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Focus

La politique des animaux sur le campus

cercle antispeciste ulb image
Rencontre avec Laurie et Tom, membres du Cercle antispéciste de l'ULB

Sommaire

Politique et cuisine

« –  Les idées reçues telles que le besoin de protéines animales ont la vie longue. Autant évacuer d’emblée ce qui se présente encore comme un obstacle pour beaucoup. — »

cercle antispeciste laurie et tom

Comment est né le Cercle antispéciste de l’ULB ?

Le cercle a été créé il y a plus de trois ans par un étudiant en philosophie. Il s’agissait au départ d’un groupe facebook assez large. Puis, il y a deux ans, l’envie est venue de se lancer dans  une action concrète. On a donc entrepris les démarches nécessaires pour obtenir une reconnaissance officielle. Dans la foulée, le noyau initial constitué de cet étudiant en philosophie et de ses amis s’est dissous. Ce départ a été entre autre motivé par l’orientation que prenait le cercle, une orientation sans doute moins politique que ne l’auraient souhaité ses fondateurs. Celle-ci s’inscrit encore pleinement dans la définition du cercle, baptisé pour cette raison cercle antispéciste plutôt que cercle végane. Mais il prend aussi désormais un tour plus convivial avec, notamment, la vente de pâtisseries. Aujourd’hui, le cercle compte quinze à vingt personnes. Avec une bonne diversité de disciplines : médecine, droit, anthropologie, communication, polytechnique, architecture, cinéma, biologie.

Quand avez-vous rejoint le cercle ?

On est arrivé plus ou moins au même moment, quand le groupe a commencé à se réunir pour organiser des événements. Avant cela on ne se connaissait pas.

Sur quoi se porte votre action ? Que faites-vous concrètement ?

On n’a pas encore énormément à notre actif. On a monté plusieurs stands d’information agrémentés de propositions culinaires, à l’ULB et dans quelques festivals. À côté de cela, des conférences ont été organisées sur l’alimentation végétale et sur l’expérimentation animale. Le volet nutrition peut ne pas sembler très politique, mais il est nécessaire. Les idées reçues telles que le besoin de protéines animales ont la vie longue. Autant évacuer d’emblée ce qui se présente encore comme un obstacle pour beaucoup.

Le succès de ces conférences vous a-t-il surpris ?

L. Oui, les conférences auxquelles j’ai pris part dans d’autres cercles n’ont jamais rassemblé autant de monde. Il y a trop peu d’événements de ce type à Bruxelles et la communauté végane est demandeuse. Notre public est de ce fait très diversifié…

Est-ce que cet afflux de personnes d’horizons divers ne vient pas brouiller votre intention initiale qui est de toucher la communauté des étudiants ?

On se réjouit de toucher des personnes extérieures. Notre regret porte plutôt sur le fait qu’il s’agit de personnes déjà convaincues. On s’adresse prioritairement à la communauté étudiante non sensibilisée à la question.

Antispécisme

« – Quand on prononce le mot antispécisme, les gens se demandent de quoi on parle. Expliquer de quoi il s’agit nous donne l’occasion d’aborder les choses en douceur. C’est bonne façon d’introduire le sujet du véganisme. — »

cercle antispeciste laurie

Pourquoi avez-vous choisi de mettre l’accent sur le terme « antispécisme » ?

L. Pour insister sur l’aspect politique.

T. Quand on prononce le mot antispécisme, les gens se demandent de quoi on parle. Expliquer de quoi il s’agit nous donne l’occasion d’aborder les choses en douceur. C’est bonne façon d’introduire le sujet du véganisme.

Est-ce à dire que le mot végane aurait pu agir comme un répulsif ?

L. Oui, il y a pas mal d’idées préconçues sur le véganisme. Mais les a priori touchent aussi l’antispécisme. Pour certains, le mot peut avoir une consonance agressive.

T. Parce qu’il y a anti dedans…

L. Pourtant il suffit de mettre le mot en parallèle avec d’autres termes comme antiracisme, antisexisme, pour comprendre que la négation n’est pas là où on le croit. C’est plutôt le sexisme et le racisme qui sont négatifs. Enfin, on voulait faire connaître le terme, contribuer à sa diffusion. Avant la publication du livre d’Aymeric Caron, l’antispécisme ne figurait pas dans le vocabulaire courant des médias.

