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Focus

Quinze chansons qui défendent le droit d'être femme

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publié le par Guillaume Duthoit

Un choix de quinze chansons (quinze vidéos) dédiées aux femmes, aux plus courageuses d’entre elles qui se sont battues pour acquérir leurs droits, à celles qui osent s’affirmer devant certains hommes qui se conduisent encore comme s'ils étaient le […]

Sommaire

Pour commencer, écoutons « Je voudrais être mariée », peut-être la plus poignante chanson traditionnelle sur la condition féminine, merveilleusement interprétée ici par Arlt en 2010.

[…]

Je voudrais être enceinte

J’irais peut-être plus au champ

Je voudrais être enceinte

J’irais peut-être plus au champ

Voilà la belle enceinte

Elle va toujours au champ

[...]

Je voudrais être morte

J’irais peut-être plus au champ

Je voudrais être morte

J’irais peut-être plus au champ

Voilà la belle morte

Elle ne va plus aux champs

 

 

Enchainons avec deux chansons plus actuelles incontournables qui mettent à l’honneur les « grandes femmes » qu’elles soient célèbres ou anonymes.

Tout d’abord, le chef d’œuvre d’Anne Sylvestre.  Personnellement, je ne connais pas plus belle ode à la femme qu’« Une sorcière comme les autres » (1975). Cette chanson rend hommage à toutes les femmes en invitant fortement les hommes à être doux avec elles, à reconnaître leur importance, leurs rôles dans ce monde où certains malotrus les ont bousculées, rejetées, maltraitées.

 

Je vous ai porté vivant

Je vous ai porté enfant

Dieu comme vous étiez lourd

Pesant votre poids d’amour

Je vous ai porté encore

À l’heure de votre mort

Je vous ai porté des fleurs

Je vous ai morcelé mon cœur

 

Quand vous jouiez à la guerre

Moi je gardais la maison

J’ai usé de mes prières

Les barreaux de vos prisons

Quand vous mourriez sous les bombes

Je vous cherchais en hurlant

Me voilà comme une tombe

Avec tout le malheur dedans

 

Ce n’est que moi, c'est elle ou moi

Celle qui parle ou qui se tait

Celle qui pleure ou qui est gaie

C’est Jeanne d’Arc ou bien Margot

Fille de vague ou de ruisseau

 

Et c'est mon cœur ou bien le leur

Et c'est la sœur ou l’inconnue

Celle qui n’est jamais venue

Celle qui est venue trop tard

Fille de rêve ou de hasard

 

Et c’est ma mère ou la vôtre

Une sorcière comme les autres

 

 

Et puis, penchons-nous sur les fantasmes de Juliette (« Rimes féminines » , 1996). Après avoir désiré renaître en toute une série de femmes célèbres plus ou moins extraordinaires, la diva termine ce bel hommage d’envergure aux femmes par ces propos magnifiques :

 

Mais si tant de souhaits vous chagrinent

S’il est contraire à la doctrine

De viser haut dans les karmas

Alors faites dans l’anonymat

En attendant que tout bascule

Que Satan ne me congratule

Ou que les anges me fassent la fête

Permettez une ultime requête

 

Faites-la renaître, votre frangine

En n’importe qui, en fille d’usine

En fille de rien ou de cuisine

En Croate ou en Maghrébine

En Éponine, en Clémentine

En Malka Malika ou Marilyn

Et si votre astrale cuisine

Par hasard ne le détermine

J’accepterai, par discipline,

De revenir en cabotine

En libertine, en gourgandine

Tiens, en Juliette Noureddine !

 

 

Voici maintenant, plusieurs chansons qui dénoncent la vision machiste qui règne encore parfois dans nos sociétés et qui expriment toutes les pressions sociales que peuvent parfois subir encore les femmes.

Dans, « Ne vous mariez pas les filles » interprété par Michèle Arnaud en 1964, Boris Vian, sur un ton humoristique, invite les filles à s’émanciper, à se libérer du poids d’entretenir un mari qui deviendra au fil des ans peu ragoûtant et parfois même infidèle.

 

[…]

Avez-vous vu un homme trop gros

Extraire ses jambes de son dodo

Se masser le ventre et se gratter les tifs

En regardant ses pieds l'air pensif?

