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Code and Fly to the Moon : 3 questions à Loubna Azghoud

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Quelle place les femmes occupent-elles dans le numérique ? Comment peuvent-elles s'y rendre plus présentes ? Pour la troisième année consécutive, le Women Code Festival s'intéresse à l'avenir de la tech au féminin.
Il ne s’agit pas juste de vouloir engager plus de femmes, il faut pouvoir créer un environnement favorable à leur inclusion. — Loubna Azghoud

PointCulture : Loubna Azghoud, vous êtes coordinatrice de 1819-Women in Tech.Brussels, et coordinatrice du Women Code Festival. Comment le projet s’est-il monté ? Quels sont ses objectifs ?

Loubna Azghoud : Women in Tech.Brussels est le résultat d’une politique d’égalité de genre voulue dans la stratégie du plan digital de la Région bruxelloise, BeDigital, et le résultat d’une des 20 mesures du Plan NextTech. L'objectif est de promouvoir la formation au code et aux études STEM (Science, Technology, Engineering et Mathematics) auprès des jeunes filles et des femmes ainsi que de les soutenir dans la création et le développement de startup et, plus généralement, augmenter la présence féminine dans l’industrie high tech. Cette mission a été confiée au service 1819, déjà en charge de la sensibilisation du public féminin. Women in Tech.Brussels est donc l’outil qui a été créé pour mener cette politique sur le terrain.

Premier écosystème de ce genre en Europe, il rassemble les secteurs public et privé autour d’objectifs communs. Une trentaine de partenaires se mobilisent pour co-construire des actions positives pour les femmes et les jeunes filles et ainsi augmenter la mixité dans le secteur technologique.

-Si les métiers qui engagent des compétences numériques attirent un public féminin, la répartitions des emplois entre hommes et femmes reste très genrée. On retrouve les femmes en majorité dans les départements de marketing et de communication ou aux ressources humaines tandis qu’elles sont peu nombreuses à fonder leur propre entreprise, à occuper des postes de codeuses, de gestionnaires de projets. De même, elles se font rares sur le terrain de la cyber sécurité. Quelles sont, pour le monde du travail, et en particulier dans le secteur de l’informatique, les conséquences d’une telle désaffection ?

Loubna Azghoud : D’après la dernière étude de l’IBSA et d’Innoviris, seuls 8% des étudiants en sciences informatiques dans les écoles supérieures bruxelloises sont des femmes. Dans les écoles de code, on oscille entre 0,3% à 15% d’étudiantes. Des études montrent également que les femmes se retrouvent dans les réseaux sociaux et emploient des technologies simples. En revanche, dès que la technicité augmente, elles se sont plus rares.

Le manque de femmes sur le marché de l’emploi dans le secteur technologique est un problème mondial, il ne s’agit pas juste de vouloir diversifier le secteur de la tech mais bien d’offrir aux femmes les mêmes opportunités économiques que les hommes. Ceci doit pouvoir s’inscrire dans une politique économique et d’égalité des chances pour tou.te.s.

Aujourd’hui, nombre de logiciels sont créés par des équipes exclusivement masculines souvent sorties des mêmes écoles et venant des mêmes régions. On ne peut créer d’innovation globalisée avec pour seule vision celle d’une petite représentation de la population mondiale. Le monde de demain a non seulement besoin de la vision des femmes mais aussi de celle des autres cultures. La mixité des équipes est essentielle à la construction d’un monde démocratique et égalitaire. — Loubna Azghoud

La quatrième révolution industrielle construit un monde où notre quotidien est de plus en plus soumis à l’automatisation et à l’intelligence artificielle. Ce monde ne peut se construire sans les femmes ! Leurs compétences, leur vision de la vie et leur créativité sont essentielles dans la création d’un monde égalitaire, d’un point de vue tant économique que social. Aujourd’hui, nombre de logiciels sont créés par des équipes exclusivement masculines souvent sorties des mêmes écoles et venant des mêmes régions. On ne peut créer d’innovation globalisée avec pour seule vision celle d’une petite représentation de la population mondiale. Le monde de demain a non seulement besoin de la vision des femmes mais aussi de celle des autres cultures. La mixité des équipes est essentielle à la construction d’un monde démocratique et égalitaire.