Ce qui ne signifie pas qu’aujourd’hui le mot soit convenablement employé. Récemment, j’ai eu la surprise d’entendre à la radio une critique de cinéma prononcer à peu près cette phrase (à propos de l’héroïne du dernier film de Verhoeven) : c’est une antispéciste, elle préfère les animaux aux êtres humains.

L. Oui, cela concerne toutes les luttes sociales. La récupération est assez rapide. Pour le féminisme c’est la même chose. Les médias dominants reprennent le terme de façon péjorative, pour le vider de son sens, pour en présenter une caricature.

Cela fait partie des stratégies de défense qui se mettent en place. À ce propos, entretenez-vous une réflexion sur le fond et la forme de votre communication ?

C’est pour nous une réflexion constante. On veut que notre position soit claire. Dans le milieu de la défense des animaux, il y a d’une part ceux qu’on qualifie de welfaristes, qui revendiquent une amélioration des conditions d’élevage, et d’autre part les abolitionistes, qui réclament  la fermeture des abattoirs et plus largement, l’abolition de toute exploitation animale. Nous nous situons clairement dans ce second camp. Par conséquent, on ne cherche pas à établir des liens avec les associations welfaristes quand il s’agit d’organiser des événements ou de lancer des invitations. Plus généralement, la lutte antispéciste n’a pas toujours bonne presse. Ce qui nous force à bien penser notre communication.

De quelle façon négociez-vous ces difficultés ?

T. On se concentre sur le fait de partager des informations. Parce que les véganes, à tort ou à raison, sont souvent accusés de juger ceux qui ne le sont pas, de les culpabiliser. Alors nous, on communique sur des faits.  On dit : voilà ce qui se passe, voilà qu’elles sont les alternatives.

L. C’est vraiment pour nous une constante de rester sur une position de non-jugement. Pour nous, c’est l’exploitation animale qui est inacceptable. On veut se montrer accueillant, développer une convivialité autour des alternatives.

Quel retour rencontrez-vous au sein de la population étudiante et de la part des autorités de l’université ?

Parmi les étudiants d’abord, malgré quelques trolls les retours sont plutôt enthousiastes. La nourriture n’y est pas pour rien… Cela nous permet de démontrer qu’une alimentation végétale peut être aussi savoureuse sinon meilleure que la version conventionnelle. On reçoit aussi des demandes de collaborations de la part d’autres cercles. On a été interviewé par radiocampus. On nous demande conseil pour franchir le pas du véganisme. À côté de cela, on rencontre aussi beaucoup d’incompréhension. Le nom du cercle fait l’objet de blagues. Ou alors on nous donne l’étiquette de cercle qui s’occupe la cuisine et on passe pour être le service traiteur de la communauté.

Nos relations avec les autorités sont plus compliquées. Sur la question de l’expérimentation animale on a proposé deux événements. Le premier en collaboration avec Solvay, le second avec le président d’Antidote Europe, André Menache. Dans les deux cas nous avons été honorés de la présence d’un chercheur qui préside aux expérimentations à l’ULB spécialement venu pour semer le doute dans le public. Sur l’invitation d’André Menache, il a fait mine d’accepter de venir en débattre avec ses collègues dans un cadre structuré.  Par la suite il s’est malheureusement rétracté, ce qui est dommage car dans ce domaine-là, les échanges sont plutôt rares.

Et puis, après seulement un an de reconnaissance officielle du cercle, nous nous voyons contraints de ne plus nous référer à l’université dans notre dénomination. Nous devrions désormais nous appeler : cercle antispéciste. Nous ne sommes pas seuls à être visés par cette notification qui cible les cercles les plus politisés : cercle féministe,  cercle BDS (Boycott, Désinvestissement, Sanctions : milite pour le respect du droit international et le respect des droits de l'homme par Israël, en particulier le droit à l'autodétermination du peuple palestinien, le droit au retour des réfugiés et pour une paix juste), l’Union Syndicale Étudiante. Les autorités ont édicté une sorte de règle qui semble générale mais dans les faits, elle n’a été notifiée qu’à ces cercles-là, dont nous faisons partie.


Convergence des luttes : écologie et féminisme

« – L’ampleur de la problématique environnementale peut facilement mener au découragement ou au cynisme. Nous montrons qu’une solution est possible. Mais lorsque seule la santé ou l’écologie sont prises en compte, il n’y a aucune raison de se passer totalement de viande. Elle peut figurer au menu de façon exceptionnelle sans contredire ces modes de pensée. Ce qui n’est pas tenable d’un point de vue éthique. Là, c’est avant tout la mise à mort d’un être sensible qui pose problème. Chaque vie compte.  — »

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Quels rapports entretenez-vous avec d’autres cercles, par exemple, quand on parle de convergence des luttes, ceux qu’on rapproche le plus souvent de l’antispécisme : féminisme, antiracisme, écologie? Avez-vous songé à monter des événements communs ?

