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Focus

"Brussels Footage" #1 : Voisins & voisinages

goujons

Bruxelles, Schaerbeek, Immigration, quartier, précarité, Saint-Géry, Molenbeek, voisin, anderlecht, voisinage

publié le par Simon Delwart

Plateforme numérique conçue par PointCulture et dont le lancement est prévu en mai 2020, "Brussels Footage" aura pour objectif de promouvoir Bruxelles au travers de matériaux audiovisuels qui la mettent en scène, qu’il s’agisse de films de fiction, documentaires ou de reportages journalistiques. Présentée sous la forme d’une carte interactive associée à une ligne du temps, l’interface du projet permettra au public de voyager virtuellement dans l’espace-temps bruxellois. PointCulture se propose d’en donner un avant-goût, et ce au travers d'une thématique "Voisins & voisinages", survolant ainsi une série de sept films documentaires, des années 50' à nos jours.

Sommaire

Planètes en parallèles (1956) - Jean Harlez

Entre documentaire et fiction, Planètes en parallèle (1956) entend dénoncer la précarité prégnante dans le quartier des Marolles de la fin des années 1950. Par ses scènes de reconstitution, à l’ombre d’un Palais de Justice encore exempt de ses – désormais célèbres – échafaudages, ce film de Jean Harlez ouvre une fenêtre sur les univers respectifs des enfants et des adultes de ce voisinage bruxellois, univers qui semblent ne jamais devoir communiquer frontalement, mais qui entrent en résonance par un effet de mimétisme inéluctable : les jeunes s’inspirent de leurs aînés, pour le meilleur et pour le pire. Mais femmes et hommes évoluent également dans des sphères distinctes : Madame est au foyer, vaquant à ses incontournables tâches ménagères, Monsieur est au café, occupé à parfaire sa maîtrise du Trictrac, ce jeu en vogue à la fois dans les chaumières et les bistrots jusqu’à… l’avènement de la télévision, au milieu des années 60’… C’est par une séquence, ô combien convenue, que ces petits mondes finiront par se rejoindre : celle voyant une mère enjoindre à son fils d’aller extirper son père du maudit troquet !



Les voisins (1981) - Jaco Van Dormael

Avec Les voisins (1981), débuts prometteurs d’un grand réalisateur en devenir, Jaco Van Dormael s’est penché sur les relations de voisinage régissant l’existence des habitants du Quartier Léopold. D’une série de témoignages introductifs semblant présenter celles-ci sous un jour favorable, se devine néanmoins l’ombre d’une inimitié : en effet, c’est par la négative que ces voisins s’expriment, formulation délibérée et annonciatrice, pour celui qui sait écouter, d’une atmosphère passablement nauséabonde. Dans un style décousu, alternant interviews domestiques et micros-trottoirs, le réalisateur met le doigt sur les maux qui semblent ronger ce quartier jouxtant les communes d’Ixelles et d’Etterbeek, entre conflit générationnel et choc culturel, conséquence de l’immigration. Du discours de ces cohabitants, jeunes et moins jeunes, suinte une défiance généralisée des uns envers les autres, de laquelle perce, de ci de là, l’espoir d’un vivre-ensemble, encore à inventer…



Héron City (2002) - Frédéric Guillaume

Réalisé par Frédéric Guillaume, le film documentaire Héron City (2002) cristallise deux représentations antinomiques de l’espace urbain et, par extension, de l’existence. Face à un géant de l’immobilier britannique, voyant en un îlot d’habitations donnant sur l’Avenue de la Toison d’Or le potentiel d’un gigantesque projet de centre commercial, se lève la volonté à la fois tendre et farouche de squatteurs, pour la plupart étudiants, artistes et intellectuels. En effet, ces derniers feront émerger, non pas un modèle puisqu’est ici prônée la diversité des modes de vie face à l’uniformisation rampante de la ville, mais bien une multitude de foyers, culturels ou associatifs, se traduisant au quotidien par un voisinage des plus insolites. C’est par l’annonce d’une expulsion imminente que seront défiées les valeurs de commun qui animent ces militants puisque, devant l’épée de Damoclès que représente celle-ci, quelle attitude adopter, si ce n’est faire front face aux autorités et risquer la rue… ensemble ?



