Compte Search Menu

Focus

Le Musée du petit format, trésor (caché) au cœur de la vallée de l’Eau noire

Wieslaw Haladaj, Pologne, Heaven, 2007, Linogravure.jpg

exposition, art, dessin, province de Namur, portrait, gravure, mail art, Musée du petit format

publié le par Alicia Hernandez-Dispaux

Dans une armoire à archives métallique d’environ deux mètres sur deux, 3500 œuvres venues du monde entier attendent sagement la prochaine occasion d’être exposées. Un trésor peu connu du grand public, qui ne demande pourtant qu’à être découvert.

L’incroyable nature au sud de la province de Namur reste l’un des principaux pôles d’attraction de la région. La vallée de l’Eau noire, où se situe le Musée du petit format, est en effet connue pour ses réserves naturelles et ses grottes. Ainsi, l’activité touristique est essentiellement tournée vers les richesses naturelles qu’offre la région. Comment contourner cette concurrence inéluctable dont pâti le secteur culturel dans cette zone rurale ? Et puis, comment appâter les habitants de la région qui semblent, pour la plupart, peu enclin à se déplacer au musée ? Depuis sa création, c’est sur toutes ces questions que le Musée du Petit Format concentre particulièrement son action. Le concept de ce « foyer culturel » (au sens propre du terme) est d’ailleurs né de ces diverses préoccupations.

Dès la fin des années septante, un petit groupe d’amateurs d’art s’active pour offrir à la population locale une fenêtre sur la création artistique. Malgré leurs tentatives pour dynamiser les alentours, peu de gens se déplacent pour découvrir les événements organisés.

Nadia Stavaux, alors présidente du syndicat d’initiative des Rièzes et Claude Lemaire, artiste couvinois décident de faire appel à Gabriel Belgeonne, graveur et professeur d’arts plastiques à l’Académie de Mons de l’époque. Cette collaboration signe le début d’une longue et fructueuse aventure qui se poursuit aujourd’hui. Gabriel Belgeonne, qui dispose d’un carnet d’adresses étoffé, leur met à disposition plus de deux cent adresses d’artistes.

L’idée simple et prodigieuse consiste à envoyer un courrier aux artistes afin de leur proposer d’envoyer une œuvre par la poste. — Alicia Hernandez-Dispaux

Cette pratique n’est pas nouvelle, elle apparaît dans les années soixante aux États-Unis et elle porte un nom : le mail art. Les contraintes liées à l’envoi postal posent les règles : un format d’œuvre qui rentre dans une enveloppe n’excédant pas le format A4 et une épaisseur limitée. Une grande majorité des artistes sollicités mordent à l’hameçon. Le Musée du petit format constitue ainsi la base de sa collection, ce qui lui permet de créer une biennale qui rencontre le succès escompté et continue d’exister à l’heure actuelle.

Il faut le préciser, ce qui fait la force de ce concept original est d’une part, la richesse de la collection qui compte des centaines d’artistes issus des quatre coins du globe, et d’autre part, la possibilité de pouvoir se déplacer facilement avec les œuvres d’art pour pouvoir les montrer et les analyser avec des publics variés. Si le Musée du petit format parcourt encore les routes de la région, poussant la porte des écoles, des associations de jeunes et des centres culturels, leur action se concentre maintenant davantage sur le petit espace muséal qui leur a été attribué dans le centre culturel de Nismes. Cela représente une difficulté pour le musée, dont l’essence se voit partiellement dénaturée, puisque c’était justement cette nécessité de rencontrer les publics qui avait poussé les porteurs du projet à penser le musée hors les murs.

Dominique Van den Bergh, Belgique, Tête 2, 2008, Lavis à l’encre de Chine.jpg

©Muséedupetitformat / Dominique Van den Bergh, Belgique, Tête 2, 2008, lavis à l’encre de Chine

Bien que de nombreuses animations soient encore proposées dans les écoles, le musée organise donc plusieurs événements en ses lieux. Jusqu’au mois de septembre par exemple, c’est le portrait qui est mis à l’honneur autour d’une exposition rassemblant une soixantaine d’œuvres dressant un tour d’horizon des réflexions et des nombreuses interrogations qu’a fait (et que fait encore) naître le genre du portrait dans l’art. Pour chacun des axes abordés, un petit groupe d’œuvres a été soigneusement choisi pour faire cheminer le visiteur à travers les diverses manières de travailler le visage et de le représenter. Ainsi, nous passons du portrait traditionnel au portrait suggéré, effacé ou encore du visage au masque en explorant une multiplicité de techniques caractéristiques du support papier tel que la gravure, le crayon, le "Bic", etc.

Lors de la visite, il est frappant de constater qu’inévitablement, le petit format invite au rapprochement du spectateur avec l’œuvre. C’est l’une de ses grandes spécificités. Sans cesse, nous sommes attirés à quelques centimètres de l’image pour pouvoir en scruter les moindres détails, analysant tantôt les traits laissés par l’outil qui a été employé pour façonner l’œuvre, tantôt la trace de la plaque qui a servi à l’impression de l’image.

Intime, le petit format invite au dialogue. — Alicia Hernandez-Dispaux

Il nous place dans un rapport d’égalité face à l’œuvre, il impressionne moins, sans jamais manquer de nous surprendre, ce qui le rend accessible et indispensable à la réception des pratiques artistiques contemporaines.


Alicia Hernandez-Dispaux

Image de bannière : ©Muséedupetitformat / Wieslaw Haladaj, Pologne, Heaven, 2007, linogravure



Exposition Portrait, dans l'intimité du visage

visible jusqu'au dimanche 1er septembre 2019

Musée du petit format
6, rue Bassidaine
5670 Nismes (Viroinval)

infos au 060/73.01.69

Classé dans