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Focus

"Brussels Footage" #2 : Quartiers bruxellois

Black

Bruxelles, Flagey, Schaerbeek, quartier, Matonge (Bruxelles), Ixelles, Forest, Molenbeek-Saint Jean, voisinage

publié le par Simon Delwart

Plateforme numérique conçue par PointCulture et dont le lancement est prévu en mai 2020, "Brussels Footage" aura pour objectif de promouvoir Bruxelles au travers de matériaux audiovisuels qui la mettent en scène. Présentée sous la forme d’une carte interactive associée à une ligne du temps, l’interface permettra au public de voyager virtuellement dans l’espace-temps bruxellois. PointCulture se propose d’en donner un avant-goût au travers d’une thématique « Quartiers bruxellois », passant en revue sept films de fiction et documentaires des années ’60 à nos jours.

Sommaire


Manhatan sur Senne (1966) - Georges Konen et Pierre Manuel

Manhattan sur Senne (1966) illustre le règne des travaux publics au sein de la Ville de Bruxelles en la décennie 1960, ainsi que le nouveau visage de celle-ci, toujours plus moderne et tournée vers le monde. Davantage victime que d’autres de cette fièvre internationaliste, le quartier Nord, à la jonction des communes de Bruxelles-ville, Saint-Josse-ten-Noode et Schaerbeek, sera le principal théâtre de cette révolution. Fer de lance d’une capitale enfin jugée digne de ce nom, le quartier arbore ses buildings grandiloquents et ses larges avenues, tous deux inspirés du plus célèbre des arrondissements de New-York… Par leur film, Georges Konen et Pierre Manuel mettent en garde : d’accord pour le progrès mais qu’on nous laisse, par pitié, ce qui constitue les fondements de l’identité nationale belge, à savoir un peu de poésie, la Grand-Place et les moules- frites !



Floréal (1985) - Thierry De Mey

Cité-jardin du quartier de Boitsfort, moitié de la commune de Watermael-Boitsfort, Floréal est l’objet d’un film éponyme du cinéaste Thierry De Mey, réalisé en 1985. Court métrage documentaire produit sous la forme d’un clip musical – dont l’ambiance sonore minimaliste est également signée par le réalisateur –, Floréal a pour vocation d’exposer le quartier d’origine de ce dernier, celui qui l’a vu grandir. Axé tant sur la pierre que sur l’humain, le film donne à voir, de manière presqu’indifférenciée, petites bâtisses à pignon pointu, caractéristiques de cette cité gérée en coopérative, et habitants du quartier. Fait d’allers-retours entre plans larges et serrés, invitant le spectateur à appréhender visuellement la cité-jardin dans une double perspective, à la fois macro et micro, Floréal est emblématique du travail de Thierry De Mey, dont l’œuvre expérimentale flirte davantage avec les arts contemporains qu’avec le cinéma.



Nord (2008) - H. Ahamada, C. Hébert, J. Van Der Haegen, T. Vandecasteele

Retour sur le quartier Nord, et plus particulièrement sur les alentours de la gare de Bruxelles-Nord, en territoire Schaerbeekois, avec un film documentaire équivoquement titré … Nord (2008). Comme le laissait déjà présager par son titre Manhattan sur Senne (1966), c’est bien les habitants de cette zone de Bruxelles qui, lors de la décennie 1970, subiront les conséquences d’un vaste plan d’aménagement urbanistique, pompeusement baptisé « Plan Manhattan ». En effet, plusieurs milliers d’entre eux devront abandonner leur foyer, n’emportant avec eux que leurs souvenirs du quartier. Et c’est précisément à ces derniers que ce film collectif tente de redonner vie, notamment au travers de ces clients de bistrot qui regrettent le temps où l’on ne vivait pas uniquement dans son quartier, mais aussi avec lui. Quant à ceux qui y sont demeurés, recasés – pour les plus chanceux – dans des logements sociaux, ils déplorent l’invasion des buildings, bureaux et autres hôtels gigantesques qui, non contents de défigurer le paysage de ce secteur bruxellois, font de ce dernier un lieu de passage davantage qu’un lieu de vie.



