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3 questions à la Maison du Conte et de la Littérature en Brabant wallon

Maison du conte et de la littérature BW
La Maison du Conte et de la Littérature en Brabant wallon défend les arts du récit par le biais des livres et du conte dans le territoire brabançon. Ses actions et projets veulent toucher à de nouvelles formes de cet art vivant qu'est le conte, et ce jusqu'aux formes littéraires les plus contemporaines. Mais comment rebondir quand une épidémie vous empêche d'être dans le vivant ? Le PointCulture Louvain-la-Neuve a posé trois questions à l'équipe de la Maison du Conte et de la Littérature en Brabant wallon. Émilie, Julie, Fanny, Claire et Marie nous parlent du projet Lalela, du super pouvoir des histoires, de leur ras-le-bol du terme "se réinventer" et de leur impatience d'être à nouveau dans l'humain et le vivant.

PointCulture LLN – Ces derniers mois ont parfois accentué la solitude de certaines personnes. Lalela, projet porté par la Maison du Conte et de la Littérature en Brabant wallon propose de briser l’isolement en donnant la possibilité d’offrir par téléphone des lectures, des contes, des chants, des slams, des mots pour réconforter. En ces temps de crise sanitaire, maintenir le lien est plus que nécessaire. Pouvez-vous expliquer en quelques mots le projet Lalela, sa genèse ?

Émilie Bertrand Le projet Lalela est né durant le premier confinement du mois de mars 2020. À ce moment-là, toutes nos activités ont été arrêtées net. Nous ne pouvions rester immobiles et avons décidé d’imaginer un projet qui puisse continuer notre action quotidienne de création de liens et de diffusion des arts du récit mais à distance, au travers du téléphone.
Le projet Lalela est donc né de ce constat et de cette envie mais également du projet Biblio-fil créé en France, qui nous a montré la voie.

La Maison du Conte et de la Littérature s’est associée avec Daphné Leclef et Laurent Develay (Lalela Cie), initiateurs du projet Lalela, pour réunir une dizaine d’artistes issus des arts du récit et de la parole. Tous ces artistes ont d’abord pris part au projet bénévolement avant que celui-ci ne prenne plus d’ampleur et obtienne un premier financement via le Centre culturel et la Province du Brabant wallon. D’autres partenaires montrent un intérêt et un engouement pour le projet, c’est le cas d’Article 27, qui en fait bénéficier des personnes isolées, âgées et encore plus éloignées de la culture. C’est aussi le cas d’autres CPAS comme ceux de Ramillies et Beauvechain qui, via les actions solidaires du plan de cohésion sociale, ont pu amener une contribution à Lalela. Fin de cette année, nous apprenons que le Centre culturel Jacques Franck et Conte en Balade veulent également soutenir ponctuellement le projet. Comme nous n’avions pas obtenu de financement via l’appel à projets « Un futur pour la culture » lancé par la Fédération Wallonie-Bruxelles, bénéficier de l’appui d’autres opérateurs culturels est bénéfique et porteur d’espoir face à un projet qui nous tient véritablement à cœur.

D’autres partenaires réguliers comme le Théâtre de la Parole à Bruxelles et Place aux Livres, service itinérant de la Lecture publique en Brabant wallon, contribuent également au projet en mettant des personnes de leurs équipes dans le projet. C’est aussi notre cas avec deux animatrices qui viennent en renfort des artistes afin de proposer le plus d’offres possibles de Lalela. Car la demande est bel et bien présente !

En effet, Lalela permet de recréer le lien intime entre une oreille attentive et une voix, entre un auditeur et un artiste au travers d’histoires au bout du fil. Il crée des bulles d’évasions littéraires pendant lesquelles les auditeurs s’évadent de leur quotidien et de l’isolement. Les artistes retrouvent le public qui leur manque tant en cette période. — Emilie Bertrand

Lalela s’adresse à tous les publics, des plus jeunes aux plus âgés, des familles aux personnes isolées, peu importe leur niveau socio-économique, le projet étant entièrement gratuit pour le public ! Alors n’hésitez plus, faites un tour sur le site www.lalela.art, offrez ou offrez-vous un Lalela. Décrochez votre téléphone et évadez-vous ! Sur la page Facebook dédiée au projet : Lalela, l’appel des mots, nous dévoilons les portraits des artistes et les témoignages des auditeurs et des artistes, autant de perles qui nous donnent l’envie de poursuivre.

Lalela

Lalela, des artistes au bout du fil

Adulte ou enfant, on a tous besoin de rêver, d’imaginer, peut-être davantage encore ces derniers temps. Les histoires permettent-elles le développement de cet imaginaire ? Quelles histoires développent votre imaginaire ?