L. Effectivement, on est assez proches de pas mal de cercles dits « de gauche ». Par ailleurs, beaucoup de nos membres figurent dans plusieurs cercles. Par exemple le cercle féministe, dans lequel je me retrouve avec d’autres personnes du cercle antispéciste. Je ne dirais pas qu’on a des bonnes relations avec le cercle d’écologie…

T. Non, du moins par pour l’instant. Enfin ça dépend : certains d’entre eux sont déjà sensibilisés à la cause animale, on trouve quelques végétariens. Ceux-là savent bien que l’élevage joue un rôle essentiel dans le réchauffement climatique.

L. Mais cela, ils ne le mettent pas suffisamment en avant. Néanmoins on projette de faire plus d’événements ensemble.

Quelle est donc la place de l’écologie dans les discussions du cercle antispéciste ?

T. Les animaux bien sûr sont au premier rang de nos préoccupations. Viennent ensuite l’environnement et la santé. Les trois aspects nous intéressent de toute façon, et ils sont interconnectés.

L. Je pense qu’on se sent tous concernés par la question de l’environnement. Cependant il est clair que le cercle antispéciste met la priorité sur les animaux. C’est bien sa raison d’être. Le problème, quand on parle d’écologie, c’est qu’on en vient avec des recommandations du type : réduire sa consommation de viande, ou des expressions comme pêche durable, etc. Ce point de vue-là est pour nous inacceptable. L’écologie est un argument supplémentaire pour arrêter l’exploitation des animaux mais à elle seule elle ne suffit pas à ce qu’ils soient pris en considération. Nous prenons en compte les animaux comme des individus là où l’écologie ne s’intéresse qu’aux espèces. L’antispéciste porte un argument éthique qui se suffit à lui-même.

T. D’un point de vue pratique, l’argument écologique est un argument qui peut peser lourd. L’ampleur de la problématique environnementale peut facilement mener au découragement ou au cynisme. Nous montrons qu’une solution est possible. Mais lorsque seule la santé ou l’écologie sont prises en compte, il n’y a aucune raison de se passer totalement de viande. Elle peut figurer au menu de façon exceptionnelle sans contredire ces modes de pensée. Ce qui n’est pas tenable d’un point de vue éthique. Là, c’est avant tout la mise à mort d’un être sensible qui pose problème. Chaque vie compte.

Parlons des liens avec le cercle féministe. Vous dites que beaucoup de vos membres sont également féministes. Vous savez que les mouvements animalistes sont majoritairement féminins ?

Oui, c’est le cas chez nous aussi. Quelque part, ce fait se retrouve au centre des études de genre. On parle de conditionnement sexiste, d’éducation à la masculinité. La consommation de viande renvoie à une image de la virilité. On le voit très bien dans les pubs Jupiler, « les hommes savent pourquoi », la masculinité est souvent associée à la bière et aux barbecues. Aux femmes, on recommande de manger de la salade pour rester minces.

Il y a un livre qui traite spécifiquement de cette question et qui vient d’être traduit en français : La Politique sexuelle de la viande, de Carol J. Adams.

Je n’ai pas lu ce livre mais je dois dire que je suis assez sceptique quant au fait de considérer l’exploitation des femelles comme une sorte de prolongation du sexisme.

Par ailleurs, s’il est vrai que les véganes sont majoritairement des femmes, en revanche les porte-parole de ces mouvements sont le plus souvent des hommes blancs. Leur statut peut les conduire à user d’un certain vocabulaire de façon inconsidérée, ou pour choquer. Ainsi, je ne rejoins pas ceux qui introduisent dans la critique de l’exploitation animale les termes de viol ou d’holocauste. Les contextes  sont trop éloignés pour que leur rapprochement ne puisse faire sens, sans compter que venir cela peut heurter la sensibilité de certains. En fin de compte l’emploi de ces termes peut s’avérer contreproductif.

T. Cela rejoint la question sur le fond et la forme : notre position ne nous permet pas de faire usage de certaines comparaisons, quand bien même elles auraient un fond de pertinence.

