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Critique

Rodrigo Cuevas & Raül Refree - Manual de Cortejo

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Porté à la fois par un amour profond de la musique folklorique et par une envie de lui rendre sa vitalité, Rodrigo Cuevas a lancé une opération iconoclaste de modernisation des traditions asturiennes. Son nouvel album, réalisé avec la collaboration du producteur Raül Refree, est futuriste, insolent et sensuel.

Le chanteur asturien Rodrigo Cuevas se décrit lui-même comme un agitateur folklorique. Sa musique s’inspire des rythmes et chants traditionnels du Nord de l’Espagne, qu’il s'approprie en les modernisant à grand renfort d’instrumentation électronique et d’audace formelle. L’originalité de sa démarche se retrouve également dans le personnage qu’il s’est construit : à moitié drag queen, à moitié sorcier hidalgo, un costume queer inattendu dans le monde conservateur de la musique traditionnelle, et dans l’Espagne rurale où il a choisi de vivre, après ses études à Barcelone. Tout en respectant le fonds antique de son répertoire, basé sur d’anciennes danses asturiennes comme le xiringüelu, ou galiciennes comme la muñeira, il en tire des objets mutants, plus futuristes que contemporains.

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Sa rencontre avec le producteur catalan Raül Refree a confirmé le potentiel de ses chansons excentriques. Refree est aujourd’hui une des personnalités les plus en vue dans le monde musical indépendant espagnol. Ses dernières collaborations sont des perles très justement célébrées. Il a ainsi réalisé des albums avec plusieurs artistes d’horizons aussi divers que la chanteuse espagnole Rosalia, la fadiste portugaise Lina, le polymorphe anglais Richard Youngs ou encore le New-Yorkais Lee Ranaldo.

La composition de ce Manual de Cortejo a été un réel travail commun, comprenant des voyages de découverte à travers les villages des Asturies, à la recherche des chants (de femmes, principalement) et des rythmes de la région, qu’ils ont collectés, étudiés, et qui ont servi de point de départ pour les quinze pièces du disque. Entrecoupées d’enregistrements de terrains, qui fonctionnent comme autant de cartes postales, les chansons oscillent entre l’intimisme des duos voix et guitares, et le théâtral des danses paysannes telles que les voit Cuevas. On y passe imperceptiblement du coin du feu à l’incantation, puis de la transe à la sérénité.

Benoit Deuxant