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Focus

"Musica em Casa", la lusophonie à la maison 1 : Aline Frazão

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Il y a des langues qui chantent, des langues sensuelles, tantôt lascives, tantôt charnelles. Des langues qui entrent en transe, qui se cadencent et dansent. Morna cap-verdienne, bossa brésilienne, fado portugais se marient en un enchantement em casa. Petit tour des vidéos intimes des interprètes. De chez elles à chez soi...

La langue portugaise est multiforme, un arc-en-ciel de prononciations, d'accents, de mots qui diffèrent d'un pays à l'autre, se mélangent et créent de nouveaux vocables, prennent de nouvelles significations. Elle se créolise et se nourrit des dialectes qui l'enrichissent. Parfois, quand la langue régionale a repris sa place – comme à Macao et au Timor oriental –, quelques mots portugais réapparaissent dans les conversations, comme un rappel éphémère d'un héritage éternel.

Que seraient devenus la samba, la bossa nova, la musique populaire brésilienne, le fado, le frevo, le sertanejo, la morna, la tabanka, la marrabenta, le batuque, la funaná et autres rythmes musicaux sans l'influence de la langue portugaise et sa prononciation musicale ardente ou lascive.

Dans les pays lusophones, les musiciennes ont été durement éprouvées par le confinement forcé qui les prive de concerts, de festivals et de contacts avec les publics. Beaucoup d'interprètes ont quitté leur pays pour gagner le Brésil ou le Portugal et obtenir ainsi plus de chances d'être produites et de se faire connaître.

Par le biais de vidéos, suivant les moyens techniques à leur portée, elles partagent leur humanité à travers la musicalité de leur langue. Et les cuisines et les salons deviennent pour un instant des scènes de fortune et des studios.

« Instaurer une sorte de proximité entre l’artiste et les viewers, les chanteurs pouvant interagir facilement avec le public, prenons davantage de temps de partager des moments de complicité, impossible lors de festivals traditionnels. » — Lurdes Abreu, La musique pour adoucir le confinement, dans Cap Magellan, 25 mai 2020

Aline Frazão (Angola)

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Originaire de Luanda, Aline Frazão chante très tôt du jazz, de la pop brésilienne et de la musique traditionnelle d'Angola. À quinze ans, influencée par les chansons engagées du chanteur Paulo Flores, elle compose déjà quelques chansons. Après des études de communication à Lisbonne, elle travaille comme journaliste et s’implique dans des mouvements sociaux. Avec Cesar Herranz à la flûte, elle crée le projet A Minha Embala (communauté, village) qui a pour but de rencontrer les expressions musicales des différents pays lusophones (Angola, Cap-Vert, Brésil et Portugal), en chantant en portugais, créole, quimbundu et umbundu. Le projet débouche sur un album studio en 2011 où elle chante et joue de la guitare.

Clave Bantu, son premier disque en solo, sort également en 2011. Sa musique reflète ses voyages, mais aussi la diaspora africaine, le voyage au-delà de la Grande mer. Elle considère que les traditions de la musique lusophone et les rythmes africains angolais font partie d'un vaste monde musical commun. Teintées de jazz, les chansons combinent des styles cap-verdiens, cubains et brésiliens.

Movimento parait en 2013. Plus spontané dans sa composition, l'album met en avant une communication plus dense entre les instruments et une collaboration plus intense entre la chanteuse et ses musiciens. Influencée par son récent voyage dans les îles du Cap-Vert, Aline Frazão chante la force créatrice et transversale à tous les arts, une mise en action, un mouvement.

Elle voyage encore, parcourt l'Europe et s'installe sur la petite île écossaise de Jura pour écrire son album Insular (2015), qui présente une nouvelle esthétique musicale nourrie d'hommages, sereine et tendre, inspirée par des poètes et des personnalités engagées.

En 2018, Dentro da Chuva, enregistré à Rio, est une œuvre plus nue, plus intime, résolument humaine, de voix et de guitares (et quelques percussions). Elle surprend également avec une version simple et personnelle de "Ces petits riens" de Gainsbourg.

L'année suivante, elle écrit la musique du film angolais Ar Condicionado.

Sa musique exprime toutes les richesses de l’espace lusophone, de la bossa brésilienne à la morna cap-verdienne, avec toujours la présence de Luanda, en transparence. Sa voix est douce et poétique, en contraste avec le caractère engagé et parfois politique de ses textes.

« Si, avant la pandémie, nous vivions déjà à une époque de réinvention de la relation artiste-public, aujourd'hui c'est encore davantage. J'apprécie donc beaucoup ce petit auditorium qui est le nôtre. » — Aline Frazão, courrier du 2 juin 2020
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La célébration de la Journée mondiale de la langue portugaise, ce 5 mai 2020, se déroule en ligne. L'extrait vidéo présenté ci-dessous évite les discours et les témoignages de personnalités et conserve uniquement la prestation d'Aline Frazão, parmi le concert de musiciens de tous horizons.

À la guitare acoustique, elle interprète « Kapiapia », une ballade sensible et paisible tirée de son dernier album Dentro da Chuva. Elle s'inspire de la description du vieux personnage Adriano Kapiapia, à la fin du livre Comme si le monde n'avait pas d'Orient de Ruy Duarte de Carvalho, écrivain, cinéaste et anthropologue angolais. Cette description est celle « de la pleine conscience, de cet homme, de ce vieil homme, dans cet endroit au milieu de nulle part, dans les bois, pouvant percevoir l'humidité de l'air, le changement des nuages et la couleur des montagnes, ressentir la terre et percevoir la pluie qui entre en lui ». (1)

Sa voix chaude, veloutée, se pose durant cinq minutes de bonheur pour se diluer dans quelques secondes de silence, « parce que c'est le silence qui régit tout ». (1)

Après quelques minutes durant lesquelles elle s'exprime à propos de la langue portugaise, de son inspiration et de son engagement, elle reprend une autre chanson issue de Dentro da Chuva, « Um Corpo Sobre o Mapa », qui détaille tous ses voyages, une biographie allègre, virevoltante et accélérée qui conclut : « Je me suis réveillée à Luanda ! »(2) .

Aline Frazão - « Kapiapia » (de 0:03 à 5:08) - « Um Corpo Sobre o Mapa » (de 7:23 à 10:20) - 5 mai 2020


(1) Extrait traduit de "Aline Frazão leva-nos para dentro da chuva", dans Diário de Notícias , du 21 septembre 2018

(2) Aline Frazão , "Um Corpo Sobre o Mapa" , album Dentro da Chuva, CD NorteSul 0660-2 , 2018


Cet article a été confirmé le 20/06/2020 compatible avec les directives COVID