[…]

Ne vous mariez pas, les filles, ne vous mariez pas

Mettez vos robes de gala

Allez danser à l'Olympia

Changez d’amant quatre fois par mois

Prenez la braise et gardez-la

Cachez la fraîche sous vos matelas

A cinquante ans, ça servira

A vous payer des beaux petits gars

Rien dans la tête, tout dans les bras

Ah, la belle vie que ça sera

Si vous ne vous mariez pas

 

 

En 1972, dans « Une femme honnête », Jean Ferrat s’offusquait de cette mentalité machiste et puritaine qui voulait que la femme se refuse au plaisir. Il endosse ici le rôle des gardiens de cette moralité nauséabonde.

 

[…]

Qu'elle soit couchée ou genoux en terre

Point d'égarements en puissants soupirs

En cris émouvants "Ah je vais mourir"

Prise de cent mille ou d'une manière

Prise de cent mille ou d'une manière

Une femme honnête n'a pas de plaisir

[…]

Cédant aux folies d'autres partenaires

S'il vous arrivait de vous divertir

En brisant les liens que l'hymen inspire

Sachez qu'au sein même de l'adultère

Sachez qu'au sein même de l'adultère

Une femme honnête n'a pas de plaisir

[…]

 

 

Dans « L’enceinte vierge » (2001), Agnès Bihl navigue dans les mêmes eaux « malsaintes », en dénonçant les dictats du pape et de la religion en matières de protection contre les maladies sexuellement transmissibles, de contraception, d’avortement, … Un texte trash pour une réalité qui ne l’est pas moins.

 

Dans les cités, les bidonvilles

Le pape bénit la pauvreté

Ça passe le temps, ça tient tranquille

Ceux qui n’ont plus rien à becqu’ter

Et puis le Très Saint-Père a dit

Faut faire des gosses, même séropos

Ils iront vite au paradis

D’façons ici, y a pas d’boulot

 

Oh dis, monsieur, qu'est-c’qui s’pass’rait

Si la Sainte Vierge, elle avortait

Sans l’paradis, ce s’rait p’têt’ mieux

S’te plaît, fais-moi rêver un peu...

 

 

Dans «  Patriarcat » (1977), Brigitte Fontaine, au travers d’un texte coup de poing qui multiplie les métaphores volontairement absurdes, fustige l’esprit de « droite » de nos sociétés qui, selon elle, sont encore et toujours fondées sur la détention de l’autorité par les hommes.

 

En direct de l’arbre de transmission. L’organisation du contrôle est une performance de haut niveau, score trois à zéro.

Ulysse a gagné, battant Zorro et King Size est vainqueur à droite de votre écran. […]

En tête, les trois enfants élevés par la police dans un but éducatif et dans l’esprit du loisir (qui est le frère de la production) nous déclaraient bravo les femmes qui ne pleurent pas. […]

Pour être plus belle, chérie sois plus belle, oh chérie, je suis ton président, mon taux de croissance est supérieur à celui d’un patron de gauche. Car il n’y en a pas, de même qu’il n’y a pas d’homme de gauche, quand il s’agit de femmes.

Il n’y a que des hommes de droite dans la seule patrie existante sur la Terre : Patria, Patriarcat patriarcal, Patriarcat patrie. […]

 

 

Dans « La complainte des filles de joie », parue en 1962, Georges Brassens rend un véritable hommage à ces filles de joie, que la loi du 13 avril 1946, interdisant les maisons de tolérance, a rejeté dans la rue. C’est précisément parce qu’elles sont méprisées par ces vaches de bourgeois, qui pourtant font appel à leurs services, que Brassens a de l’estime pour ces femmes. Malmenées par la police, elles sont menacées par la maladie, la syphilis en l’occurrence, et ne bénéficient au début des années soixante, d’aucune protection sociale ou juridique.

 

 

Voici encore une chanson d’Anne Sylvestre, et un autre chef d’œuvre ! Alors que la loi Veil sur l’interruption volontaire de grossesse ne sera adoptée qu’en 1979, la merveilleuse plume de l’auteure la plus féministe de la chanson frappe fort en 1974 avec « Non, tu n’as pas de nom » qui revendique le droit des femmes à disposer de leur corps :

 

Savent-ils que ça transforme

L’esprit autant que la forme

Qu’on te porte dans la tête

Que jamais ça ne s’arrête

Tu ne seras pas mon centre

Que savent-ils de mon ventre

 

J’ai choisi de vous faire écouter la version de la grande chanteuse québécoise Pauline Julien qui a interprété avec intensité plusieurs chansons de son amie Anne Sylvestre avant de nous quitter en 1998.

