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3 questions à Frédou et Lise de l'asbl Corps écrits

Corps écrits
Les 17, 18 et 19 novembre 2020 aurait dû avoir lieu le festival Take Back the Night ! au PointCulture Louvain-la-Neuve. Qu’à cela ne tienne, nous avons décidé de poser trois questions à Frédou Braun et Lise Mernier de Corps écrits, l’asbl à l’initiative de ce projet. Inscrite dans une démarche d’éducation permanente, Corps écrits analyse de manière transversale les questions de genres, familles et sexualité. Frédou et Lise nous parlent de leur révolte et reviennent avec nous sur le film "Les Résistantes" et la grève féministe du 8 mars 2019.

PointCulture LLN – Take Back the Night ! en quelques mots c’est quoi ?

Frédou Braun & Lise Mernier – Take Back the Night ! c’est un festival de ciné-débats que nous organisons chaque année autour de la date du 25 novembre, la journée internationale pour l’élimination des violences à l’égard des femmes. Depuis 2010, le rendez-vous est devenu incontournable et, depuis plusieurs années, il s’organise en partenariat avec le PointCulture Louvain-la-Neuve. À travers différentes thématiques, nous souhaitons surtout montrer les stratégies de résistances que les femmes mettent en place face aux violences institutionnelles et patriarcales qu’elles subissent. Take Back the Night ! dont la traduction est « reprendre la nuit », vient d’un slogan utilisé dans les années 1970 pour des marches de nuit féministes qui avaient pour objectif de se réapproprier l’espace public, avec puissance et sans peurs.

Revenons sur l’un des films qui aurait dû être projeté dans le cadre de cette édition 2020 : Les Résistantes. Ce documentaire de ZIN TV revient sur la grève féministe du 8 mars 2019. Ce moment de révolte peut-il être qualifié d’historique ? Pourquoi ?

F. B. & L. M. – Le film Les Résistantes a capturé les images de la grève féministe du 8 mars 2019 à Bruxelles. Ce n’est évidemment pas la première grève féministe dans le monde – rappelons celle de 2018 en Espagne comme inspiration – , ni la première descente dans les rues par les femmes en Belgique. Mais ce qui s’est passé en 2019, c’est que l’appel à la grève a été d’ampleur nationale, accepté et relayé par les syndicats.

Ce sont 15 000 femmes qui se sont arrêtées de travailler et se sont retrouvées dans les rues pour marquer ce jour. En cela, c’était historique. — Frédou Braun & Lise Mernier

À côté d’elles, on a vu fourmiller des hommes alliés prenant en charge le travail qui n’était en ce jour pas porté par les femmes. Par exemple, pour certains, ils se sont mis en grève, afin de s’occuper des enfants des femmes grévistes dans des crèches mises en place pour l’occasion. Ou, pour d’autres, ils sont restés au boulot pour reprendre la charge de travail délaissée de leur collègue. Ça aussi, c’était historique. Ainsi, par cette grève, on a voulu montrer que, si les femmes s’arrêtent, le monde s’arrête. Même si une journée peut paraître insignifiante, c’est la portée symbolique qui est ici importante.

Par ailleurs, cette grève n’a pas laissé de côté les spécificités des femmes LGBTQIA+, SD, migrantes, réfugiées, travailleuses du sexe, étudiantes, retraitées, jeunes et vieilles générations confondues, etc. S’y est dessiné une grande intersectorialité et une transgénérationnalité que l’on voit très peu – voire jamais – dans les milieux militants féministes.

Les Résistantes

La saison 2020/21 est placée sous le signe de la révolte chez PointCulture. Et vous, quelle est votre révolte (en ce moment) ?

L. M. – Ma révolte, déjà depuis longtemps, et malheureusement sans doute pour encore un moment, c’est celle du féminisme. Plus précisément, en ce jour, au vu de cette situation de crise sanitaire, celle qui bat le plus en moi, c’est la question du care. Quel serait le monde si le care était porté par tou·te·s, de manière égale : non pas amoindri vers le bas, pour mieux cadrer avec cette société qui valorise l’indépendance, la productivité, la rentabilité, la domination et la violence, mais vers le haut, vers une nouvelle société qui valorise le temps pour soi et pour les autres, le bien-être de soi, des autres, et de toute la vie et la terre qui nous entoure. Qui priorise avant tout la santé physique, mentale, émotionnelle et sociale. Je vois sous mes yeux une tragédie humaine, qui impacte tant de corps et de vie, et une planète entière et tout ce qui la compose. Je vois s’effriter des gens et un monde sous des diktats qui n’ont plus une once d’humanité. Mais je vois aussi, et surtout, sous mes yeux, des femmes incroyables et puissantes qui portent corps et cœur ce soin, dans leurs tripes et dans leurs poings.

Je vois une société qui s’arrête, qui regarde ces femmes, comprend et recommence, autrement. — Lise Mernier

F. B. – Ma révolte, c’est l’incohérence dans laquelle je me sens piégée au sein du système néolibéral, celle qui nous pousse à rouler en voiture et à manger bio, à consommer et à tenter le zéro déchet, à faire du yoga et à se voir envahi·e par la 5G… Celle qui impose un rythme effréné, notamment aux femmes, entre le boulot et les enfants, et qui les amène à culpabiliser parce qu’elles n’ont pas eu le temps de réaliser la dernière recette de savon fait maison !

Les crises mondiales font écho aux crises personnelles. Je suis inquiète de cette même incohérence dans la prise de positions politiques et le manque de débats démocratiques en cette crise sanitaire. Incohérence qui ne fait qu’aggraver la polarisation de la société cachant les véritables enjeux pour un changement réel des structures capitalistes et patriarcales. Et en parallèle, tombe aux oubliettes le débat considéré comme secondaire, celui pour l’égalité des genres, l’émancipation des femmes dans un monde encore pensé par et pour les hommes, ainsi que pour une charge mentale et un care partagé. Ce n’est pas après qu’il faut s’en soucier, mais dès à présent…


interview : Élise Pourtois

Merci à Frédou Braun et Lise Mernier de l'asbl Corps écrits

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