-Le programme du festival comporte la projection d’un documentaire, Bias de Robin Hauser. À quels préjugés les femmes peuvent-elles se trouver confrontées lorsqu’elles entrent dans l’univers de la tech, et jusqu’à quel point ceux-ci peuvent-ils constituer un frein dans l’accession à certains emplois ? Relèvent-ils du pur fantasme, auquel cas leur effet serait dissuasif, l’idée d’être mal accueillies retenant les femmes de s’engager sur certaines voies professionnelles, ou expriment-ils la réalité d’un système misogyne ?

Loubna Azghoud : Avec le Women Code Festival, nous souhaitons démystifier la technologie et l’innovation auprès du public féminin. C’est aussi un moment que nous prenons avec nos partenaires pour poser le débat et mettre en lumière des problématiques afin d’y sensibiliser le grand public. La projection du film « Bias » permet de lancer le débat des biais inconscients, qui vont au-delà des préjugés et stéréotypes nommables et reconnaissables. Il fait appel aux neurosciences pour pouvoir les détecter et travailler à sortir de nos croyances limitantes, qu’elles soient sexistes ou racistes. Ces biais cognitifs sont le résultat de notre éducation et des images que nous renvoie la société. Ils induisent chez l’être humain des comportements parfois contradictoires.

En creusant, on apprend que l’histoire de la tech est aussi une histoire de femmes, que le premier algorithme a été créé par une femme au 19e siècle, Ada Lovelace, et que le logiciel embarqué à bord de la fusée Appolo 11 a été créé sous la direction d’une femme, Margaret Hamilton. — Loubna Azghoud

Tous ces biais ou préjugés présents dans le secteur de la technologie ne sont pas anodins, ils résultent aussi d’une culture bien particulière qui a été diffusée largement par l’avènement de l’ordinateur personnel dans les années 80 par des figures modèles comme Steve Jobs ou Mark Zuckerberg. Le modèle type de la culture « geek » est un homme blanc en sweet-shirt, il code toute la nuit, et pour caricaturer davantage, se nourrit de pizzas livrées sur le campus. Les femmes ne se retrouvent pas dans ce cliché, elles sont absentes de cette culture relayée en masse par les médias à une certaine époque. En creusant, on apprend que l’histoire de la tech est aussi une histoire de femmes, que le premier algorithme a été créé par une femme au 19e siècle, Ada Lovelace, et que le logiciel embarqué à bord de la fusée Appolo 11 a été créé sous la direction d’une femme, Margaret Hamilton. De nombreux exemples existent pour démontrer que les stars de la tech, qui ont contribué à construire l’histoire de l’humanité, ne sont pas uniquement des hommes mais aussi des femmes.

Aujourd’hui, l’industrie de la tech est demandeuse de mixité en son sein, mesurant bien les futurs enjeux économiques mais aussi sociétaux qu’elle représente. Il ne s’agit pas juste de vouloir engager plus de femmes, il faut pouvoir créer un environnement favorable à leur inclusion. Ce qui, malgré la volonté de beaucoup, n’est pas encore chose aisée. Il est primordial que les entreprises aient une culture qui inclut les femmes jusqu’au plus haut échelon et leur offre des perspectives d’évolution de carrière qui répondent à leurs besoins spécifiques.

Women Code Festival 2019

Code & Fly to the Moon

07/10/19 >14/10/19

Divers lieux

Programme et inscription


Questions et mise en page : Catherine De Poortere

Remerciements à Cathy Schoels chargée de communication pour le Festival.

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