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Critique

« The Electric Life of Louis Wain », un film de Will Sharpe

The Electric Life of Louis Wain
Un illustrateur un peu décalé et des chats, tels sont les éléments de ce biopic psychédélique, parsemé de moments tragiques mais surtout plein de tendresse et de poésie.
« Au cours de l’histoire, les chats ont été vénérés comme des dieux mystiques et considérés comme les alliés maléfiques de la sorcellerie et du péché. Mais je pense que tu es la première personne à remarquer qu’ils sont en fait ridicules. Ils sont stupides et câlins. Et solitaires. Et effrayés et courageux. Comme nous. Un jour, je pense qu’il ne sera plus aussi étrange d’avoir des chats dans la maison comme animaux domestiques. » — Emily Richardson à Louis Wain

Il fut effet un temps où les chats étaient utilisés pour chasser et tuer souris et rats envahissant les granges ou les caves mais où il n’était pas imaginable d’en posséder un comme animal de compagnie. L’illustrateur Louis Wain (1860-1939) est une des personnes qui a changé cette perception grâce à ses nombreux dessins de chats, souvent anthropomorphisés et représentés dans des situations de tous les jours. Le réalisateur anglais Will Sharpe s’est lancé dans un film biographique, montrant les différentes facettes de sa vie.

Tout commence au décès du père de famille : Louis (Benedict Cumberbatch) est maintenant responsable de sa mère et de ses cinq sœurs et doit subvenir à leurs besoins. Mais il a des dizaines de projets, papillonnant de l’un à l’autre sans pouvoir s’arrêter (les médecins de l’époque l’ont diagnostiqué schizophrène, aujourd’hui, il serait plutôt considéré comme atteint d’un trouble appartenant au spectre de l’autisme). Les premières scènes du film le voient très maladroit et distrait, échevelé et un peu boueux suite à une rencontre avec un taureau qu’il a voulu dessiner de (trop) près. Il est remarqué par Sir William Ingram qui l’engage comme illustrateur pour son journal, The Illustrated London News – poste qu’il refuse dans un premier temps parce qu’il ne comprend pas qu’il doit gagner sa vie pour entretenir sa famille et parce qu’il ne saisit pas entièrement les codes des relations sociales. Ce revenu fixe permet pourtant d’engager Emily Richardson (Claire Foy) comme gouvernante pour l’éducation de ses sœurs. Très vite, le courant passe entre celle-ci et Louis ; elle a ses propres particularités, ses propres compulsions et une intelligence très fine. Ils forment un couple non conventionnel mais parfaitement assorti. Ils se marient, contre l’avis de la famille de Louis et les préjugés de l’époque qui n’acceptent pas l’union d’un homme de bonne extraction avec une simple gouvernante, d’autant plus qu’elle a dix ans de plus que lui (ce qui n’apparaît pas dans le choix des acteurs, Cumberbatch ayant huit ans de plus que Foy).

La vie d’Emily et Louis bascule le jour où ils découvrent dans le jardin de leur cottage un chaton affamé qu’ils adoptent et nomment Peter. Devenu leur animal de compagnie et la prunelle de leurs yeux à qui il prodiguent moultes câlins et caresses, Emily et Louis vivent des jours heureux. Ceux-ci seront malheureusement très vite assombris par un diagnostic de cancer du sein. Le couple tente malgré tout de profiter au mieux de cette période et Emily pousse son mari à dessiner, jour après jour. Il prend comme inspiration première le chat Peter qui apporte tant de réconfort à sa femme et commence à le dessiner. Ces illustrations deviennent extrêmement populaires, amenant une richesse inespérée au couple et à la famille qui est toujours soutenue financièrement par Louis. Mais il n’est pas bon en affaires et ne fait pas reconnaître son droit de copyright. Il poursuit également ses recherches sur un hypothétique courant électrique qui passerait entre les humains et son incapacité à trouver des réponses le hante de plus en plus au fil du temps. Les problèmes d’argent le poursuivront toute sa vie, et sa santé mentale de plus en plus fragile poussera sa famille à l’interner.

La première partie du film montre l’Angleterre victorienne, avec ses maisons sombres aux papiers peints fleuris, ses robes imposantes corsetant finement la taille des femmes, ses bains publics inspirés de l’Orient. C’est une période riche en expériences scientifiques et en nouvelles découvertes, et les illustrations perdent rapidement du terrain face à la popularisation de la photographie. Les images sont colorées, parfois psychédéliques et virevoltantes, très riches visuellement. Will Sharpe s’est très clairement inspiré des œuvres de Louis Wain mais aussi d’autres peintres et artistes de l’époque. Certaines scènes, comme celles à la plage, sont directement copiées de tableaux ; d’autres se transforment au moyen de quelques effets spéciaux en illustrations qu’aurait pu dessiner Louis.

Le film est parfois un peu fouillis et est caractérisé par une énergie pas toujours contrôlée, tout comme le cerveau de Louis, et probablement un peu comme celui de Will Sharpe lui-même qui est atteint de troubles bipolaires. Mais les excentricités du film ne l’en rendent que plus charmant. L’amour entre Louis et Emily est d’une tendresse infinie, et cette dernière apporte du calme à leur relation, tout en restant lunatique et décalée. La seconde partie de l’histoire se perd un peu, changeant trop souvent de ton et voulant résumer tout le reste de la vie de Louis Wain. Le film aborde le sujet de la maladie mentale mais en la montrant de son côté positif, créatif et quelque peu fantasque. Malgré quelques moments tragiques, l’histoire reste chaleureuse jusqu’au bout, et d’une rare poésie. Et ce serait dommage de rater le caméo d’une célèbre star du rock interprétant H.G. Wells, star qui collectionne d’ailleurs les œuvres de Louis Wain.

The Electrical Life of Louis Wain, un film de Will Sharpe

Royaume-Uni – 2021 – 1h51


Texte: Anne-Sophie De Sutter

Crédits photos: The Searchers


The Electric Life of Louis Wain-affiche

Le film sortira en VOD le 19 janvier 2022, distribution The Searchers