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Focus

Interview de Zoe Boekbinder (3) : racisme et politique

Zoe Boekbinder
Pour clôturer la trilogie d’interviews, dans ce troisième chapitre, Zoe Boekbinder nous parle de racisme, de politique, d’élections américaines et de privilège blanc, sans pour autant sombrer dans la tristesse. Dans un esprit vif, avec des collaborations artistiques et des solutions motivantes, Zoe parvient à transmettre des messages aussi critiques qu’enthousiastes !

- PointCulture : À côté de la musique, un de tes grands talents est la création vidéo. Récemment tu as réalisé et monté le clip pour la chanson « Do or Die » d’Ani DiFranco. Quel est le message principal derrière cette chanson et la vidéo ?

- Zoe Boekbinder : La chanson parle du racisme systémique. Ani chante sur le « KKK sans voile » sur la Pennsylvania Ave, rue où se trouve la Maison Blanche. La chanson traite de l’épuisement et du désespoir et comment nous devons surmonter et nous souvenir de notre puissance intérieure – puissance qu’ils veulent qu’on oublie – afin de créer un changement. Elle a publié la vidéo juste avant l’élection. Nous avons collaboré avec une troupe de danse à la Nouvelle-Orléans. La plupart des danseur·euse·s étaient des jeunes noirs. Nous avons fabriqué des pancartes et des banderoles ensemble et ils les ont portées dans la vidéo.

« Dans la dernière séquence de la vidéo on voit un lieu commémoratif pour les personnes noires tuées par la police. Nous avons voulu communiquer cette noirceur et cette urgence mais aussi encourager et donner de l’espoir et de l’énergie. Je pense que cette vidéo est vraiment joyeuse. Je suis fier·ère du résultat. » — Zoe Boekbinder

- Selon les chiffres du Pew Research Center, la participation des personnes afro-américaines aux élections de 2016 était inférieure à 60%. Pour les descendants hispaniques ou asiatiques, c’est même moins de 50%. Pourquoi penses-tu que les gens abandonnent ? Qu’est-ce qui peut motiver les gens à aller voter ?

- Ce n’est pas surprenant que les personnes à peau noire et brune ont perdu la foi dans le système qui a été fait pour les opprimer. Mais les chiffres sont en train de changer, probablement parce que nous avons vu quelque chose de terrifiant avec le dernier président. Nous avons maintenant des chiffres record quant aux personnes à peau noire et brune au gouvernement et j’espère que ça nous rapprochera de la fin du racisme systémique.

- Qu’attends-tu du nouveau président Joe Biden ? Qu’est-ce qui va changer en termes de racisme et justice sociale sous cette nouvelle présidence selon toi ?

- Je suis plus enthousiaste par rapport à d’autres députés et gouvernements élus. Biden semble plutôt être un statu quo. C’est un autre homme blanc riche avec une histoire d’élections sordide. Il était contre les écoles d’intégration pendant les années 1970 et contre le mariage gay dans les années 1980. Je pense qu’il savait comment se présenter pour gagner. Harris était une procureure sévère contre le crime, du coup je n’ai pas beaucoup d’espoir pour elle non plus. Cela dit, Biden a déjà fait pas mal de changements. J’espère qu’il continuera de prioriser les gens et l’environnement. Nous allons lui mettre la pression pour qu’il le fasse.

- Ce n’est pas toujours simple pour des personnes blanches de reconnaitre leurs privilèges. Pourquoi est-il si important pour toi de déconstruire tes propres privilèges ?

- Je ne suis pas toujours fort·e pour ça. C’est un travail à long terme. Bien sûr, il y a des situations dans lesquelles je suis aussi opprimé·e parce que je suis queer alors que les gens me perçoivent comme une femme, mais ma blancheur m’apporte beaucoup de sécurité et des accès qui sont refusés aux personnes de couleur noire ou brune aux USA. C’est compliqué de répondre à une interview en étant une des rares personnes blanches ayant contribué à ce projet… le voilà mon privilège.

« Je ne pense pas qu’il y aura un changement significatif dans les structures de pouvoir de ce pays. La transformation nécessaire pour arrêter le racisme ne va pas se faire du haut vers le bas. Elle doit commencer par nous. Celleux parmi nous qui ont l’accès doivent le partager avec celleux qui ne l’ont pas. Reconnaitre mon privilège est crucial pour que je puisse le partager. » — Zoe Boekbinder


Guidé·e par ses convictions sociales et politiques, Zoe a repris et adapté une petite leçon antiraciste qu’elle a publiée sur sa page facebook . Il s’agit d’un « Guide du privilège blanc » . À l’origine, ce petit manuel coloré et ludique est une création de l’artiste Courtney Ahn qui a pour habitude d’exprimer son engagement antiraciste dans des illustrations didactiques et vivantes. Pour découvrir l’univers de Courtney Ahn, rdv sur son site web

Voici la version de Zoe Boekbinder :

Le privilège blanc ne veut pas dire que ta vie n’a pas été dure. Ça veut dire que la teinte de ta peau ne fait pas partie des choses qui la rendent plus difficile.

Il y a plein d’autres privilèges :

- Socio-économique

- Masculin

- Hétérosexuel

- Cisgenre

- Chrétien

- Physiquement valide

(Mais le privilège blanc est probablement le plus persistant à travers l’Histoire)

Le privilège blanc se nourrit à la fois du racisme historique et endurant, des préjugés, et des pratiques conçues pour opprimer des personnes de couleur.

Le privilège blanc signifie que tu bénéficies activement de l’oppression des personnes de couleur.

Le racisme systémique existe à chaque niveau de la société :

- Les Noirs américains sont 30% plus susceptibles d'être contrôlés par la police

- La chance qu’un étudiant noir se fasse renvoyer est 3x plus grande

- Les Américains noirs composent 40% des prisonniers

- Les femmes noires ont 4x plus de chance de mourir pendant un accouchement

- Des jeunes diplômés noirs ont 2x plus de chance de devenir chômeurs

-

Que devrais-tu faire avec ton privilège blanc ?

- Enseigne aux autres personnes blanches les barrières au succès des personnes de couleur

- Écoute et amplifie les voix des PDC

- Sois plus que “pas raciste”, sois activement “antiraciste”

- Fais face aux injustices raciales, même si ce n’est pas confortable


Interview (par e-mail) : Roxana Černický et Pierre-Charles Offergeld

Bandcamp de Zoe Boekbinder https://zoeboekbinder.bandcamp.com/

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