Extérieur Rue (2009) - Anne Closset & Carmen Blanco Principal

Objet filmique hybride, fiction à vocation documentaire, Extérieur Rue (2009) est tout autant l’œuvre d’Anne Closset et Carmen Blanco Principal, ses réalisatrices, que des habitants de la rue Vandeweyer, à Schaerbeek. Davantage intervenants qu’acteurs à proprement parler, ces derniers, co-auteurs d’un scénario laissant cependant place à l’aléa, ne rechignent pas à se mettre en scène, et ce afin d’illustrer les sempiternels écueils auxquels se heurte leur expérience du quartier : nuisances sonores, occupation illégale d’une place de parking pour personne handicapée, jeux d’enfants potentiellement destructeurs et autres immondices laissés à leur intention… Mais qu’à cela ne tienne, le film est une chance pour eux de rêver d’une cohabitation en bonne intelligence, transformant la rue en une agora éphémère où se confronteront utopies et rappels à la réalité du quotidien.



Porte à porte (2009) - Delphine Duquesne

Avec Porte à porte (2009), Delphine Duquesne brosse les touchants portraits de Pierre, Atilio, Martine, Henri, Enrique et Christine, ayant tous élu domicile rue Jean Verbiest, dans la commune de Molenbeek-Saint-Jean. Au-delà de leur proximité géographique, c’est un âge relativement avancé qui semble lier les héros de ce court métrage documentaire, condition sine qua non au récit de toute une vie et propice aux bilans. De ces portes ouvertes vers leurs univers respectifs, et que le film n’a pas vocation à faire se croiser, se dégagent tantôt une réflexion sur les mutations technologiques subies par le marché du travail, tantôt le roman d’une existence consacrée au travail, au service public ou aux arts – y compris celui de jardiner – et, toujours, le sentiment d’avoir roulé sa bosse, exempt de tout regret apparent.



Goujons 59/63 (2015) - G. Breës, M. Haessler, C. Michel, S. Ringoot

« Kone, tu decone », formule extraite du documentaire Goujons 59/63 (2015) et taguée sur l’un des ascenseurs entretenus par la société Kone, dans les logements sociaux des Goujons à Anderlecht, résume efficacement le propos du film : le dénuement, tant social que culturel, des neuf-cents habitants de cette tour de dix-huit étages. Balcons vétustes et condamnés, réduction des espaces ludiques alentour, environnement de verre et de béton, … et ascenseurs défectueux, sont le quotidien de ces voisins de fortune, avec la précarité pour dénominateur commun. En effet, ces derniers dénoncent les effets préjudiciables d’un favoritisme politique au sein même de la commune d’Anderlecht, en ce que celle-ci afficherait deux visages distincts, celui du sud, si pas cossu, à tout le moins entretenu, et celui du nord, laissé à la dérive par les autorités. A ce climat particulièrement délétère vient s’additionner la difficulté pour ce voisinage à tisser des liens avec autrui, la plupart étant reclus dans sa propre poignée de mètres carrés, cloisonné par autant de cases que d’individualités…



Nuit et jour à Saint-Géry (2017) - Film d'atelier collectif

Film collectif, Nuit et jour à Saint-Géry (2017) est le fruit de la collaboration de résidents du quartier de Saint-Géry, situé dans le centre de la Ville de Bruxelles. Ces derniers, rassemblés en un comité de quartier, s’unissent pour faire front contre les nuisances sonores, leur lot quotidien, et la massification du tourisme dans un hyper-centre bruxellois rongé par une certaine airbnbisation, phénomène contribuant à vider le quartier de ses réels habitants. Aussi, c’est un conflit d’intérêt flagrant qu’ils pointent du doigt, celui dont fait l’objet la Ville de Bruxelles, puisque celle-ci ne peut à la fois promouvoir son centre-ville en tant que pôle événementiel et jouer efficacement son rôle de régulatrice quant aux libertés de chacun au sein de cette zone urbaine. En cela, ce film d’atelier a pour double vocation de combattre l’invisibilisation des riverains de Saint-Géry et de faire se rencontrer ces derniers, désormais unis contre ce qui menace la quiétude de leur coexistence.




Textes et extraits vidéo : Simon Delwart

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