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Musica em Casa, la lusophonie à la maison 2 : Ana Moura

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publié le par Daniel Mousquet

Fado ! Fado outragé ! Fado dépoussiéré ! Fado fragilisé! Mais fado libéré ! Libéré par les nouvelles Amália, libéré et coloré par Ana Moura. Détour de la lusophonie chez une interprète portugaise, de chez elle à chez soi.

Ana Moura, c'est la voix actuelle du fado. Née à Santarém, dans le Sud-Ouest du Portugal, à 80 km de Lisbonne, elle grandit dans une famille où tout le monde chante. Elle se sent très tôt attirée par le fado, ce style de chant mélancolique résolument portugais, et, à six ans, elle interprète "Cavalo Ruço", son premier fado.

Bien qu'elle soit toujours fan d'Amália Rodrigues, à l'adolescence, elle se tourne vers le rock, puis fait partie d'un groupe de reprises et commence l'enregistrement de titres pop-rock pour un éventuel album. Le destin cependant la conduit dans un bar où elle entonne un fado. Un guitariste présent lors de cette représentation est tellement impressionné qu'il l'emmène dans une tournée des maisons de fado, des cafés où ces chansons typiques sont interprétées. À l'école de ces mini-concerts nocturnes, elle reçoit l’entraînement nécessaire et acquiert la maîtrise de l'interprétation, tout en gardant sa spontanéité et son naturel.

Suite à l'article d'un journaliste-critique reconnu, tout s'enchaîne : un directeur d'Universal lui propose un contrat d'enregistrement et, en 2003, paraît son premier album Guarda-me a Vida na Mão (Garde ma vie dans ta main). Produit, arrangé et principalement écrit par Jorge Fernando, le disque crée la surprise dans le monde de la musique lusophone. Le public est enthousiaste : Ana Moura est considérée comme l'une des dignes « filles » d'Amália, l'icône du fado, dont elle reprend deux chansons sur son album.

Elle réitère l'exploit en sortant, en 2004, Aconteceu (C'est arrivé), un double CD divisé en deux thèmes : le premier, A Porta do Fado (À la porte du Fado), se rapproche du fado classique, et le second, Dentro de Casa (Dans la maison), consacré au fado traditionnel privilégiant les guitares.

Ana Moura et Mick Jagger

Ana Moura est invitée aux États-Unis en 2005. À New York, elle chante au Carnegie Hall, à guichets fermés, devenant ainsi la première chanteuse portugaise à se produire dans ce lieu légendaire. Depuis, sa carrière prend une tournure internationale : les concerts se succèdent et elle parcourt l'Europe, y compris plusieurs fois en Belgique. Le point culminant reste sans doute sa prestation à Lisbonne quand elle interprète "No Expectations" aux côtés des Rolling Stones, au stade Alvalade XXI devant 30 000 personnes.

Ses deux albums suivants, Para Além de Saudade (Au-delà de la saudade), en 2007 et Leva-me aos Fados (Emmène-moi à la maison du fado) en 2009, sont à nouveau des réussites commerciales et critiques.

C'est avec Desfado , sorti fin 2012, qu'un pas de plus est franchi : produit aux États-Unis, avec la participation de musiciens tels que Tim Ries et Herbie Hancock, le disque comprend trois chansons en anglais, dont "A Case of You" de Joni Mitchell. Varié, dynamique et enthousiasmant, Desfado est son premier album sorti dans le monde entier, en tête de tous les classements des musiques du monde dans beaucoup de pays. Moura, en 2015, lui assure le même succès. Un Best of, composé de ses succès et de quelques inédits, suit en 2017.

Ana Moura a un timbre chaud, clair et puissant. Son chant expressif actualise les airs du passé et les fados traditionnels. Il touche un public de plus en plus large, conquis par son charisme et sa voix accrocheuse. Comme quelques chanteuses de sa génération, elle a popularisé un fado décomplexé et moderne. « Il a cessé d’être marginal au Portugal, les jeunes l’écoutent, c’est une musique qui parle du monde d’aujourd’hui. »(1)

Ça fait du bien de pouvoir réconforter quelqu'un. Merci à tous ceux qui m'ont permis de me sentir accompagnée et renforcée dans le live. — (Ana Moura, commentaire à propos de son live à domicile, 2 avril 2020)
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La vidéo qui suit alterne des séquences live dans la maison d'Ana Moura et une autre dans la Casa Amália.

En plein confinement, le 1er avril 2020, la chanteuse se filme à l'aide de son smartphone pour un moment intime avec ses followers d'Instagram. L'image est de piètre qualité mais la vidéo révèle une artiste sensible et accessible, ainsi qu'une interprétation bien différente des albums. À la maison, dans son fauteuil Emmanuelle, elle enchaîne les fados, accompagnée de sa guitare ou en posant sa jolie voix sur l'instrumental de la chanson. "Desfado", tirée de l'album du même nom (2012), est la première chanson de ce concert domestique.

On la retrouve ensuite dans l'émission "Em Casa Amália" du 10 avril 2020 sur la chaîne portugaise RTP1, un programme inspiré des nuits où Amália Rodrigues recevait des poètes, des chanteurs, des peintres et des acteurs chez elle. L'émission donne évidemment une grande place au fado et à son avenir. Ana Moura chante "Caso arrumado", un single tiré de son album Leva-me aos Fados (2009). Jorge Fernando l'accompagne à la guitare, ainsi que Custódio Castelo à la guitare portugaise à douze cordes.

De retour chez elle, voici encore deux fados, le premier est interprété par Ana, accompagnée de sa filleule, lors d'une insomnie (14 avril 2020), le deuxième à nouveau dans son fauteuil.

Ana Moura - "Desfado" (0:04 à 2:24), 1 avril 2020 - "Caso arrumado" (2:30 à 5:00), le 10 avril 2020


(1) Ana Moura, citée par François-Xavier Gomez, La jeune Ana Moura en fado majeur, dans Libération, du 15 février 2011


Cet article a été confirmé le 25/06/2020 compatible avec les directives COVID

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