Les Barons (2008) - Nabil Ben Yadir

Si par sa seconde fiction en tant que réalisateur, Nabil Ben Yadir a souhaité rendre hommage à Molenbeek-Saint-Jean, sa commune d’origine, c’est essentiellement dans celle de Forest que Les Barons (2008) sera tourné. Au travers du film, le cinéaste pose la question suivante : un jeune issu de l’immigration et provenant d’un milieu modeste, à cheval entre sa souche maghrébine familiale et sa nationalité belge, doit-il nécessairement trahir ses fondements pour pouvoir s’en extraire ? C’est par le personnage d’Hassan, aspirant humoriste mais socialement astreint à une carrière de chauffeur de bus à la STIB, que se met en scène cette équation aux allures de gageure. En effet, comment faire rire autrement qu’en parlant de ce que l’on connaît ? Pour Hassan, c’est le quartier – ô combien stigmatisé –, les copains, le chômage… mais aussi, sa famille et ses attentes envers lui. Autant d’objets de dérision aux yeux du spectateur n’appartenant pas à ce petit monde…



Notre seule arme, la parole (2009) - André Dartevelle

En 2009, André Dartevelle signait Notre seule arme, la parole, film documentaire se penchant sur la profession relativement méconnue de gardien de la paix. C’est au Service Prévention de la commune de Forest qu’il posera sa caméra, pour la reprendre aussitôt et ainsi suivre les pérégrinations de ces agents de terrain veillant au maintien d’une certaine convivialité de quartier. De ce film, ressort une amertume légitime, celle de femmes et d’hommes dont l’emploi s’avère pour le moins précaire. En cause : un manque criant de fonds publics alloués à la pérennisation de leur contrat de travail ainsi qu’à la professionnalisation de leur métier. Aussi, titulaires d’un statut particulier, essuyant régulièrement l’injure de « flics ratés », ceux-ci semblent bien trop peu armés – au sens propre comme au figuré – pour faire face sereinement à des situations qui inévitablement les dépassent…



Flagey (2010) - Film collectif

Film d’atelier collectif, Flagey (2010) raconte la transformation récente et progressive de cette fameuse place bruxelloise qui, ayant initialement brassé des communautés très diverses, constitue un quartier à elle seule. Certains y déplorent, sans que le terme soit textuellement énoncé, une certaine gentrification, faisant affluer les « poètes bohèmes argentés » dans des bars « chébrans » qui ne semblent pas particulièrement s’adresser aux classes populaires, les ayant elles-mêmes précédées au sein de cette zone urbaine. Tout comme a pu surgir de terre un écran aux dimensions présomptueuses et sur lequel défilent inlassablement des publicités à l’intention du quidam, les rez-de-chaussée commerciaux sont rachetés et, en lieu et place de ce qui fut le petit commerçant du coin, fleurit alors l’enseigne d’un grand groupe. Dès lors, certains riverains s’interrogent : la place Flagey deviendrait-elle davantage un lieu de business qu’un espace où, jadis, il faisait bon rencontrer son prochain ?



Black (2015) - Adil El Arbi et Bilall Fallah

Seconde fiction du duo de réalisateurs Adil El Arbi et Bilall Fallah, Black (2015) dévoile une dimension sombre et romancée du quartier de Matongé, au travers du gang des Black Bronx, une bande de jeunes flirtant avec le crime organisé. Ceux-ci sont en guerre ouverte avec les 1080, des délinquants à la petite semaine basés à Molenbeek-Saint-Jean. Au milieu de ce jeu de quilles, Marvela et Marwan, épris l’un de l’autre, d’une passion sans avenir. Dans ce Roméo et Juliette à la sauce bruxelloise, se trouve ainsi figurer le communautarisme existant dans la capitale, celui qui, faute d’avoir vu la société belge parvenir à intégrer jusqu’à certains individus immigrés de troisième génération, lui renvoie à la figure sa xénophobie, tel un retour de flamme. D’une violence crue, portés à bout de bras par des acteurs amateurs enrôlés à même le quartier, le film bénéficie d’une réalisation solide, fouillant à la fois le son et l’image, mais ne peut se départir d’un certain parti pris, attribuant aux uns des atrocités dont seraient exempts les autres, devant l’Eternel…





Texte et extraits vidéo : Simon Delwart