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Focus

Playlist et discographie : « Country Music » – Ken Burns (2019). Épisode 1 - Les débuts

Fiddlin' Bill Hensley
Composé de neuf épisodes réalisés par Ken Burns, le documentaire Country Music retrace les origines et l’évolution de ce style de musique américain. Il décrit la grande histoire du genre mais aussi les moments intimes des divers artistes qui ont été essentiels pour l’évolution du style, mélangeant documents d’époque, extraits musicaux et nombreuses interviews. Retour sur les différents épisodes et conseils d’écoute, en neuf parties.

Sommaire

Une définition de la musique country

Comment décrire et définir la musique country, ce courant musical qui a traversé l’histoire américaine du 20e siècle ? C’est à la chanteuse Kathy Mattea que revient l’honneur d’introduire cette série, avec la description d’un tableau, Les Sources de la musique country, peint par Thomas Hart Benton, qui rassemble divers éléments constitutifs du style : banjo, violon, danse, Blancs, Noirs… D’autres artistes actuels, de Kris Kristofferson à Garth Brooks, en passant par Dolly Parton, tentent de donner leur définition du style : une musique qui vient du cœur et de l’âme, des chansons profondes qui racontent des histoires auxquelles les gens s’identifient, mais aussi composées avec « trois accords et la vérité ».

Ken Burns ne pouvait pas commencer autrement sa fresque historique, il se devait de trouver une définition et il prend le parti de laisser la parole aux artistes. Après cette introduction, il entre dans le vif du sujet et commence son parcours chronologique, suivant le plus souvent les hit-parades et la succession de numéros un au cours du temps, utilisant de nombreux documents historiques, des photos inédites, des images filmées et de nombreux extraits musicaux (il suffit de voir les longues listes de morceaux cités dans les génériques). Burns a commencé par demander à Dayton Duncan d’écrire un scénario, puis a interviewé de nombreux artistes et personnalités du monde de la country. Ces entretiens sont le fil rouge du documentaire, en parallèle avec les grands hits. Cette manière d’aborder le sujet ne permet pas toujours d’entrer dans les détails, tout particulièrement dans la version en DVD, mais c’est malgré tout une formidable introduction à la musique country, un sujet très peu connu dans nos contrées. (Le montage de neuf heures à partir de la version originale de plus de 18 heures pour la chaîne américaine PBS a été commandité par la BBC, et repris par Arte qui a édité ce DVD).

Les années 1920

Au début des années 1920, deux technologies modernes vont permettre une meilleure diffusion des musiques : la radio et le disque 78 tours. L’un des premiers artistes de « country », le violoniste Fiddlin' John Carson passe à la radio, sur WSB, basé à Atlanta. Travaillant alors pour le label Okeh, Ralph Peer enregistre « The Little Old Log Cabin in the Lane » du même artiste, doutant malgré tout qu’il y ait un marché pour ce genre de musique blanche du Sud. C’est un succès commercial. Peer réalise alors qu’il y a une autre Amérique, celle des ouvriers blancs du Sud, prêts à acheter ces disques.

Cette musique est difficile à décrire et classer ; elle possède des éléments de la musique des Noirs, avec le banjo, et de celle des Blancs, avec le violon. Les deux se rencontrent dans ce style, auquel s’ajoutent des éléments de la musique des vaqueros espagnols ainsi que de la polka et de l’oompah allemands. Pour des raisons de marketing, Peer cherche un nom et se décide pour « hillbilly », un mot pourtant péjoratif désignant les péquenauds arriérés et illettrés des campagnes.

À cette époque, la radio prend son essor. Des centaines de stations naissent partout sur le territoire des États-Unis et prennent le modèle des « medecine shows » qui associaient vente de produits et spectacles. Certaines, comme WLS lancée par le magasin Sears Roebuck de Chicago, organisent tous les samedis un « barndance », une fête où les gens pouvaient venir danser sur de la musique live. Mais c’est WSM (« We Shield Millions ») de Nashville qui aura le plus d’importance dans l’histoire : elle organise dès 1925 des barndances qui prennent le nom de Grand Ole Opry.

La Carter Family

« Le succès, c’est être à l’endroit où la foudre va tomber. » — Ralph Peer

En 1927, Ralph Peer avait quitté Okeh et rejoint la Victor Talking Machine Company. Il avait enregistré à New York « The Titanic » d’Ernest « Pop » Stoneman, qui lui propose alors de le rejoindre à Bristol sur la frontière entre le Tennessee et la Virginie pour enregistrer des artistes locaux. Ces sessions changeront l’histoire de la country avec la découverte de deux artistes qui inscriront leurs noms dans les annales, alors que tant d’autres seront oubliés. Peer décide de modifier le système des royalties : au lieu de tout empocher, il propose de les partager avec les artistes s’ils avaient écrit le morceau ou s’ils avaient donné leur empreinte personnelle à un traditionnel.

Attiré par une annonce dans le journal local, A.P. Carter, musicien amateur, décide de se rendre à Bristol, accompagné de son épouse Sara Dougherty et de sa cousine Maybelle Addington (qui avait épousé le frère d’A.P., Eck). Ensemble, ils interprètent les anciennes ballades et les hymnes qui prennent leurs sources dans le répertoire anglo-irlandais.

« Dès que j’ai entendu la voix de Sara, j’ai su que ce serait sublime. » — Ralph Peer

Leur premier enregistrement, « Bury Me Under the Weeping Willow », est un succès bien plus grand que ce qu’avait imaginé la Carter Family.

Jimmie Rodgers

En octobre 1927, une autre future personnalité de la country music arrive à Bristol, Jimmie Rodgers, originaire de Meridian, Mississippi. Malgré une enfance difficile, il avait toujours été attiré par la musique, et avait été baigné dans le blues des ouvriers noirs qu’il avait croisés sur les chantiers des chemins de fer. Ralph Peer lui fait enregistrer deux chansons, « The Soldier’s Sweetheart » et « Sleep, Baby, Sleep », puis encore plusieurs autres en novembre, quand Rodgers l’a retrouvé à New York, dont le premier d’une série, « Blue Yodel » avec les yodels si caractéristiques qui deviendront sa marque de fabrique.

Son succès est immense et les royalties lui permettent d’acquérir de beaux costumes, des voitures et une guitare, sur laquelle il fait graver son nom. Il tourne dans tout le pays mais s’affaiblit de plus en plus, atteint de tuberculose. Il compose des dizaines de chansons, notamment avec l’aide d’Elsie McWilliams, sa belle-sœur. En mai 1933, il se rend une fois de plus à New York pour de nouveaux enregistrements, (« Yodelling My Way Back Home », notamment) mais meurt peu après, étouffé par son propre sang. Il n’avait que 35 ans et sa carrière avait duré six ans.

C’est sur cet événement que se referme le premier épisode, dans lequel sont intervenus de nombreux artistes qui ont été influencés par Jimmie Rodgers, et qui ont repris ses chansons, de Merle Haggard à Dolly Parton, mais on entend aussi le musicien Marty Stuart, l’historien de la country Bill C. Malone et la chanteuse Rosanne Cash, qui est indirectement liée à la Carter Family (son père, Johnny Cash, a épousé en secondes noces June Carter, la fille de Maybelle).


Texte, playlist et discographie : Anne-Sophie De Sutter

Image : Fiddlin' Bill Hensley, Violoniste d’Asheville, Caroline du Nord, 1937 – une photo de Ben Shahn (Library of Congress – wikicommons)

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