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Focus

Arts, culture et confinement (35) : Clément Lalo et Noélie Masquetiau (Musées et Société en Wallonie)

MSW (Musées et société en Wallonie)
Comment se prépare la réouverture des musées ? L’association représentative des musées wallons ne se contente pas de revenir à la normale : elle souhaite connaître l’impact du confinement, en organiser des traces muséales, en tenir compte pour l’après. Réponses et enquête.

- Pierre Hemptinne (PointCulture) : La réouverture des musées, le 18 mai, se rapproche : comment se prépare cette décision? Avez-vous eu un forum entre musées ? Tous les musées sont-ils concernés ?

- Clément Lalo et Noélie Masquetiau (Musées et Société en Wallonie) : Dans la précipitation et avec aussi une bonne dose de réalisme. L’idée de la réouverture des musées a germé dans de nombreuses têtes de manière plus ou moins simultanée. Au début de la crise, nous avons lancé une enquête vers tous nos membres. Nous avons constaté que l’impact de la crise était plus profond que ce que nous pouvions imaginer. Chaque jour passé en confinement rapprochait des opérateurs d’un problème de trésorerie. Notre rôle en tant que fédération est collectif : éviter une crise sociale et financière pour l’ensemble de notre secteur, par ailleurs très hétérogène (certains types d’opérateurs sont moins impactés).

Et puis, les premiers plans de déconfinement ont vu le jour dans d’autres pays, comme les pays asiatiques, l’Autriche, l’Allemagne et la Suisse. On a très vite remarqué que les acteurs culturels étaient les grands oubliés et surtout, leurs spécificités n’étaient pas prises en compte.

En effet, avec un peu d’organisation, il est possible de mettre en place des réglementations similaires aux commerces classiques dans les musées, c’est peut-être moins le cas dans un théâtre ou un festival. Depuis cette annonce concernant les musées, nous avons beaucoup de sollicitations de la part d’autres secteurs, la réflexion est lancée et c’est plutôt une bonne chose. Nous voulions être prêts pour le dernier CNS car nous savions que le plan de déconfinement allait y être abordé et, je le répète, l’objectif était de pouvoir y montrer les spécificités du monde muséal. Nous avons donc questionné un échantillon de nos membres (une vingtaine — +/- 10%), des grands et des petits musées, des publics et des privés, de toutes les provinces, afin de le rendre le plus représentatif possible. Ils ont eu un jour pour nous répondre. La majorité y a répondu et nous avons pu commencer à construire, pour la Wallonie, un argumentaire réaliste et répondant aux normes déjà en vigueur. La Flandre et Bruxelles ont également mis en place des initiatives similaires. Nous avons ensuite croisé nos réflexions pour la rédaction d’une note commune signée par les fédérations. Nous sommes conscients que les nouvelles règles ne seront pas applicables pour toutes les structures mais nous nous attèlerons, le prochain mois, à les rendre faisables pour un maximum de structures. Nous avons souligné l’importance que les musées n’ayant pas la capacité de rejoindre ce processus dans un premier temps puissent continuer à bénéficier des mesures de soutien mises en place par l’État.


- Quelles sont les dispositions prises pour respecter la sécurité sanitaire ? Comment cela va-t-il se passer ?

- Nous attendons encore des précisions de la part de l’État à ce sujet mais cela devrait combiner deux axes : un sur la protection des visiteurs et l’autre sur celle des travailleurs. Il faut que tout le monde puisse se rendre de manière sereine au musée. Nous espérons (comme beaucoup de secteurs probablement) que l’État pourra avoir un rôle de plateforme pour l’approvisionnement du matériel utile à ces nouvelles règles, ce qui ne nous empêche pas de notre côté de réaliser un annuaire de fournisseurs belges et de réaliser des commandes pour le secteur, mais aussi pour la concertation avec les différentes parties prenantes de cette reprise.


- Comment est née l'idée de l'enquête que vous lancez sur le vécu des citoyens et citoyennes pendant le confinement ?

- Parmi les missions premières des écomusées (plus régulièrement appelés musées de société à l’heure actuelle), il y a la notion d’archivage du patrimoine matériel et immatériel des populations agissant sur un territoire. En outre, un des objectifs de ces musées est de susciter un débat et une réflexion au sein de la population sur des thématiques ou problématiques communes. Cette dimension s’applique aujourd’hui à l’entièreté des musées.

Face à cette crise sanitaire liée à la pandémie du Covid-19, le Musée de la Civilisation de Québec a, très rapidement, invité les citoyens à témoigner de leur expérience en temps de confinement, que ce soit à l’aide de dessins d’enfants, de photos, de vidéos ou encore d’écrits.

Une excellente initiative qu’il était intéressant de reproduire en Belgique pour documenter cet épisode unique dans l’histoire de l’humanité ! Soucieux de jouer leur rôle de miroir de société, plusieurs musées wallons ont alors imaginé une enquête plus vaste relative à l’impact du confinement sur le quotidien des citoyens et ce, afin de récolter un maximum d’informations qui pourraient faire l’objet de futures expositions.


