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Critique

« The Story of my Wife », un film d’Ildikó Enyedi

The Story of my Wife

amour, Hongrie, réalisatrice, cinéma en salles, Léa Seydoux, Ildikó Enyedi, Gijs Naber

publié le par Anne-Sophie De Sutter

Film hongrois, « The Story of my Wife » dissèque la relation amoureuse tumultueuse de Jakob, capitaine au long-cours, et de Lizzy dans l’Europe des années 1920.

Jakob Störr (Gijs Naber), capitaine hollandais d’un cargo, est un homme compétent à la barre de son navire. Un soir, il se plaint de maux de ventre au cuisinier ; celui-ci fait une analyse très courte de la situation et lui dit « Marriez-vous ». Un peu plus tard, à quai, Störr rencontre son ami Kodor (Sergio Rubini) dans un café et lui annonce sur le ton de la boutade qu’il va épouser la première femme qui pénètre dans l’établissement. Entre alors Lizzy (Léa Seydoux), une blonde belle et mystérieuse. Elle accepte la demande incongrue et les voilà, une semaine plus tard, vivant comme époux dans un appartement parisien. Jakob poursuit ses missions en mer et retrouve chaque fois avec plaisir Lizzy, lui rapportant son parfum préféré et profitant de ses jours à quai pour renouer avec elle. Ce qui était un projet un peu fou est devenu la réalité : Lizzy et Jakob sont amoureux l’un de l’autre.

Le couple se plonge dans la vie nocturne parisienne, dansant sur des airs de jazz ou de tango. Jakob observe cependant son épouse dans ses relations avec d’autres hommes, notamment avec Dedin (Louis Garrel) et il se méfie mais dans un premier temps ne s’inquiète pas vraiment. Un jour, Jakob apprend de manière détournée que Lizzy l’a trompé mais il préfère ne pas en parler. Il repart en mer, revient, mais ses inquiétudes le rongent. Lors d’un voyage où il est le capitaine d’un navire pour passagers, il fait preuve d’une volonté de fer et d’un sang-froid à toute épreuve alors qu’un incendie a éclaté à bord. Il croise une première fois la jeune Grete (Luna Wedler).

A son retour, il est auréolé de gloire, mais il ne montre pas cette même force dans sa vie conjugale. Il décide d’emmener Lizzy à Hambourg et de s’installer là ; il prend un travail administratif, pour rester proche de son épouse. Se crée alors un jeu entre eux, un jeu où l’un rassure l’autre en disant qu’il est fidèle (le doute plane quant aux intentions de Lizzy, Jakob, lui, commence une relation avec Grete), un jeu d’attraction-répulsion constant, une tension qui monte au fur et à mesure entre les époux, avec des scènes intimes comme conclusion d’une dispute.

La réalisatrice hongroise Ildikó Enyedi a écrit son scénario en se basant sur un roman de Milán Füst datant de 1942 et a découpé son film en sept chapitres. Elle explore les tourments d’un couple en prenant le point de vue de l’homme, Jakob. Celui-ci est fidèle (quoique) et honnête, et en même temps complètement perdu avec la personnalité mystérieuse de son épouse. Il s’inquiète trop, et le doute planera presque jusqu’à la fin de l’histoire : Lizzy est-elle ou non infidèle ? Il abandonne la vie de marin, la seule où il se sent tout à fait à l’aise, pour une existence terrestre. Cela le transforme en un personnage un peu fade et réservé, ce que reflète le jeu très en retrait de Gijs Naber. Léa Seydoux quant à elle incarne très bien la femme fantasque, dont on ne sait finalement pas grand-chose. Elle se fond à merveille dans les décors des années 1920, avec ses robes droites jusqu’aux genoux typiques de l’époque et ses cheveux à la coupe carrée (parfois un peu trop au vent).

Co-production européenne, ce film a été tourné à Malte, évoquant l’Italie, et à Budapest pour la partie de l’histoire se passant à Paris, mais c’est surtout Hambourg qui est magnifiquement bien représenté, avec ses entrepôts aux briques rouges entrelacés de canaux où évoluent les barges de marchandises faisant des allers-retours vers le port. La photographie aux tons dorés apporte un côté un peu rêveur et nostalgique aux images, créant une atmosphère assez particulière. Une fois sur mer, les tonalités changent quelque peu, mettant en avant le bleu très éclatant de l’eau, donnant une impression de pureté qui ne se retrouve pas sur terre. Ces moments de la vie maritime sont les plus beaux du film, décrivant la vie des matelots et donnant une impression d’évasion. A terre, tout paraît plus morne, plus plat, et les scènes semblent se noyer dans une certaine torpeur, accentuée par la longueur du film.

Ces trois heures (ou presque) permettent cependant à Ildikó Enyedi de développer les personnages, la répétition favorisant une progression subtile dans les sentiments. C’est une superbe histoire d’amour tout en nuances qui ne cache pas les difficultés et les doutes que tout amoureux peut ressentir, passant d’une vision très romantique à quelque chose de bien plus réel, plus tourmenté, allant de l’adoration aveugle d’un homme pour une femme à une profonde tristesse et un grand regret. Il n’y a pas de moment précis de rupture, cet amour suit un long chemin de déliquescence et les deux acteurs sont magnifiques dans ces personnalités très différentes.


The Story of my Wife (A feleségem története), Ildikó Enyedi

Hongrie – 2021 – 2h49


Texte : Anne-Sophie De Sutter

Crédits photos: September Film


Agenda des projections

Sortie en Belgique le 27 juillet 2022, distribution September Film

En Belgique francophone, le film est programmé dans les salles suivantes :

Bruxelles : Vendôme

Wallonie : Nivelles Ciné4, Waterloo Wellington, Charleroi Quai 10, Liège Le Parc, Liège Sauvenière, Namur, Cinéma Cameo

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