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Critique

Victoria Hanna, chanteuse kabbalistique

Victoria Hanna

Israël, musique, voix, pop, concert, hiphop, voix de femmes, Victoria Hanna, Kabbalistic rap

publié le par Benoit Deuxant

Hip hop, pop séfarade expérimentale, rap kabbalistique, on ne sait trop comment résumer « l’artiste la plus fraîche, tapageuse et bizarre de la radio israélienne », Victoria Hanna.

Victoria Hanna est un pseudonyme. La chanteuse israélienne qui a choisi ce nom l’a construit à partir du prénom de ses deux grand-mères, deux femmes aux caractères opposés et pourtant complémentaires. Pour l’artiste, née dans une famille juive ultra-orthodoxe de Jérusalem, ces deux personnalités représentent parfaitement sa relation complexe avec sa culture d’origine. Toutes deux mariées de force à un très jeune âge, elles furent, l’une rebelle, comme Victoria Hanna, l’autre attachée à la tradition, comme l’est également la chanteuse.

Victoria Hanna continue de se définir comme orthodoxe mais « à sa façon ». A l’opposé de la vie de recluse qu’on attendait d’elle, elle a entamé une vie publique extrêmement remplie. Elle a étudié le théâtre, joué dans plusieurs films (notamment pour le réalisateur Asaf Korman), chante en solo, en duo et en groupe, et s’est intéressée à de nombreuses traditions vocales à travers le monde.

C’est sans doute de la voix en effet qu’est venu le principal déclic de sa carrière artistique. Enfant, Victoria Hanna bégayait, mais ses problèmes d’élocutions disparaissaient dès qu’elle chantait. Il n’en a pas fallu plus pour la lancer sur la voie d’une exploration du potentiel du son et surtout celui de la voix. Cet intérêt pour les mystères du monde sonore l’a poussée à se confronter à diverses formes de chant à travers la planète, et à divers modes de compositions, mais aussi à se pencher sur son héritage familial. Elle s’est alors replongée dans les très nombreux textes mystiques et philosophiques du judaïsme pour y trouver de très nombreux concepts traitant des rapports du corps au souffle, de la parole comme voix et de la voix comme son. Ce bagage inhabituel et cette source d’inspiration ont amené la presse à créer (encore) une nouvelle catégorie musicale, quasiment rien que pour elle : le rap kabbalistique.

Avec ce contexte et cette formation, il n’est pas étonnant qu’un de ses premiers morceaux en son nom, et également son premier succès, « The Aleph Bet song (Hosha’ana) », ait été basé sur l’alphabet hébreu. Récitées, incantées, chantonnées et bégayées, les lettres s’enchaînent comme une litanie qui se transforme progressivement dans une version étonnante d’un piyout, une antique prière pour demander la pluie. Les mots, décomposés en lettres, à la fois signes et sons, signification et rythme, sont tirés de traditions millénaires mais projetés avec jubilation dans un contexte moderne déconcertant. La vidéo qui l’accompagne renforce encore ce contraste. Victoria Hanna y joue à la fois le rôle d’enseignante et celui d’élève. Son deuxième clip poursuivra cette veine, inspiré du Sefer Yetsirah, le «Livre de la Création», le morceau intitulé « 22 letters » est illustré par un mélange de gestuelles tirées de jeu d’enfants comme de postures religieuses, accompagnées à nouveau par l’alphabet hébreu, écrit cette fois.

Le premier album de Victoria Hanna, sorti en août 2018, sur le label Greedy for Best Music, est un objet sonore étrange. Les dix chansons qui le composent sont aussi expérimentales que ses textes sont millénaires, et pourtant aussi immédiats et irrésistibles qu’une ritournelle enfantine.

Benoit Deuxant


Victoria Hanna

Samedi 26 octobre 2018 - 20h30

Festival Voix de femmes

Reflektor
24 place Xavier Neujean
4000 Liège

La chanteuse et musicienne américaine Sneaks, aka Eva Moolchan, sera à la même affiche.

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