- Qu'est-ce que le réseau Homusée?

- Le réseau Homusée est un réseau thématique qui regroupe des musées d’ethnologie. Ce sont des musées très ancrés dans leur territoire qui ont pu développer des synergies privilégiées avec la population. Leur expertise était essentielle dans le développement de l’enquête. Le réseau s’est montré enthousiaste à l’idée de préparer l’après-pandémie de Covid-19 qui affecte le quotidien de chaque citoyen. Un objectif commun les rassemblait : documenter la façon dont nos populations traversent cette crise sanitaire, unique dans l’histoire de l’humanité, afin de dresser l’état des lieux d'un pays en pause. En deux semaines, le questionnaire était finalisé.


- L'enquête comporte deux parties : une partie scientifique, rigoureuse, en ligne. Qui va en analyser les informations récoltées, quel en sera l'usage ?

- Afin de réaliser une analyse scientifique rigoureuse, cette étude comporte en effet deux phases. La première s’intéresse aux impacts du lockdown sur le quotidien des Belges tandis que la seconde phase, après le confinement, portera sur les bouleversements induits par cette crise. Jusqu’à la fin du confinement, les citoyens sont invités à partager avec les musées des fragments de leur quotidien. Ces contributions citoyennes récoltées seront archivées et accessibles aux musées afin d’être intégrées dans leurs expositions futures. Pour ce faire, MSW fera évidemment appel aux archivistes des musées concernés. Par ailleurs, l’Association des Archivistes Francophones de Belgique nous a contactés à ce sujet et il y a probablement une belle piste de partenariat à entrevoir.

Ces témoignages pourront également servir de substrat à de prochaines expositions sur le sujet. Le Musée de la Vie wallonne envisage d’ores et déjà d’intégrer certains éléments dans une future exposition comme l’Hôpital Notre-Dame à la Rose. Nous envisageons également une étude et publication en 2020 ou 2021.

- La deuxième partie est un appel à témoignages libres (écrits, photos, vidéos, etc.). Comment seront-ils intégrés aux futures expositions?

- Cette enquête se veut avant tout qualitative. En effet, des pôles de recherches scientifiques ont déjà mis en place des enquêtes quantitatives et il nous semblait peu opportun de faire la même chose. Alors, effectivement, on fait appel aux témoignages car ils sont essentiels dans la compréhension et la description d’un événement historique.

En effet, même si nous ne parlons pas du même type d’événement, les témoignages des soldats et de la population lors des précédentes guerres ont eu un impact considérable sur la compréhension de ces événements.

MSW a déjà reçu des vidéos d’applaudissements, des photos de réunions de famille virtuelles, des poèmes, le témoignage d’un homme ayant vécu la seconde guerre mondiale... Ce dernier a d’ailleurs écrit « Pour que soit complet le puzzle de l’humanité, aucune pièce ne doit être écartée. Chacun devrait tenir un journal et y noter ses émotions » (Robert Liégeois, Chaudfontaine, 22/04/2020). Chaque témoignage est nécessaire pour laisser à la postérité des traces de cet événement exceptionnel. Libre aux musées d’intégrer ces éléments dans leurs futures expositions.

- Cette documentation ne doit-elle pas venir soutenir d'autres initiatives qui sont prises pour encourager un "après" différent, basé sur un autre modèle culturel ?

- Les musées contribuent et contribueront à poser les bonnes questions à la population. Ils ont certainement un rôle sociétal majeur à jouer dans l’accompagnement des populations. La documentation accumulée par les musées doit pouvoir être utilisée par tous.


- Cette crise sanitaire profonde va-t-elle inspirer d'autres actions des musées, des expositions qui aident à mieux comprendre de quoi il retourne (retombées de la manière dont l'homme exploite l'environnement) ?

- Effectivement, six axes sont abordés dans le questionnaire, à savoir les activités quotidiennes/les loisirs, les sorties culturelles, l’activité professionnelle, les médias et moyens de communication, la santé et l’alimentation. L’objectif est de déterminer si les habitudes des citoyens connaissent des bouleversements induits par la crise sanitaire pendant le confinement et, surtout, si ces changements d’habitude sont toujours observés après cette période. Le Belge achètera-t-il toujours plus de produits locaux pour soutenir la production nationale ? Privilégiera-t-il toujours les commerces de proximité ?

La population a réagi de manière très diverse quant à cette crise mais, d’une manière ou d’une autre, elle a considérablement impacté nos vies. Les expositions prochaines seront des exutoires quant à ce ressenti face à la crise mais elles permettront aussi de réfléchir posément à la période que nous vivons.


Clément Lalo, directeur de MSW et Noélie Masquetiau, responsable communication.
Propos recueillis par e-mail par Pierre Hemptinne, fin avril 2020


Pour participer à l'enquête :
Documentons cet épisode unique dans l’histoire de l’humanité !
Impact de la pandémie sur la population
Une enquête réalisée par Musées et Société en Wallonie

(c) photo : Roman Nyx

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