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Focus

Le système K, les shégués et le Congo futuriste

Système K
Les nouvelles musiques du Congo, produites par une génération qui poursuit la voie alternative des "tradimodernes".

Aujourd'hui, après le succès des tradimodernes à l’étranger, une nouvelle génération d’artistes congolais poursuit cette voie alternative, en marge du soukous et du ndombolo des anciens maîtres. La situation économique n’est toutefois pas meilleure que pour leurs prédécesseurs et tous ont recours au système D (ou au système K, de Kinshasa, qui a donné son nom au film du réalisateur Renaud Barret sur la flamboyante avant-garde bricolée de la ville).

Le musicien Jupiter Bokondji, leader du groupe Okwess International, base son discours sur la situation des enfants des rues et des shégués, les déshérités des ghettos congolais. Ce sont souvent des orphelins de la guerre, officiellement terminée depuis 2003, qui a fait depuis 1998 plus de 4 millions de morts. Selon lui, il n’y a plus rien à attendre des représentants de la tradition, qui ont ruiné le pays, et c’est sur cette jeunesse qui survit au jour le jour qu’il faut compter. Pour lui, la véritable richesse du pays, plus que l’or et les diamants, c’est la diversité et le dynamisme des musiques congolaises. Bien qu’il insiste sur la nécessité de connaître ses racines, ce n’est pas la tradition qui l’intéresse, mais les nouveaux rythmes, urbains, modernes, que l’on trouve dans une ville comme Kinshasa.

Personnage charismatique, il est l’inventeur du « bofenia rock », un genre qui veut représenter tous les Congolais, en puisant dans les traditions des 450 ethnies du pays. Il a participé, avec d’autres artistes comme Bokatola System ou Bebson De La Rue, au projet DRC music, lancé en 2011 par le musicien Damon Albarn pour le compte d’Oxfam Congo, et qui a donné naissance entre autres à l’album de collaborations Nord-Sud Kinshasa One Two. Ce disque confirmait l’intérêt pour la nouvelle scène alternative du pays.

Si les musiciens des générations précédentes regardaient l’Europe avec envie et rêvaient de partir à Paris, Londres ou Bruxelles, c’est aujourd’hui vers l’Afrique que les musiciens de la diaspora se tournent pour chercher l’inspiration. Après avoir servi de nombreuses années au sein du groupe de rap liégeois Starflam, Serge Tshiani, alias Baloji (« sorcier » ou « jeteur de sort » en swahili), démarre en 2007 une carrière solo avec l’album Hôtel Impala. Trois ans plus tard sortira Kinshasa Succursale, un disque à la fois novateur et ancré dans l’héritage des musiques congolaises, unissant rythmiques rumba, flow hip-hop, guitares fuzz et mbira (piano à pouce) électrifié. Son imagerie, ses vidéos, font de plus en plus appel à des artistes locaux comme le Cercle d’Art des Travailleurs de Plantation Congolaise (CATPC) de Lusanga ou le collectif Kongo Astronauts de Kinshasa. On retrouve également leur influence dans les vidéos et les costumes des groupes Kokoko! ou Mbongwana Star.

Ce dernier groupe a été formé par des anciens musiciens du groupe Staff Benda Bilili. Composé de six paraplégiques, victimes de la polio dans leur enfance, rassemblés autour de Ricky Likabu, doyen, fondateur et tête pensante du Staff, le groupe parcourt les rues et joue pour qui veut bien les écouter et les payer. Ils sont accompagnés de deux jeunes gens valides qui assurent la partie rythmique, de quelques shégués qui poussent leurs chaises roulantes et de deux très jeunes musiciens, shégués eux aussi, que le Staff a adoptés et pris sous son aile. Aujourd'hui, le Staff Benda Bilili a éclaté, une partie s’occupe à présent de l’ONG Benda Bilili, qui a pour objectif d’aider les shégués et les handicapés à s’insérer dans le monde du travail. Une autre partie continue la musique au sein d’une nouvelle formation, Mbongwana Star, co-produite par le musicien parisien Doctor L. Leur histoire est racontée dans le film (Benda Bilili!) que leur a consacré Renaud Barret et Florent de la Tullaye .




Texte: Benoit Deuxant

Crédit photo: image du film Système K de Renaud Barret

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