 

 

Dans « Quand c’est non, c’est non » (2014), Jeanne Cherhal, entourée des Françoises (Camille, La Grande Sophie, Emily Loizeau, Olivia Ruiz et Rosemary Standley) clame haut et fort le droit de refuser les avances des mâles non-désirés. Elle exprime mieux que personne cette tendance qu’ont certains hommes à croire qu’il faut insister, voire quelque peu « forcer » la femme pour qu’elle s’offre.

 

Avec la finesse qu’ont parfois les bêtes

Face à la princesse, il dit, suis-je bête

Entre haut et bas souvent femme varie

Si elle se débat c’est pour mieux dire oui

 

Mais quand c’est non c’est non

Quand c’est non dommage

Range ton crayon ta plume sauvage

Quand c’est non c’est non

Quand c’est non mon vieux

Range ton bâton et place aux adieux

 

 

Dans « Je suis un pédé refoulé » (2015), Claire Diterzi qui ne se fait pas prier pour bousculer notre petit monde pousse le bouchon encore plus loin affirmant qu’elle a plus de couilles que la plupart des hommes.

 

Je suis un pédé refoulé

Oui j’aime les hommes

Rien que de l’avouer j’en frissonne

Le fait est que j’ai remarqué

Que je sécrétais

De la testostérone

En quantité

Ce qui fait de moi

Un pédé à contre-emploi

Un pédé refoulé

J’ai bien plus de couilles que toi

Alors que je ne suis qu’une femme

 

 

Certains chanteurs invitent les hommes à reconnaître pleinement  les droits de la femme.

En 1975, Jean Ferrat, dans « La femme est l’avenir de l’homme », fut le premier à le faire ouvertement, en faisant sienne la célèbre maxime du poète Louis Aragon : « L’avenir de l’homme est la femme » (Le Fou d’Elsa).

[…]

Il faudra réapprendre à vivre

Ensemble écrire un nouveau livre

Redécouvrir tous les possibles

Chaque chose enfin partagée

Tout dans le couple va changer

D'une manière irréversible

 

Le poète a toujours raison

Qui voit plus haut que l'horizon

Et le futur est son royaume

Face aux autres générations

Je déclare avec Aragon

La femme est l'avenir de l'homme

 

Une manière de penser qui ne convainc pas Jacques Brel qui trois ans plus tard, dans « La ville s’endormait », a eu besoin d’exprimer : Mais les femmes toujours/Ne ressemblent qu’aux femmes/Et d’entre elles les connes/Ne ressemblent qu’aux connes/Et je ne suis pas bien sûr/Comme chante un certain/Qu’elles soient l’avenir de l'homme.

 

 

En 1997, Charles Aznavour reconnaissait lui aussi « Le droit des femmes » sensibilisant ses confrères au fait que les femmes se sont battues pour acquérir des droits et qu’elles ne les lâcheront plus.

 

Bien des choses ont évolué, depuis que Rome

Voulait les culpabiliser, pour une pomme

Les femmes se sont libérées, il faut voir comme

Il faudra nous y habituer, nous les bonshommes

Le droit des femmes n'est plus – je le proclame ! –  ce que jadis il fût

Ces dames se sont battues mais l’ont eu, le droit des femmes, et ne le lâcheront plus

 

 

Et pour terminer voici deux chansons où des hommes expriment leur frustration de ne pas pouvoir « vibrer » comme les femmes.

 

Dans « La honte de pleurer » (1979), Serge Reggiani  raconte l’histoire d’un homme qui souffre d’une séparation et qui s’efforce de retenir ses larmes.

 

Il faudra bien qu’on me raconte

Pourquoi il faut toujours tricher

Que l’on m’explique où est la honte

Pour un homme de pleurer

 

 

Vincent Baguian, lui, dans « Ce soir c’est moi qui fais la fille » (2007), va jusqu’à s’habiller en fille pour montrer à sa compagne tout l’effet dévastateur qu’a le charme féminin sur lui. Il termine la chanson par cet aveu de frustration : 

 

Pourquoi le ventre qui gonfle

C’est jamais pour moi

J’voudrais bien être une fille

Au moins pendant neuf mois

 

Me sentir moi inutile

Et mettre au monde une fille

Pour quel soit...

Un peu plus à moi.

 

 

Guillaume Duthoit

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