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Focus

Migrer : quelle approche de la question migratoire ?

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publié le par Pierre Hemptinne

Avec sa saison Migrer, PointCulture n’a pas la prétention d’inventer un nouveau discours, ni d’apporter des solutions toutes faites ! L’ambition est de relayer la parole et les engagements de citoyen·ne·s, d’associations et d’opérateurs culturels qui œuvrent, dans la société, auprès des réfugiés ou auprès d’autres publics à sensibiliser, à transformer le regard de la société sur la question migratoire prise dans sa totalité, à l’échelle du monde et non pas dans le périmètre d’un territoire clos, à protéger.

PointCulture essaiera d’amplifier la caisse de résonance des paroles et des actes, individuels et collectifs, qui militent pour une nouvelle culture de l’hospitalité. Une hospitalité adaptée à l’exigence de considérer de plus en plus la planète comme un bien commun appartenant à tous ses habitant·e·s. Les crises économiques et climatiques nous invitent à changer de modèle culturel, à cet égard, et de modifier les sentiments d’appartenance, de propriété. Pour aider ces changements, les opérateurs culturels et leur médiation sociétale ont un rôle important à jouer : ils permettent d’agir sur les imaginaires, sur les représentations déterminantes…

Comment mieux définir, plus concrètement, la philosophie de cet engagement culturel ? Elle ne vient pas de nulle part, elle n’est pas une réaction émotionnelle née des derniers drames liés aux conditions de vie et de mort des réfugiés. Elle vient de loin, elle s’appuie sur des travaux sociologiques, économiques, philosophiques, politiques de longue haleine.

Penser les migrations, par nous-mêmes, avec les penseurs de référence, engagés sur le terrain

De manière synthétique, on pourrait synthétiser cette position en reprenant les propos d’Étienne Balibar (philosophe qui s’est beaucoup consacré à ces questions) dans une tribune du journal Le Monde (« Pour un droit international de l’hospitalité », Le Monde, 17 août 2018) :

> Une part de constat et de « j’accuse » :

D’abord, l’obsession pour le refoulement de l’immigration dite clandestine et l’identification des "faux réfugiés" a fini par produire un "retournement du droit d’asile". Les gouvernements utilisent la catégorie de "réfugié" non pour organiser l’accueil des individus fuyant la cruauté de leur existence, mais pour délégitimer quiconque ne correspond pas à certains critères formels ou ne sait pas répondre à un interrogatoire… — Étienne Balibar

> Ensuite le socle, les éléments de la Déclaration des droits humains, 1948 :

L’une des formules-clé de 1948 : "Chacun a le droit à la reconnaissance en tous lieux de sa personnalité juridique" (article 6 de la Déclaration universelle). En tous lieux veut dire même dans un office d’immigration, dans le cadre d’un contrôle frontalier, dans un camp de réfugiés, et si possible dans le fond d’un radeau pneumatique dérivant en haute mer… — Étienne Balibar

> La volonté de sortir par le haut de la situation indigne actuelle par la mise en place d’un droit international de l’hospitalité :

Il faut développer le droit de l’hospitalité, activité civique en plein essor, à la mesure de l’urgence. Dépassant la proposition kantienne d’un "droit cosmopolitique" limité au droit de visite, il en généraliserait la norme fondamentale : les étrangers ne doivent pas être traités en ennemis. Or tel est précisément l’effet des politiques d’un nombre croissant d’États contre la migrance globale. — Étienne Balibar

Changer la mondialisation grâce aux enseignements à tirer des situations critiques des réfugié·e·s contraint·e·s

Un autre penseur, anthropologue, Michel Agier, très impliqué depuis des années dans ces questions d’immigrations, tant sur le terrain qu’au niveau théorique, formule de manière exemplaire le cap à maintenir pour instaurer une société hospitalière, non pas idéaliste, mais construite sur les réalités concrètes de notre planète :

Les cas des femmes et des hommes en migration qui, dans le monde, vivent dans des conditions matérielles ou juridiques précaires, et n’ont pas vraiment choisi leur mobilité mais ont été contraints de quitter leur lieu de vie pour des raisons politiques, économiques ou environnementales, ne représentent encore qu’une minorité, rapportée aux 250 millions de personnes résidant dans un autre pays que celui de leur naissance ». Mais leur part augmente et continuera de le faire selon toutes les prévisions, à la fois comme un effet de la mondialisation (qui ouvre des perspectives inespérées mais détruit des systèmes locaux fragiles) et à cause des échecs répétés des États-nations à prendre en charge le présent et l’avenir du monde dans sa totalité et sa désormais constante mobilité. C’est pourquoi ce cas, même minoritaire, est porteur de significations bien au-delà de lui-même. De toute évidence, une nouvelle forme de nomadisme est en train de naître. Elle nous oblige à actualiser le regard, ancestral, philosophique et anthropologique, porté sur l’étrange. — Michel Agier « L’Étranger qui vient. Repenser l’hospitalité » Seuil 2018

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