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Focus

3 questions à Anne Bauwens de Scienceinfuse

Scienceinfuse
Sciences et technologies sont devenues omniprésentes. Ces derniers mois, la crise sanitaire a surexposé médiatiquement les experts scientifiques, au risque parfois de flouter la frontière entre sciences et politique. Anne Bauwens de Scienceinfuse (UCLouvain) nous rappelle qu'il est nécessaire de créer du lien entre le travail des chercheurs et la société, mais aussi d'expliquer comment "fonctionne" la science.

PointCulture LLN – Pouvez-vous nous présenter en quelques lignes le projet de Scienceinfuse ?

Anne Bauwens Scienceinfuse est l'antenne de formation et promotion des sciences et technologies de l'UCLouvain. Elle a pour mission principale de donner le goût aux sciences et aux technologies et de permettre aux élèves, enseignants, grand public et aux chercheurs de l'université de se rencontrer.

Scienceinfuse 2

Donner le goût des sciences et des technologies aux générations futures

Ces derniers temps, avec la crise sanitaire que l'on connaît, les interventions des scientifiques et des chercheurs se sont multipliées dans les médias, donnant une certaine visibilité à leur travail et l'utilité sociétale de celui-ci. C'est important pour vous cette visibilité ? De créer du lien entre le travail des chercheurs et la société ?

Oui c'est important. Mais il est également très important de rappeler comment "fonctionne" la science. Comment la connaissance se construit, comment se déroule la recherche au 21e siècle.

La manière dont les chercheurs "experts" sont présentés ou la manière dont les journalistes vont les faire intervenir peut induire de mauvaises idées, mauvaises conceptions sur le métier de chercheur expert et son rôle dans la société. Il est également important de rappeler pourquoi la société s'appuie sur la science pour prendre des décisions. Quelles sont les forces et les faiblesses d'une société technoscientifique...

Créer du lien entre le travail des chercheurs et la société, c'est indispensable. D'une part parce qu'une partie d'entre eux sont financés par... nous. Et d'autre part parce que nos choix de consommation vont influencer les choix de recherche.

Et puis, en sciences, tout n'est pas utile directement à la société. Il est également important de rappeler qu'il existe une science dite fondamentale, sans laquelle les sciences dites appliquées ne pourraient pas se développer comme elles le font aujourd'hui.

Enfin, au-delà du lien entre chercheurs et société, il y a le plaisir de "faire" des sciences et technologies. C'est s'émerveiller, expérimenter, se poser des questions, créer des expériences, observer le monde qui nous entoure, cultiver la curiosité, la pensée critique... Tout ceci est difficile à cultiver lorsqu'on est coincé derrière des écrans.

Nous essayons donc d'être créatifs et de proposer du matériel que les enseignants peuvent emprunter pour "donner cours autrement". Nous proposons des jeux en ligne. On invite les gens à faire des sciences avec nous via ce qu'on appelle les sciences participatives. Par exemple "Mate ta tartine" est une expérience à mener en classe ou à la maison.

Pour conclure, voici un post extrait du profil d'un chercheur de l'UCLouvain :

Une des questions que nous devrons absolument clarifier après cette crise c'est la problématique des liens entre experts et politiques. Les experts scientifiques ont été surexposés médiatiquement par cette crise pandémique et sa gestion. Cette place, selon moi abusive, diffuse ce sentiment que certains experts font la politique. Que ce soit réel ou fantasmatique, cette impression est un danger pour notre démocratie. Elle discrédite les politiques et elle dévoie la fonction de scientifique. Dans le futur, il faudra retrouver une place adéquate pour chacun : le rôle de conseils informés et d'analystes critiques d'une part, le rôle de décideurs publics qui rendent des comptes aux citoyen·ne·s de l'autre ; une légitimité d'élu·e·s d'une part, une légitimité scientifique et d'expertise de l'autre. Le débat et le désaccord y sont centraux dans les deux sphères mais ils ne sont pas de même nature, ni organisés de la même manière. Depuis une année, on a fait dire à la science sans doute bien trop de choses, oubliant que le temps de la science n'est pas le temps du politique, oubliant que ce que peut la science n'est pas ce que peut la politique. — Chercheur UCLouvain

La saison 2020/21 est placée sous le signe de la révolte chez PointCulture. Et vous quelle est votre révolte (en ce moment) ?

Ma révolte aura lieu quand on sortira du confinement, si l'on recommence comme avant.

D'un point de vue professionnel, elle aura lieu si les médias ne font pas d'effort pour améliorer leur communication. S'ils ne prennent pas le temps de remettre chaque rôle à sa place. S'ils ne prennent pas le temps de clarifier le rôle des scientifiques dans la société, celui des politiques et le leur.

D'un point de vue personnel, ma révolte aura lieu s'il n'y a pas de remise en question concernant les priorités d'un État. C'est-à-dire rester dans un système capitaliste où la valeur des choses (métiers, choses, projets, nature...) est mesurée à la rentabilité et l'efficacité de ces derniers. Que tout soit considéré comme une ressource qui peut rapporter de l'argent devient insupportable. Il s'agit de redonner du sens à nos existences.


Printemps de sciences 2021

Scienceinfuse participe, du 22 mars au 28 mars 2021, au Printemps des Sciences, le rendez-vous incontournable des curieux de sciences autour de nombreuses activités de culture scientifique et technique en Fédération Wallonie-Bruxelles.
À destination des écoles et du grand public.
Plus d'infos ici


Interview : Elise Pourtois
Merci à Anne Bauwens et l'équipe de Scienceinfuse

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