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Les métiers cachés de l'art numérique (5) : artiste de l’environnement

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Nous avons posé nos questions à Valérie Di Matteo du studio Appeal, qui pratique un métier très exigeant : artiste de l’environnement.

Thierry Moutoy (PointCulture) – Quelle est la formation pour devenir un artiste de l'environnement ? Quel est ton parcours ?

Valérie Di Matteo : Pour devenir artiste de l'environnement (ou artiste environnement 3D), il faut avant tout se montrer déterminé et curieux ! C'est un métier exigeant et en perpétuelle évolution. Un artiste environnement sait se montrer créatif et attentif aux détails. Il est réactif, rigoureux et sait travailler en équipe. Le métier couvre un large éventail de qualités à assimiler ainsi que divers outils et aspects, visuels comme techniques, à maîtriser.

Lorsqu'on est désireux d'apprendre les ficelles d'un métier avec autant de prérequis, on est en droit de se poser la question suivante : par où commencer ?

À une époque, je me suis posé la même question !

C'est à la Haute École Albert Jacquard de Namur que j'ai suivi une formation spécialisée et où j'ai obtenu mon bachelier en techniques graphiques. L'École permet de sensibiliser les étudiants aux nombreuses qualités requises pour exceller dans l'industrie. Elle offre aussi la possibilité de travailler sur des projets dans un contexte plus proche de celui des entreprises que des salles de classe conventionnelles.

Il existe également de nombreuses ressources et cours en ligne qui sont aujourd'hui disponibles et qui rendent l'apprentissage toujours plus accessible. Beaucoup d'entre eux permettent de bénéficier de conseils de la part de professionnels. C'est une excellente occasion d'élargir encore son panel de connaissances.

Notez que si la connaissance demeure un facteur clé, la pratique est au moins tout aussi importante ! C'est à force de s'entraîner, de faire des tests et des erreurs que l'on parvient à s'améliorer.

Dans un métier qui évolue sans cesse, il est indispensable de se mettre à l'épreuve et de continuer de s'instruire régulièrement, en complément du savoir et de la pratique accumulés durant les études. Au final, un artiste de l'environnement ne quitte jamais vraiment le statut d'étudiant... Chaque jour, j'apprends quelque chose de nouveau et c'est une des nombreuses raisons pour lesquelles j'apprécie autant ma profession.

Avant de commencer à travailler chez Appeal Studios, j'ai contribué à plusieurs projets dans une entreprise spécialisée dans la conception de simulateurs de train. En parallèle de mon travail, je passe également pas mal de temps à perfectionner mes compétences et explorer d'autres outils et méthodes de production, sans jamais oublier de respecter les contraintes techniques inhérentes à la création d'environnements pour du jeu vidéo.

Un artiste de l'environnement habille le décor imaginé par le level designer, sous les consignes du directeur artistique. Quelle est ta marge de manœuvre dans le processus de création ? Quelle est ta principale source d'inspiration ?

Lorsque je crée un environnement, je dois m'assurer qu'il respecte bien le design mis en place. Il doit permettre de guider aisément le joueur. Sur base d'une bonne documentation (concepts, blocking, références...), l'environnement va connaître plusieurs ajustements jusqu'à atteindre une version finalisée qui sera cohérente avec le reste du projet.

Pour y arriver, j'ai plusieurs tâches à accomplir : la création de modèles 3D, textures, collisions et autres ressources qui m'aideront à atteindre cette version finalisée.

Les inspirations majeures que j'utilise dépendent naturellement du projet sur lequel je travaille, de ses besoins et de sa direction artistique. Les concepts 2D créés par les concept artists sont bien sûr en tête de liste. Ils regroupent un ensemble d'idées très riches et variées auxquelles l'environnement 3D doit pouvoir donner vie. Suivant les projets, j'aime également m'inspirer de lieux connus, de films, de photographies... D'autres jeux vidéo à succès peuvent également constituer des références fiables.

Je dois aussi m'assurer que l'environnement respecte les contraintes techniques mises en place. Il se voit ainsi accorder un certain "budget" à ne pas dépasser. De la mémoire disponible au framerate, en passant par les limitations propres aux consoles, il existe de nombreux facteurs à prendre en compte pour réaliser un environnement optimisé, visuellement élaboré et immersif pour le joueur.

Mais la production d'environnements 3D, c'est avant tout un travail d'équipe ! Afin de m'assurer que l'environnement respecte bien les contraintes techniques et la direction artistique mise en place, je vais régulièrement me renseigner auprès des autres membres de l'équipe.

Enfin, la priorité reste bien sûr accordée au gameplay. Si l'environnement 3D est magnifique mais injouable, l'immersion du joueur sera rompue, et son expérience sera irrémédiablement mauvaise.

Combien de temps as-tu pris pour réaliser cette scène et avec quels outils ?

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Ce projet est un peu plus vieux que les autres et je ne m'en souviens plus exactement. Je pense que sa réalisation m'a pris entre un et deux mois de travail. Mon intention était surtout de développer mon sens du détail, qui heureusement s'est bien amélioré depuis !

La durée de conception de mes projets personnels peut varier suivant leur taille et leur objectif. L'important est que je puisse en retirer à chaque fois une note positive et un enrichissement de mes compétences.

Pour les outils, j'ai utilisé des logiciels que j'avais appris tantôt à l'école, tantôt par moi-même. Le standard ayant évolué depuis, il est très probable que j'utiliserais des outils plus récents si je devais un jour refaire une version améliorée de cette scène.

Ton top 3 des meilleurs environnements dans un jeu vidéo ?

De manière générale, un environnement qui restera longtemps mémorable à mes yeux doit avant tout être immersif et posséder une narration travaillée : il doit pouvoir raconter une histoire claire au joueur et le guider habilement vers son prochain objectif.

J'ai réussi à répertorier 3 jeux qui selon moi possèdent des environnements difficilement égalables et avec des qualités qui les rendent mémorables :

1) Metroid Prime (sortie en 2002 sur Gamecube) : mon jeu favori ! Il n'est certes plus tout jeune, mais il constitue une expérience toujours autant immersive, avec une ambiance qui lui est propre (pesante mais prenante) et des environnements très variés.

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2) Final Fantasy XII (la version originale, sortie en 2007 sur PlayStation 2) : une expérience inspirante qui offre la possibilité d'explorer un monde vaste et très riche. Le jeu est rempli de lieux notoires qui véhiculent chacun une histoire, une émotion et un contexte précis.

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3) Uncharted 4 : A Thief's End (sorti en 2016 Sur PlayStation 4) : un excellent exemple qui démontre une fois encore la capacité des jeux Naughty Dog à guider très subtilement mais efficacement le joueur vers un objectif, le tout sublimé par des environnements très soignés et détaillés.

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Pour en savoir plus : site de Valérie Di Matteo

Propos recueillis par Thierry Moutoy.

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