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Focus

Carnaval Totaal (Cinéma Nova) – outrances et débordements

Carnaval sauvage
Le Cinéma Nova propose d’ouvrir l’année avec une programmation consacrée au carnaval sous toutes ses formes. On y croisera des monstres, des gilles, des indiens, des jeannettes et des sauvages. Le ton sera festif, un peu exalté, parfois salissant.

Le carnaval, fête traditionnelle marquant la fin de l’hiver et le retour du printemps, se retrouve un peu partout en Europe, mais aussi dans les anciennes colonies du Nouveau Monde, du Brésil à la Nouvelle-Orléans. À la fois antiques et universelles, les formes que prennent ces festivités sont toutefois changeantes. Quelques-unes de ces pratiques se présentent comme immuables alors qu’elles sont de création récente, d’autres ont un fond archaïque insoupçonné. Quelques traits sont communs à tous les carnavals : le masque, le travestissement, l’inversion des rôles (de classe, de genre, etc.), le goût de l’outrance, du danger parfois. Le carnaval permet et demande de jouer avec le feu. Il glisse à l’oreille des envies d’excès, suggère de se rouler dans la boue, de plonger dans le vin et le bruit.

Fête païenne liée au temps cyclique de l’agriculture, le carnaval a connu des aménagements, des récupérations et des réappropriations. Sanctionné et domestiqué par le christianisme qui en fait la dernière célébration festive du calendrier, les derniers jours gras avant le Carême, il reprendra plus tard les rues d’assaut dans des défilés, des cortèges, sous un aspect régenté et réglementé, gouverné par les guildes et les comités des fêtes. Mais en marge des chars de notables et des marches militaires persiste son appétit pour le débordement et le renversement des valeurs. À l’abri des masques, les audaces se réveillent et l’on vient défier l’autorité, moquer les bonnes mœurs, éclabousser les tièdes et effaroucher les bien-pensants.

Libérés pour un temps des conventions et des interdits, la foule fait ce que fait la foule, pour le meilleur et pour le pire. La célébration de la révolte et de l’extravagance, d’un côté, se transforme en attitudes sexistes et grimages racistes de l’autre. Selon les lieux, les époques, les fêtards s’en prendront soit à l’ordre établi soit à quelques minorités ciblées. Le carnaval est un moment permissif, où tout est permis, où les transgressions suivront les lignes de forces qui zèbrent la société : maîtres/esclaves, riches/pauvres, hommes/femmes, etc. D’un pays à l’autre, d’un village à l’autre, seront moqués et chahutés des boucs émissaires différents. Mais pour chaque carnaval où le sauvage, l’animal, l’étranger, est capturé et tourné en ridicule, il s’en trouve un autre où c’est la liberté qui est célébrée, et l’oppresseur qui est bousculé et renversé.

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La programmation du Cinéma Nova, en collaboration avec la Société de Carnaval Sauvage de Bruxelles, aborde un très large éventail de traditions carnavalesques : des krampus autrichiens aux Indiens noirs de la Nouvelle-Orléans, des défilés de troupes entre deux rangs de barrière nadar à l’anarchie des nouveaux carnavals sauvages de Belgique et de France. À travers des compilations de courts-métrages, des longs-métrages documentaires et de fiction et quelques soirées thématiques - festives comme la veillée du Collectif Anonyme des Carnavals Ambulants ou sérieuses comme la rencontre autour de la polémique du Blackface - il s’agira avant tout de secouer la vision du carnaval comme tradition figée, comme rituel intouchable, et de célébrer la créativité collective qui l’inspire et le transporte.


Benoit Deuxant



Carnaval Totaal, une thématique du Cinéma Nova

du Jeudi 9 janvier au Samedi 22 février 2020

Cinéma Nova
Rue d’Arenberg 3
1000 Bruxelles

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