Julie Gaudier – Oui évidemment ! Les histoires permettent le développement de l’imaginaire. Et ce, dès le début, dès notre petite enfance. C’est le super pouvoir des histoires. Celui de voyager, de se transformer, de devenir ce que l’on n’est pas, de découvrir le monde, de tenter de comprendre et de s’éveiller à ce qui nous entoure, de mettre des mots sur des sentiments, des émotions…

Entrer dans une histoire, c’est un cadeau et c’est possible à chaque âge. — Julie Gaudier

Il y en a plusieurs… J’aime particulièrement les histoires orales, celles qui se transmettent par la parole. Celles qui traversent les murs, les frontières, les temps.
Il y a les comptines, les « vire-oreilles », toutes ces mini-histoires de notre enfance qui jouent avec les mots et les sons.
Et puis les contes, histoires universelles bercées d’illusions fécondes. Le conte est reconnu aujourd’hui comme un art de la scène et des artistes contribuent à le faire vivre, à donner à voir ces histoires et à rendre le conte vivant ! Les contes sont des tissus de mots, de gestes, de mimiques et de silences. Les conteurs, des tisserands de la parole. Leurs mots nous touchent parce que raconter c’est parler avec un cœur qui bat.

Maison du conte et de la littérature BW

La saison 2020/21 est placée sous le signe de la révolte chez PointCulture. Et vous, quelle est votre révolte (en ce moment) ?

Fanny Cuypers, Claire Bastin & Marie Cuche À l’heure qu’il est, nous ne pouvons plus entendre le terme « se réinventer ». Il nous révolte ! Une des qualités du secteur culturel n’est-il pas d’être dans le créatif et l’imaginaire en permanence ?

Notre travail au quotidien est et doit rester dans le domaine des arts vivants. La crise que nous vivons a bousculé le sens de nos actions mais nous réalisons que, même empêchés de la présence de nos corps, l’oralité, les arts du récit, ont cette capacité à garder le lien ; preuve en est des projets que nous avons réussi à mener jusqu’ici. — Fanny Cuypers, Claire Bastin & Marie Cuche

Si nous avons pu rivaliser d’ingéniosité et d’imagination pour continuer à exister, nous avons cependant été désarçonnées par le manque de reconnaissance de la culture comme un bien essentiel. La situation actuelle a mis en lumière une méconnaissance de la réalité de notre terrain et un manque de réactivité de certains de nos décideurs. Nous sommes conscientes qu’un nouveau futur pour la Culture doit s’opérer mais, à l’heure actuelle, le point d’attention doit se focaliser sur une réponse au chaos présent et réduire les précarités inhérentes au secteur.

Ce temps aurait pu être mis à profit pour mutualiser les compétences, les savoir-faire d’acteurs culturels qui ont une véritable expertise ; pour mettre en place une nouvelle façon d’agir positive pour l’avenir, une solidarité intersectorielle. Dans l’urgence dans laquelle nous avons été précipitées, nous aurions aimé bénéficier de plus de confiance. Nous avons dû rebondir sans avoir eu de directives claires et précises (organisationnelles, financières).

Depuis le mois de mars, une course effrénée s’est engagée à activer des alternatives aux évènements empêchés. La Maison du Conte et de la Littérature n’a pas voulu répondre au « tout numérique ». Dans notre désir de continuer à travailler dans le respect du travail des artistes et des partenaires, nous privilégions ce temps pour un questionnement sur des formes qui nous permettent d’être encore dans le vivant tout en soignant la qualité et le sens.

En novembre, cette deuxième vague nous a frappées de plein fouet et nous a plongées encore plus dans un sentiment d’injustice. En effet, l’économie et la consommation ont été mises au premier plan au détriment du secteur culturel, le deuxième secteur le plus impacté.

Avec la Fédération des opérateurs du conte, Cont’acte, nous prenons le temps de la réflexion sur les formes que peut revêtir l’art que nous servons. Cette situation nous a conduites à nous réunir davantage afin de statuer sur les enjeux propres à notre secteur.

À notre sens, les foisonnements d’appels à projets et d’enveloppes budgétaires ne sont que des palliatifs ponctuels et précaires. Nous sommes demandeuses d’une véritable vision à long terme, de simplifications administratives dans toutes les démarches qui nous incombent et nous épuisent.

La révolte n’éteint pas notre passion ! — Fanny Cuypers, Claire Bastin & Marie Cuche

Au contraire, conscientes de la prépondérance de notre savoir-faire, de la place que prend notre mission de transmission des histoires, de notre volonté de soutenir les artistes de la parole, nous sommes encore plus déterminées à continuer et brûlons d’impatience d’être à nouveau dans l’HUMAIN et le VIVANT.


Merci à l'équipe de la Maison du Conte et de la Littérature en Brabant wallon :

  • Émilie Bertrand, chargée de communication et de relation avec les publics
  • Julie Gaudier, animatrice
  • Fanny Cuypers, chargée de projet
  • Claire Bastin, assistante administrative
  • Marie Cuche, coordinatrice

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