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Le bureau d'artistes (2) : Joséphine Kaeppelin

Joséphine Kaeppelin 3
Combien d’heures par jour un artiste consacre-t-il à sa production ? Et puis que fait-il au juste, comment et dans quelles conditions ? Est-ce que penser c’est travailler ? Existe-t-il un mode d’emploi ? Le bureau d’artistes donne la parole aux principaux concernés et les invite à lever le voile sur leur temps de travail.

Est-ce parce que les artistes n’ont pas de bureau qu’il est si difficile d’évaluer leur temps de travail ?

Le bureau dont Joséphine Kaeppelin nous parle aujourd'hui est plutôt mobile. L'artiste française installée à Bruxelles ne cesse de bouger pour créer. Pour ce deuxième bureau d'artistes, elle nous livre en quelques mots les cheminements qui accompagnent son travail plastique au quotidien. Jusqu'au premier décembre, son exposition « Que fais-tu dans la vie? » est visible au PointCulture Bruxelles.

- Quelle est votre méthode de travail (horaires, lieux etc.) pour entrer dans le processus de création artistique ? Concrètement, quelles sont vos techniques/astuces/rituels pour vous y mettre ? Ces méthodes sont-elles à réinventer à chaque nouveau projet ou y a-t-il une sorte de répétition, quelque chose qui reviendrait à chaque fois ?

Généralement, je travaille en journée à des horaires assez classiques. Il m’arrive aussi souvent de penser à un projet, d’avoir une idée à n’importe quel autre moment de la journée et de la nuit. Les pensées ne s’arrêtent pas une fois mon ordinateur éteint et mon bureau fermé.

J’observe beaucoup pour réfléchir. Une récente expérience de travail au sein d’une entreprise parmi des salariés m’a permis de réaliser que ce type de contexte est extrêmement propice à stimuler ma réflexion. Debout dans un couloir entre deux entretiens ou à la machine à café accoudé au rebord d’un mange debout : je travaille. Je dirais donc que je n’ai pas une technique particulière, si ce n’est de me mettre dans un contexte stimulant où je puisse observer, ou bien observer et agir.

- À quoi ressemble la période de gestation (la durée, votre état, votre ressenti etc.) précédant l’apparition d’une idée, d’une œuvre, d’un projet ? Y a-t-il un cycle dans votre processus de création, une périodicité ? Et après ? Faut-il un temps pour vous en remettre, pour vous y remettre et créer à nouveau, pour avoir du recul sur votre création ?

Les idées concernant les projets, je les note systématiquement sur un carnet ou sur une appli « bloc notes » sur mon GSM. Il est important qu’il y ait du temps (plusieurs semaines idéalement) entre la prise de note et la mise en œuvre de l’idée. Je relis, je réfléchis, je mets en question, je doute, je soupèse l’idée de nombreuses fois avant de décider de la réaliser.

Entre les projets, dernièrement, je n’ai pas le temps de m’arrêter. C’est fatiguant intellectuellement, mais c’est aussi intéressant de voir ce fil tendu sans relâche, observer comment on gère les projets les uns après les autres, différents, mais pourtant liés par une même recherche.

- À quel niveau considérez-vous que le temps de travail est un critère d’évaluation de la valeur d’une production artistique ?

C’est difficile de parler de temps de travail concernant les projets. Un projet va être l’aboutissement d’un certain nombre de jours de travail qui précèdent sa réalisation, mais il est aussi le résultat d’une recherche que je mène et qui s’étale dans le temps et continue après le projet en question.

À mon avis, le temps de travail n’est pas vraiment le bon critère pour évaluer une production artistique. Pour évaluer la valeur d’une telle production, je prendrais plutôt en considération l’ampleur de la recherche de l’artiste, son engagement, son investissement et sa sincérité.


Questions : Alicia Hernandez-Dispaux

Site web de l’artiste : http://www.josephinekaeppelin.com/

Joséphine Kaeppelin expose jusqu'au premier décembre au PointCulture Bruxelles.

Infos : cliquez-ici

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