Ce milieu exceptionnellement riche a subi de profondes modifications durant les dernières décennies. Après le remembrement et la disparition des haies qui l'a accompagné, de nouvelles expériences de replantations et de restaurations ont été réalisées pour sauvegarder un patrimoine paysager qui a été élaboré par des générations de paysans.

Replanter des haies en Wallonie

La tendance aujourd'hui peut s'inverser. Le gouvernement de la Wallonie, des associations, des entreprises, des agriculteurs et des paysans s'associent pour soutenir des initiatives individuelles et collectives de plantation de haies sur le territoire wallon. L'objectif vise quatre mille kilomètres de haies ou un million d'arbres avant la fin de la législature (2019 - 2024). Avec la campagne YES WE PLANT, le gouvernement de la Wallonie soutient financièrement ces initiatives et dispense ses conseils utiles pour les plantations.

Plus d'informations sur la campagne #YESWEPLANT