L. Ceci s’applique aussi à l’analogie qui a cours entre l’exploitation animale et l’esclavagisme. Il faut entendre les personnes racisées de notre cercle qui la contestent. D’autant que le danger avec ces comparaisons, c’est de vider les termes de leur sens. Encore une fois, l’horreur de l’exploitation animale est telle qu’elle se passe très bien de comparaison. Les faits parlent pour eux-mêmes.

Devenir végane

« – Il faut du temps, il y a un déclic qui doit se produire pour comprendre ce que signifie profondément le fait de consommer de la viande. — »

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On en revient à vous. Quel a été votre cheminement dans ces questions ? véganisme, militantisme ?

T. Il y a encore trois-quatre ans, je ne connaissais même pas le terme végane. Les chiens, les chats avaient toute ma sympathie mais ça s’arrêtait là. J’avais un ami végétarien dont il m’arrivait de me moquer (ce que je regrette aujourd’hui). Puis à l’école, on nous a demandé de présenter un essai philosophique. Comme je manquais d’idée, ma mère m’a offert le livre de Jonathan Safran Foer, Faut-il manger desanimaux ? Au fur et à mesure de ma lecture je me suis rendu compte qu’il allait falloir que je change ma façon de me nourrir. J’ai fini le livre un peu avant le nouvel an, ce qui a fixé la date de mon entrée dans le végétarisme. Très vite pourtant je me suis rendu compte que les problèmes que posait l’industrie de la viande se retrouvaient aussi dans la production de produits dérivés, le lait, les œufs… Par conséquent cinq ou six mois plus tard je suis devenu végane. Cela va faire maintenant trois ans. Entre-temps s’est imposée à moi la nécessité d’informer, de diffuser de l’information sur la condition animale.

L. Quant à moi je suis devenue végétarienne à l’âge de quatorze ans. Presque sur un coup de tête. J’ai vu une affiche de PETA « Devenez végétariens » et je me suis dit : « Ah oui, pourquoi pas. » J’ai tout de même continué à manger du poisson pendant quelques années. Je ne me souciais pas particulièrement des animaux, le terme antispécisme m’était inconnu, je ne comprends pas vraiment ce qui m’a pris à l’époque. Par la suite, j’ai commencé à m’informer sur la question et j’ai été confortée dans mon choix. Surtout pour des raisons écologiques d’ailleurs. Dans la foulée je me suis mise à suivre des blogs véganes et c’est eux qui m’ont convaincue d’aller un pas plus loin et de devenir moi-même végane. C’était par souci de cohérence mais j’y suis allée très progressivement, en supprimant une chose après l’autre. Paradoxalement, mes parents m’ont moins reproché cette étape-là que mes premiers pas dans le végétarisme.

T. Au début ma mère est devenue végétarienne avec moi puis ensuite végane. Mais petit à petit elle en est revenue. Elle n’en reste pas moins convaincue de la justesse de cette décision.

Votre regard sur le monde, la société, les animaux… a-t-il évolué depuis que vous avez cessé de les consommer ?

L. Eh bien oui puisque j’ai fait le chemin inverse. Je suis partie de la pratique pour en arriver à la théorie. À l’heure où j’ai commencé ma transition vers le véganisme, je choisissais de devenir végane, je n’étais pas totalement convaincue par l’antispécisme.

T. Tu es devenue végane par précaution.

L. Voilà, oui. Il faut du temps, il y a un déclic qui doit se produire pour comprendre ce que signifie profondément le fait de consommer de la viande. Tant que le déclic ne s’est pas produit, tout cela reste abstrait. La question de la responsabilité a aussi pris beaucoup d’importance à mes yeux. Une question qui avait été amenée par un cours de philosophie morale que je suivais à l’époque de ma transition vers le véganisme.

T. Cette question de la responsabilité me travaille aussi. L’idée que l’on vote en premier lieu avec son argent. Et puis ma vision a changé. Un steak, un burger, ce n’est plus comme avant pour moi, seulement de la nourriture, ce sont des morceaux de cadavre. Même chose pour le lait et les œufs. Le contraste entre la réalité de ces productions et l’image qu’elles se donnent est révoltant.

