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Focus

Le collectif Wander

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Créer sa compagnie, avoir sa propre asbl, en arts de la scène, cela va généralement de pair avec les premières demandes de subventions, que l'on soit metteur·se en scène ou un collectif. Et si on encourage à la mutualisation, c'est surtout en termes de logistique, d'administration…

Sommaire

À l’heure où de nombreux collectifs voient le jour tant dans les arts de la scène qu’en arts plastiques, notamment, il est important de penser à comment construire ses outils de travail. Formées au Conservatoire Royal de Mons, Lorette Moreau, proche de l’Amicale de production (coopérative d’artistes), et Céline Estenne aiment s'aventurer hors des chantiers battus surtout en matière de création. Quand il s'est agi de mettre sur pied une structure pour faciliter les demandes de subvention, elles ont réfléchi à comment aujourd'hui cet objet administratif pouvait trouver une autre dynamique, comment en faire un objet politique engagé. Et elles ont décidé de rassembler des femmes de divers champs artistiques et esthétiques. Pendant deux ans, elles ont cheminé pour créer Wander, un cadre pour expérimenter, établir les besoins, les manques et les rêves de chacune. Les voilà à huit pour fabriquer des points d’appui, travailler en complémentarité et horizontalité et accompagner au mieux les projets de chacune.

Ce besoin de mise en commun répond aussi aux rapports de force et de compétition auxquels sont confrontés les artistes.

« Nous avons voulu rassembler nos forces individuelles pour produire du collectif dans nos pratiques et travailler notre ancrage dans nos esthétiques et dans le monde. Wander est un objet expérimental et politique, précise Salomé Richard, actrice et cinéaste. C’est une structure coopérante et malléable, ajoute Clara Thomine, performeuse, plasticienne et youtubeuse. Un girlsclub alors qu’il y a tant de boysclubs ! Ensemble, nous pouvons penser nos pratiques, rassembler nos connaissances, nos réseaux. » — Le Collectif Wander

Elles ont réfléchi à la forme de leur structure, hésité entre la coopérative et l’asbl, écrit les statuts et ont choisi les personnes qui vont en être les administratrices. « Pour les prises de décision, nous utilisons des outils d’intelligence collective. Il existe des méthodes qui permettent de mieux s’écouter et d’inventer collectivement. J’ai l’espoir que transformer la manière d’être ensemble ouvre la porte à un monde plus joyeux et plus doux » ajoute Anna Czapski, qui élabore des randonnées exploratoires déconstructivistes, planche sur la futurologie au Kask (Gand). « J’ai l’impression de ne plus être seule dans le travail. Wander, c’est comme un couteau suisse ! Nous rassemblons huit horizons différents et le regard de chacune enrichit nos pratiques, résume Amel Benaïssa, chanteuse, compositrice, autrice, actrice qui fignole un spectacle-concert piano-voix, en écriture d’une comédie musicale et qui enseigne dans l’atelier intergénérationnel du Théâtre Océan Nord.

Si la Wander structure s’est bâtie sur la bienveillance, le collectif n’a pas, du moins dans un premier temps, projeté de quelque chose ensemble mais bien la création de commun dans l’entraide, le regard, le partage… » Il en ressort une émulation artistique. Nous nous enrichissons mutuellement, nous partageons nos réflexions dramaturgiques », poursuit Boriana Todorova, comédienne, performeuse dont les créations lient objets, paroles et actions. Vivant entre Berlin et Bruxelles, Sophie Guisset, danseuse et performeuse, aborde l’intime, la sexualité dans ses travaux et vient de commencer un cycle de résidence pour projet autour du tennis et des backrooms : « c’est excitant d’inventer nos collaborations, nous sommes comme un comité de cheerleaders sans hiérarchie. »

Wander est une construction rhizomatique qui s’invente au fur et à mesure des désirs et des aventures, un espace de discussion sur les modes et temps de production, un laboratoire pour des formes transversales, des objets scéniques qui s’échappent des cadres.

Le Collectif Wander, c'est 8 têtes !

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