Compte Search Menu

Focus

« Libres ! » d'Ovidie et Diglee

libresb

féminisme, sexisme, bande dessinée, sexualité, journée des femmes, ovidie, diglee

publié le par Benoit Deuxant

La série s’appelle « Libres ! », parce que la réalité est tout autre. Malgré l’idée d’une libération sexuelle qui aurait débarrassé les femmes de l’oppression, leur vie est toujours aussi remplie de normes, de devoirs et d’interdits. Parue en papier en 2017, la bande dessinée d’Ovidie et Diglee se mue depuis janvier en mini-série animée pour Arte tv.

Adaptés à l’écran par Ovidie et Sophie-Marie Larrouy, ce sont quelques épisodes de quatre minutes qui ont été tirés de la bande dessinée originale. Chacun explore une question particulière liée au sexe ou plus largement au corps, mais la série s’attaque surtout aux idées reçues et aux impératifs diffusés par la culture populaire, la presse et… le porno. Outre les manuels médicaux, quelquefois eux-mêmes bien souvent misogynement à côté de la plaque, les sources d’informations sur la sexualité sont plutôt rares, peu fiables, et parfois biaisées, reflétant l’importance historique du contrôle de l’homme sur le corps des femmes, et la crainte que l’éducation des filles en ce domaine ne nuise à l’équilibre du monde.

Dans ces conditions, les questions sur la sexualité sont souvent filtrées par la sexualité des autres. Or, comme le rappelle un des épisodes de la série, en matière de sexe, tout le monde ment et les études et les statistiques ne sont pas d’une grande aide. Les hommes vont avoir tendance à surévaluer leurs performances là où au contraire la plupart des femmes interrogées minimisent certaines pratiques. Ainsi il est malaisé de savoir si les obsessions véhiculées par le porno sont tirées de la réalité ou si elles ont été créées par le porno lui-même. De même il est difficile de déterminer si les obligations et les conventions entourant le rapport au corps féminin sont des normes « naturelles » ou des standards imposés par la tradition et intériorisés par les femmes elles-mêmes. Les canons de beauté, de la taille au poids, de l’épilation aux effets de l’âge, règles pourtant fluctuantes à travers l’histoire, sont défendus par les hommes comme les femmes comme immuables, et servent à juger et stigmatiser toute déviance de l’ « idéal » féminin.

libres 3.jpg

« La seule certitude qu'il nous reste en matière de sexe : nous sommes les seules décisionnaires de ce que nous faisons de notre corps et rien ni personne ne devrait jamais nous dicter notre conduite. » — Ovidie

Le livre est une collaboration entre deux femmes d’horizons différents. Ovidie a débuté comme actrice porno avant de passer à la réalisation. Elle a cherché à développer une forme de pornographie féministe, rejetant à la fois l’hostilité des femmes progressistes concernant le genre et la misogynie souvent violente des producteurs masculins. Elle a ensuite écrit plusieurs livres et articles sur le sujet de la sexualité, mais aussi de la politique ou de la musique (comme sa biographie du groupe culte français Métal Urbain, publiée aux éditions du Camion Blanc). Diglee (Maureen Wingrove) a commencé par écrire et dessiner un blog (http://diglee.com/ ) dont elle a tiré plusieurs bandes dessinées. Elle a ensuite entamé une série de romans pour adolescentes intitulée Journal intime de Cléopâtre Wellington. Elle a également publié la bande dessinée Forever Bitch. Leur rencontre en 2017 a donné naissance à la BD Libres ! Manifeste pour s’affranchir des diktats sexuels, suivie en 2020 par Baiser après #Metoo. Lettres à nos amants foireux.

« Nous sommes submergés d’injonctions, d’idées reçues et de représentations ultra-normées. Stop aux diktats sexuels ! Avec Libres !, Ovidie et Sophie-Marie Larrouy proposent de faire ce qu’on veut, comme on veut et surtout uniquement si on veut. » — Arte

libres 2.jpg

La BD comme la série visent large et abordent les sujets les plus divers : le tabou des règles, la dictature de la minceur, la fascination des hommes pour la bisexualité (des femmes), le « mommy porn » de Cinquante nuances de Grey, la chirurgie esthétique, les statistiques et les attentes des uns et des autres. Qu’il s’agisse de sexualité ou du corps des femmes, les autrices ont une seule réponse : « Il faut nous foutre la paix ». Elles recommandent de sortir des complexes et de la culpabilité, et d’assumer qu’en la matière il n’y a pas de manuel ou de mode d’emploi. Les guides bien intentionnés n’ont généralement pour effet que de confiner les femmes dans les stéréotypes, de maintenir un conformisme compétitif, concept paradoxal qui les prive de la seule liberté qui leur manque, celle de disposer de leur corps à leur guise.
(Benoit Deuxant)

la série est disponible sur Arte tv jusqu'au 22/01/2024

Libres ! Manifeste pour s'affranchir des diktats sexuels, Ovidie, illustré par Diglee, Éditions Delcourt, 2017

Baiser après #Metoo, Ovidie, illustré par Diglee, Hachette / Marabulles, 2020

Classé dans