L. Dans notre rapport au monde, il y a la prise de conscience du mensonge dans lequel on évolue. Cela parle aussi à mon engagement féministe. Preuve en est les remarques stéréotypées qu’on nous oppose : le cri de la carotte, le lion mange la gazelle… Ces messages se retrouvent dans toutes les bouches, les gens s’en saisissent sans même véritablement y réfléchir, c’est comme une sorte de réflexe appris. Les recommandations alimentaires officielles ne valent pas mieux lorsqu’on sait qu’elles sont édictées sous l’influence des grands groupes agro-alimentaires. Même sur les serviettes de Sodexo [le restaurant universitaire], on retrouve une incitation à consommer des produits laitiers pour avoir des os solides. Avec un tel matraquage, les gens restent persuadés, par exemple, qu’il y a un lien direct entre la solidité des os et la consommation de produits laitiers. Alors que l’inverse a été démontré.

T. Pour en revenir à ce que le choix du véganisme a changé dans mon rapport au monde, je dirais que, avec les liens que la fréquentation du cercle m’a permis de nouer, cela m’a aussi sensibilisé aux autres luttes sociales : antiracisme, antifascisme et surtout féminisme. J’ai profondément évolué…

Quel est votre canal d’information privilégié : les livres ou les vidéos ? Lesquels ?

L. Des livres oui, j’en ai lu pas mal. Jonathan Safran Foer en revanche ne m’a pas convaincue. Il me faut des arguments plus solides, quelque chose de plus rationnel. JSF se contente de décrire ce qui se passe dans l’élevage, dans les abattoirs, ce n’est pas ce que je recherche. Je vais plutôt puiser mes ressources du côté des blogs militants. Par exemple Les questions composent, blog tenu par Lauren Plume, qui traite à la fois de féminisme et d’antispécisme. Insolente veggie me plaît aussi.

Des personnalités fortes

L. Là-dessus ont est d’accord. Pour le reste, il s’agit de blogs tumblr, ça fonctionne plutôt en réseau.

T. Sur l’aspect santé, Le Rapport Campbell (The China Study) m’a beaucoup marqué. Le livre fait le lien entre la consommation de produits animaux et la prévalence de certaines maladies (cancers, diabète, maladies auto-immunes, ostéoporose, etc.)

L. Des données reprises dans le documentaire Forks over knives [La Santé est dans l’assiette, Lee Fulkerson, 2011 : à voir en streaming sur le site de Végétik]. Très pragmatique, il m’a beaucoup intéressée celui-là.

T. Sur le thème de l’écologie, je recommande aussi Cowspiracy (Kip, Andersen, 2014). Je suis aussi abonné à de nombreuses chaînes youtube qui traitent de ce sujet. Par exemple Bite Size vegan, une chaîne extrêmement bien documentée axée sur l’éducation : des informations livrées sans jugement. Certaines d’entre elles s’adressent même directement aux enfants.

Seriez-vous d’accord avec Sébastien Arsac de l’association désormais bien connue L214 pour dire que vous militez pour un monde plus doux ?

L. Je ne sais pas si on l’entend dans le même sens mais je pense être d’accord. Ca rejoint la question de la convergence des luttes. On me demande parfois quel lien il peut y avoir entre l’antispécisme, le féminisme et l’anticapitalisme. Pour moi il s’agit de la place qu’on accorde à la violence dans notre société. Pour prendre un exemple concret, ce sont les personnes les plus précarisées qu’on emploie dans les abattoirs. On observe chez elles un taux plus élevé de violence domestique, d’anxiété, de dépression, de consommation d’alcool, etc. Personne ne peut sans dommage faire de tuer son métier. C’est destructeur. On demande à ces personnes de se désensibiliser, d’aller à l’encontre d’un comportement sain vis-à-vis d’autrui qui n’est autre que l’empathie. Ceci a forcément un impact sur la façon dont ces personnes vont interagir avec les autres en société.

T. On lutte pour un monde avec moins de violence, et cela concerne aussi bien les animaux humains que les animaux non humains.

L. Et au-delà des clichés inhérents à la vision éthique (« on veut la paix dans le monde »), c’est un souhait très pragmatique. On ne peut pas croire que la violence pratiquée en un endroit ne va pas contaminer le reste. La violence qui s’exerce contre les animaux a un impact sur les humains.

T. C’est d’ailleurs ainsi qu’on repère les enfants à problèmes : des comportements cruels envers les animaux présagent d’une plus grande violence ultérieure.

L. Et c’est un grand paradoxe de notre société d’épingler ces signes chez un enfant vu la façon dont les animaux sont traités par ailleurs.

 


Propos recueillis par Catherine De Poortere


À l'heure actuelle, Laurie est toujours étudiante en droit tandis que Tom a choisi de s'intéresser à la psychologie.

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